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Jacques Futrelle, Treize enquêtes de la machine à penser
Jacques Futrelle, Treize enquêtes de la machine à penser

Jacques Futrelle, Treize enquêtes de la Machine à Penser, nouvelles choisies et présentées pat Roland Lacourbe, traduit de l'américain par Carole Gratias et Danièle Grivel, Rivages/Mystères, 1998.

Table des matières : 

Introduction - La Machine à Penser entre en scène (The Thinking Machine Inverstigates) - L'impossible indiscrétion (The Silver Box) - Le message interrompu (The Interrupted Wireless) - Dans une boule de cristal (The Cristal Gazer) - L'affaire du collier disparu -The Missing Necklace) - Le problème du million introuvable (The Problem of the Hidden Million) - L'enlèvement du bébé Blake (Kidnapped Baby Blake, Millionnaire) - Un parfait alibi (His Perfect Alibi) - Le secret du pardessus (The Brown Coat) - Le cryptogramme fatal (The Fatal Cypher) - Le doigt superflu (The Superfluous Finger) - Le radium volé (The Lost Radium) - L'étrange aventure du comédien (The Problem of the Cross Mark) - Le mystère du gong hanté (The Haunted Bell)

L'oeuvre : 

"Il y a pour moi quelque chose de merveilleux au monde, c'est l'affrontement de deux intelligences ; avec l'exaltation, l'excitation, la stimulation qu'il recèle. Cela m'a toujours fasciné au plus haut point." (Jacques Futrelle, Elusive Isabel)

Né en Géorgie en 1875, Jacques Futrelle est le seul auteur de romans policiers à avoir péri dans le naufrage du Titanic. Sans cette disparition prématurée, il aurait pu revendiquer une place de choix parmi les spécialistes du crime impossible. Son héros préféré, le professeur S.F.X. Van Dusen, est un savant émérite qui utilise toutes les ressources du raisonnement et de la science de son époque pour résoudre des problèmes en apparence insolubles. D'où son surnom de "la machine à penser". On trouvera dans ce recueil tous les thèmes classiques du mystère dont, bien entendu, le meurtre en chambre close. (source : babelio)

Extrait de l'introduction :

"De l'avis de la plupart des spécialistes anglo-saxons, Jacques Futrelle, si les circonstances lui avaient prêté vie, serait devenu l'un des auteurs majeurs en son genre. Son œuvre était encore peu importante sur le plan qualitatif, mais d'une qualité et d'une originalité prometteuse. Et sa réputation touchait aussi la Grande-Bretagne (La France, elle, n'entendrait succinctement parler de lui qu'au sortir de la Seconde Guerre Mondiale). Il ne laissa en testament à ses lecteurs que six romans (dont un posthume) et une soixantaine de nouvelles, dont près de la cinquante mettent en scène un curieux détective amateur...

Jacques Futrelle était né trente-sept ans plus tôt, le 9 avril 1875, dans le comté de Pike, en Géorgie. Comme le laisse à penser la consonance de son patronyme, il était d'ascendance française (et plus précisément huguenote). Après avoir occupé quelque temps les fonctions de régisseur de théâtre, il fit ses débuts de journaliste dans un quotidien de Richemond (Virginie) et épousa une femme de Lettres, L. May Peel, en 1895. Puis le couple s'installa à Boston, où Jacques Futrelle ne tarda pas à devenir  membre du comité de rédaction du quotidien Boston American, l'un des innombrables périodiques édités par le magnat William Randolph Hearst. 

Ce n'est qu'en 1905, après quantité d'articles et d'enquêtes diverses, qu'il s'oriente vers la fiction. Et plus précisément la fiction policière. Le monde est alors subjugué par les exploits de Sherlock Holmes.

1905, c'est aussi l'année où l'Amérique est secouée de sa torpeur par les expériences extravagantes d'un autre phénomène dont les performances n'ont rien à envier à celles du héros de fiction : Harry Houdini, digne représentant d'une nouvelle race de magiciens-contorsionnistes que l'on appellera du nom savant d'escapologistes. Cet illusionniste d'une stature exceptionnelle est en train de conquérir les foules en se faisant le spécialiste d'un genre particulier : il parcourt les Etats-Unis en provoquant la police de toutes les villes qu'il traverse. Car il affirme pouvoir s'évader en moins de deux heures de n'importe quelle cellule de n'importe quelle prison... Et cela sans aucune aide extérieure et après avoir été fouillé au préalable.

D'emblée l'idée séduit Jacques Futrelle qui frappe un grand coup avec sa première nouvelle : elle met en scène un personnage hors du commun, homme de science et grand logicien, affirmant à qui veut l'entendre que l'esprit surpasse la matière et peut venir à bout de n'importe quel problème quelles que soient les circonstances. Le sang-froid, le bon sens et le raisonnement seront ses atouts maîtres. Désormais, rien n'est plus impossible à l'Homme : "Deux et deux font quatre, aimera-t-il à répéter tout au long de son court règne (sept ans) : jamais "parfois" ou "peut-être", mais toujours quatre !". Il se nomme le professeur S.F.X. Van Dusen, mais c'est son surnom singulier qui le rendra universellement célèbre, "The Thinking Machine" : la Machine à penser..."

"L'œuvre de Jacques Futrelle nous apparaît désormais comme la résurgence exemplaire d'un style de récit qui connut son apogée à l'orée de ce siècle et que le bouleversement de la Première Guerre Mondiale a irrémédiablement rejeté dans les limbes d'un autre âge. Mais n'en doutez pas, un genre encore capable de captiver et de surprendre par des méthodes qui ont fait leurs preuves et que le déferlement de l'Histoire a fait sombrer dans l'oubli. 

Dans son livre extraordinaire, La Nuit du "Titanic" - A Night to Remember, 1957), qui raconte minute pas minute le plus grand de tous les désastres maritimes, Walter Lord analyse en ces termes l'aspect en quelque sorte "philosophique" du naufrage : "... Par dessus tout, la catastrophe du Titanic a marqué la fin d'une époque de confiance générale. Jusque là, les hommes croyaient avoir réussi à créer un monde civilisé, organisé, d'où la peur serait exclue. Depuis cent ans, le monde occidentale vivait en paix. Depuis cent ans, les techniques n'avaient cessé de progresser. Depuis cent ans, la société tout entière bénéficiait des progrès de la civilisation industrielle. (...) Le Titanic réveilla tout le monde. Jamais plus on ne serait aussi sûr de soi-même.

Coïncidence étonnante, le désastre du Titanic met fin, par la même occasion, au règne éphémère de la machine à penser : la logique maîtresse de toutes choses, la domination de l'intellect sur la matière, du raisonnement sur l'impondérable...

Les récits de Jacques Futrelle sont tous empreints d'un inaltérable optimisme : l'esprit humain marche à grands pas vers la félicité et la compréhension universelle. Mais cette nuit fatidique du 14 au 15 avril sonne le glas de l'assurance bien ancrée en ce début de siècle, que des découvertes technologiques permettront à plus ou moins brève échéance la domestication fabuleuse de tous les éléments naturels.

Après l'éclatant triomphe de la Science sur l'Irrationnel viendra l'époque de la crainte et du doute. D'autres héros pétris d'humanité prendront le relais avec leurs défauts et leurs faiblesses. La Machine à penser avec son monde bien ordonné n'y aura plus sa place.

Comme le dit encore Walter Lord : "Avant le Titanic, tout n'était que paix. Après, tout ne fut que tumulte." 

Citation :

"Ici un petit brasero avec une flamme bleue, là une cornue moitié remplie d'un liquide pourpre et malodorant, plus loin un tuyau de cuivre qui disparaissait en serpentant dans un recoin obscur de la pièce, et, s'affairant au milieu de tout cela comme un alchimiste de jadis, la frêle silhouette du professeur Augustus S.F.X. Van Dusen. Un rai de lumière aveuglante tombait d'une lampe au plafond et illuminait la table du laboratoire. Le savant se pencha sur un microscope pour examiner une particule et, l'espace d'un instant, sa tête et son visage se découpèrent dans l'ombre, ressemblant à une entité grotesque et désincarnée.

C'était une tête singulière : énorme, disproportionnée par rapport au tronc, en forme de dôme et recouverte d'une tignasse couleur paille. Quant au visage, il sortait aussi de l'ordinaire : maigre, parcheminé, l'air hargneux même, avec des yeux larmoyants qui louchaient au travers de lunettes à verres épais et une bouche mince dont les coins s'affaissaient. Les mains, étroites et blanches, qui orientaient les lamelles de verre sous l'objectif, avaient des doigts étonnamment longs et fins.

Cet homme à la grosse tête et au petit corps était le Dernier Recours de la science contemporaine. Il possédait le cerveau le plus brillant, le plus froid, le plus clair. Son verdict était sans appel. Un jour, le journaliste Huchinson Hatch l'avait surnommé la Machine à Penser et, depuis lors, le monde entier le connaissait sous cette dénomination. A l'heure présente, Hatch, un homme jeune et grand, était assis en face de lui et l'écoutait avec curiosité. le professeur parlait d'un ton perpétuellement irrité ; mais une longue habitude avait appris au reporter que l'important était ce que l'on disait et non la façon dont on le disait." (Le mystère du gong hanté, p.370-71)

 

 

 

 

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