
Yannick Haenel est un écrivain et essayiste français, cofondateur des revues Ligne de risque et Aventures. Ancien professeur de français, il est l’auteur de romans comme Cercle (prix Décembre, prix Roger-Nimier), Jan Karski (prix Interallié, prix du roman Fnac) et Tiens ferme ta couronne (prix Médicis). Son œuvre, nourrie d’érudition et de visions, mêle fiction, histoire et quête mystique, et s’accompagne de polémiques, notamment autour de Jan Karski. Il est aussi chroniqueur pour Transfuge et Charlie Hebdo.
"Jean Deichel, jeune professeur de français, fait son stage dans un collège de la banlieue parisienne. La nuit, il loge dans un club de tennis à Deuil-la-Barre ; le jour, il découvre, il découvre les difficultés du métier en même temps que ses joies profondes, la violence de l'Ecole en même temps que sa beauté.
Jean est aussi un poète ivre d'aventure, attentif à trouver la lumière de la "vraie vie" au cœur du quotidien le plus gris : dans des jardins réels ou rêvés, au bord d'un lac, lors d'évasions à Pompéi et à Tarquinia, mais surtout dans la grâce fragile d'un cours réussi.
Entre réalité politique et mystères existentiel, la vie des profs est un roman.
Extrait :
"J'avais trouvé un studio à Deuil-la-Barre. C'est une petite commune du Val-d'Oise, dont le nom me plaisait : Deuil-la-Barre. Je me disais : tu es en deuil, ta vie est barrée. Ca me faisais rire. J'avais besoin, j'avais toujours besoin de ma croire dans un roman : si l'on ne conçoit pas sa vie comme une fiction, existe-t-on vraiment ? Aujourd'hui encore, tandis que j'écris ce livre, j'ai besoin de m'inventer ce personnage pour entrer dans la matière si délicate de toutes ces années où j'ai été prof. J'emploie le mot "délicat" parce que rien n'a été facile, mais aussi parce que chaque chaque instant de la vie d'un prof se raconte de manière contradictoire : rien n'est plus ambigu, plus chatoyant, plus triste, plus allègre, plus intéressant, plus dérisoire et finalement plus décisif que la vie quotidienne d'un prof. Tout en étant exposé comme personne d'autre à la dureté du monde, n'a-t-il pas la possibilité exorbitante de changer ce monde ?
J'ai eu longtemps une phrase en tête lorsque j'allais faire cours, et cette phrase était mon mantra : La solitude des professeurs est infinie. Quand, durant toutes ces années, je m'asseyais dans le RER, à l'aube, pour aller au collège, et que ça n'allait pas, je prononçais cette phrase : la solitude des professeurs est infini. Le jeu consistait à la continuer, à trouver ne deuxième phrase, une troisième, une quatrième. Autrement dit, je me racontais déjà cette histoire. Je n'ai jamais cessé de me la raconter, mais si je prend soin de l'écrire enfin, c'est précisément parce qu'en elle quelque chose m'échappe, une chose qui ne passe pas : trente ans plus tard, elle me reste en travers de la gorge. La solitude des professeurs est infinie, c'est-à-dire qu'elle ne finit jamais."
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