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L'Europe au coeur de la campagne

"Le rêve des constructeurs de la Tour de Babel : l'unification de l'humanité dans une "pensée unique", le disparition des différences se réalise puis s'écroule. Hier le communisme et le nazisme, aujourd'hui la "mondialisation" et le nivellement par le "marché". Il y a des idéologies qui sont pour l'humanité l'équivalent d'un déluge, noyant l'être parlant dans la parole indifférenciée. Quelque arche pourtant, toujours, s'est construite et une force a été dispersée, tôt ou tard, la fourmilière avant que ne meure la parole et avec elle, les hommes en tant qu'ils sont humains." (Marie Balmary, Le sacrifice interdit, Freud et la Bible)

"On peut aimer la France pour la gloire qui semble lui assurer une existence étendue au loin dans le temps et dans l'espace. Ou bien on peut l'aimer comme une chose qui, étant terrestre, peut-être détruite, et dont le prix est d'autant plus sensible." (Simone Weil, l'Enracinement, Editions Gallimard, p. 219)

Contrairement à 2012 et contre toute attente, ce n'est pas le chômage, la dette ou le pouvoir d'achat qui sont au coeur de la campagne des présidentielles de 2017, mais la question de l'Europe.

Je m'en réjouis et j'en profite pour dire rapidement et d'abondance de coeur - vox clamentis in deserto (?) - ce que j'ai sur le coeur.

La vérité, c'est que les Français aiment bien les Allemands, les Italiens, les Espagnols, les Belges, les Polonais et les Lettons, et éventuellement "l'Europe" mais qu'ils n'aiment pas l'Union européenne.

Je défie quiconque de se promener à Bruxelles et de tomber sur la Tour de Babel de l'Union européenne et d'éprouver de l'amour. Personne n'aime l'Union européenne, sauf les lobbies.

La double escroquerie - j'en parlais hier avec un proche qui va voter pour Jean-Luc Mélanchon - c'est de nous faire confondre l'Europe et l'Union européenne, c'est de faire passer ceux qui veulent sortir de l'Union européenne et de l'OTAN (je ne crois pas comme Mélanchon que l'on puisse "renégocier les traités") pour des fascistes.

Ce n'est pas "l'Europe" qui a accueilli pour grand-père maternel, Jacques Saoutchik, juif askhénase, originaire de Biélorussie, échappé des pogroms de Kishinev et de Bessarabie, en 1905, mais la France.

C'est grâce à la France qu'il est devenu l'un des plus grands carrossiers du XXème siècle... Sa patrie, c'était la France.

C'est en se battant pour la France que mon grand-père paternel a été blessé (par un coup de sabre d'un soldat turc) aux Dardanelles et gazé à Verdun, c'est pour libérer la petite France de la "Grossdeutschland" que mon père s'est engagé dans la Résistance à 17 ans...

Non, je ne veux pas de la double nationalité comme Daniel Cohn-Bendit, qui a échangé son droit d'aînesse contre un plat de lentilles au parlement de Bruxelles et qui appelle maintenant à voter Macron "pour faire barrage à Marine Le Pen", Macron, le candidat préféré des banquiers qui nous ont amené la crise de 2008 et de ceux qui veulent abolir les patries, confisquer la voix des peuples et soumettre le politique au contrôle de la finance mondialisée... et de tous les vieux chevaux de retour - du "courageux" Philippe d'Ouste Blazy à l'ineffable Jean-Michel Baylet, le radsoc méridional de la "Repêche du Midi", rouge dehors et blanc dedans, recyclé dans la modernité "en marche", en passant par Pierre Bergé ("Louer son ventre ou louer ses bras, quelle différence ?), Jacques Attali et Alain Minc, les comiques décatis du cirque politico-médiatique... et de tous  ceux qui attendent le "troisième tour" pour pantoufler à la chambre et  au Sénat (cette survivance du suffrage censitaire), salarier Madame, se recycler "En avant",  en priant le dieu des combines, pendant que les Français se serrent la ceinture...

Car, comme disait le prince Salina dans Le Guépard, avec la lucidité surnaturelle que procure l'approche de la mort : "pour que rien ne change (aujourd'hui les parachutes dorés, les évasions de capitaux, l'accroissement des inégalités, la stigmatisation des pauvres...), il faut que tout ait l'air de changer".

Mais moi, je ne marche pas ! Non, je ne veux pas d'un gouvernement mondial, avec Jérusalem comme capitale comme Jacques Attali... Non, je ne fais pas semblant d'oublier qu'une majorité de Français a voté non au référendum sur le projet de constitution européenne en 2005... Non je ne veux pas refaire le monde à l'image d'un ego surdimensionné, comme Bernard-Henri Lévy... Oui, je veux bien danser devant l'arche d'alliance, avec le roi David, mais je refuse de me prosterner devant le veau d'or, comme  José-Manuel Barroso, l'ancien président de la commission européenne embauché par Goldman Sachs,  la banque d'affaires qui a trafiqué le bilan de la Grèce et trempé dans la crise des subprimes.

Je ne veux pas d'un "président de l'Europe", je ne veux pas d'une "constitution européenne", je ne veux pas d'une "armée européenne" (pour se battre contre qui ? La Russie ?), je ne veux pas que la France devienne un Etat fédéral, comme le Texas ou l'Arizona... Je veux que la France retrouve le contrôle de sa monnaie et de ses frontières.

J'affirme contre les partisans du "grand Israël", contre ceux qui aiment Israël plus que la France et contre les antisémites, que l'on peut être juif, pauvre comme Job et patriote.

J'aime la culture allemande, italienne, espagnole, belge... Mais je n'aime pas "l'Europe". Je n'éprouve aucun amour pour cet empire supranational dirigé par des technocrates non élus (la commission de Bruxelles) et dominé par l'Allemagne et les Etats-Unis d'Amérique... Je n'éprouve aucun amour pour les bourreaux du peuple grec ; je ne voterai pas pour des gens qui "aiment l'Europe" et qui n'aiment pas la France ou qui aiment l'Europe plus que la France... Et que l'on ne fasse pas le coup du "vote utile" pour Emmanuel Macron au premier tour ou du "front républicain" au deuxième, comme en 2002. Marchez tant que vous voulez, moi, je ne marche plus.

La philosophe chrétienne militante Simone Weil avait trouvé les mots justes pour dire ce que j'éprouve :

"Le sentiment de tendresse poignante pour une chose belle, précieuse, fragile et périssable, est autrement chaleureux que celui de la grandeur nationale. L'énergie dont il est chargé est parfaitement pure. Elle est très intense. Un homme n'est-il pas facilement capable d'héroïsme pour protéger ses enfants, ou ses vieux parents, auxquels ne s'attache pourtant aucun prestige de grandeur ? Un amour parfaitement pur de la patrie a une affinité avec les sentiments qu'inspirent à un homme ses jeunes enfants, ses vieux parents, une femme aimée. La pensée de la faiblesse peut enflammer l'amour comme celle de la force, mais c'est d'une flamme bien autrement pure. La compassion pour la fragilité est toujours liée à l'amour pour la véritable beauté, parce que nous sentons vivement que les choses vraiment belles devraient être assurées d'une existence éternelle et ne le sont pas.

On peut aimer la France pour la gloire qui semble lui assurer une existence étendue au loin dans le temps et dans l'espace. Ou bien on peut l'aimer comme une chose qui, étant terrestre, peut-être détruite, et dont le prix est d'autant plus sensible." (Simone Weil, l'Enracinement, Editions Gallimard, p. 219)

 

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