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Les Pâques à New York est un poème de Blaise Cendrars (1887-1961), publié en 1912 sous le titre Les Pâques aux Hommes nouveaux, une maison d'édition qu'il a créée la même année avec Emil Szittya. C'est en 1919 que le poème recevra son titre définitif.

 

C'est un des textes fondateurs de la poésie moderne. Il influence Apollinaire et tout le mouvement littéraire qui se crée autour de lui.

 

Emprisonné à la Santé pour avoir volé à l'étalage L'Hérésiarque & Cie, un recueil de contes d'Apollinaire, Cendrars fait parvenir à ce dernier une lettre lui rappelant qu'il lui avait envoyé un exemplaire des Pâques quelques semaines auparavant et lui demandant son aide. C'est ainsi qu'il rencontre finalement Apollinaire qui le fait pénétrer dans le mouvement de la poésie moderne et, peut-être, s'inspire de lui dans certains poèmes d'Alcools.

 

Les incontestables ressemblances qu'on relève entre Les Pâques et Zone ont fait l'objet de nombreux débats et de controverses dont il est difficile de tirer des conclusions définitives.

 

 

cendrars.jpg

 


Les Pâques à New York

(Fragments)


Je descends à grands pas vers le bas de la ville,
Le dos voûté, le coeur ridé, l’esprit fébrile.

Votre flanc grand ouvert est comme un grand soleil
Et vos mains tout autour palpitent d’étincelles.

... C’est à cette heure-ci, c’est vers la neuvième heure,
Que votre Tête, Seigneur, tomba sur votre coeur.

Je suis assis au bord de l’océan
et je me remémore un cantique allemand,

Où il dit, avec des mots très doux, très simples, très purs
La beauté de votre Face dans la torture.

... Peut-être que la foi me manque, Seigneur, et ta bonté
pour voir ce rayonnement de votre Beauté.

Pourtant, Seigneur, j’ai fait un périlleux voyage
Pour contempler dans un béryl l’intaille de votre image.

Faites, Seigneur, que mon visage appuyé dans mes mains
Y laisse tomber le masque d’angoisse qui m’étreint;

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche
N’y laissent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade, Peut-être à cause de Vous
Peut-être à cause d’un autre, Peut-être à cause de Vous.

Seigneur, la foule des pauvres pour qui Vous fîtes le Sacrifice
Est ici tassée, parquée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons
Et les débarquent pêle-mêle sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,
Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.
Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens
On leur jette un morceau de viande comme à des chiens.

C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance.
Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.


Blaise CENDRARS.

Extrait de Poésies, Denoël.

 

 

 

 


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