Henry de Montherlant, La ville dont le prince est un enfant
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La Ville dont le prince est un enfant est une pièce de théâtre en trois actes d'Henry de Montherlant, publiée pour la première fois en 1951. La Ville dont le prince est un enfant (dont le titre est inspiré d’un verset de l’Ecclésiaste : "Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin", est l'une des premières œuvres de Montherlant, ébauchée dès 1912 sous le titre de Serge Sandrier, puis reprise et transformée pendant presque 40 ans avant d’être publiée en 1951 (version définitive : 1967). Cette pièce s’inspire de l’adolescence de Montherlant, et particulièrement de son renvoi du collège Sainte-Croix de Neuilly en 1912. Il s'y représente sous les traits d’André Sevrais. Le modèle de Serge, Philippe Giquel, deviendra un as de l'aviation durant la guerre de 1914-18, puis un militant des Croix-de-Feu. En 1971, un an avant sa mort, Montherlant écrira que l'inspirateur du personnage de Serge fut le seul être qu'il aima réellement de sa vie entière . (source : encyclopédie en ligne wikipedia) La Ville dont le prince est un enfant est un téléfilm français diffusé pour la première fois en 1997. Il s'agit d'une adaptation par Didier Decoin de la pièce éponyme d'Henry de Montherlant et de son roman Les Garçons qui y fait suite (1969). Le film est réalisé par Christophe Malavoy (qui avait joué La Ville dont le Prince est un Enfant en 1994 au Théâtre Hébertot à Paris). Il est sorti en DVD en 2003. Serge Souplier : Clément Van den Bergh, André Sevrais : Naël Marandain, M. l'Abbé de Pradts : Christophe Malavoy , M. l'Abbé Proudeau de la Halle, supérieur du collège : Michel Aumont , M. Hebert, surveillant de la division des grands : Pierre-Arnaud Juin; L'histoire Les "amitiés particulières" de deux élèves de niveau différent, Sevrais 16 ans et Souplier 11 ans, éveillent la jalousie de l'abbé de Pradts, secrètement fasciné par le jeune Souplier. Pour évincer son rival, il lui tend un piège dans lequel il finira par être lui-même broyé. Mon avis sur La Ville dont le prince est un enfant : L'intérêt de cette pièce serait somme toute assez mince si elle se bornait à exalter les amitiés particulières et à dénoncer les adultes qui les dénaturent et les condamnent. C'est l'abbé de Pradts et non les deux garçons qui structure "activement" l'intrigue et qui en fait tout l'intérêt psychologique : de Pradts éprouve à l'égard de Souplier un étrange mélange de sentiments amoureux et d'affection paternelle. "L'association" Sevrais-Souplier attise en lui une jalousie morbide. Il est obsédé par cette relation, guettant les deux garçons, leur faisant subir des interrogatoires répétés, tendant à Sevrais le piège dans lequel il va tomber. Ce qui fascine de Pradts, c'est le (prétendu) "narcissisme intact de l'enfance" qui fascinait Freud lui-même et ce qui le torture, c'est qu'il se sent douloureusement exclu de la "plénitude ontologique" que lui semble vivre les deux garçons. Toute la pièce s'enracine dans ce désir métaphysique et son originalité réside dans le fait que le triangle amoureux n'est pas représenté par deux hommes et une femme, configuration traditionnelle dans une civilisation qui repoussait jusqu'alors l'homosexualité dans les marges de la littérature, mais entre un jeune garçon, un adolescent et un homme adulte. La pièce montre que le désir métaphysique, n'est pas structuré par l'objet mais par le rival : nous ne désirons pas "spontanément" des objets, mais nous désirons des objets parce qu'ils sont désirés par d'autres. La rivalité découle pour ainsi dire "mécaniquement" du fait que le modèle du désir de Pradts (Sevrais) est en même temps son rival. Elle montre également qu'à partir du moment ou le désir est "médiatisé" par un autre, l'âge ou le sexe de "l'objet" n'ont pas d'importance "intrinsèque". On voit très bien fonctionner les deux formes de "médiation" : a) la médiation externe (la dimension "chrétienne" de la pièce dont parle Montherlant) réside dans ce qu'il y a de "paternel" dans le comportement de Pradts à l'égard de Souplier et dans l'influence positive que Sevrais entend avoir sur le jeune garçon. b) la médiation interne : à partir du moment où de Pradts éprouve autre chose que des sentiments paternels (ce dont le supérieur se rend compte avec une inquiétude grandissante) , la violence remplace l'amour puisqu'il s'agit de détruire à tout prix le rival pour occuper la position de supériorité et s'approprier l'objet. Mais la "possession" de Souplier serait forcément décevante puisque le désir de de Pradts ne tire sa force que de l'obstacle pour ainsi dire mécanique (involontaire) que lui oppose Sevrais. La seule chose qui pourrait satisfaire de Pradts et elle est absolument impossible serait en fait "d'être Sevrais". Malheur à la Ville dont le prince est un enfant !" attire l'attention sur les conséquences désastreuses, non pas des "perversions", mais de la rivalité, même si ce n'est sans doute pas l'intention de Montherlant qui n'échappe pas lui-même à l'ambiguïté du désir, comme on le voit dans sa correspondance avec Roger Peyrefitte. La paternité charnelle, biologique étant interdite à de Pradts, il n'a d'autre choix de la transformer en paternité spirituelle, ce qu'il ne peut absolument pas faire, non pas parce qu'il a perdu la Foi, mais parce qu'il n'a jamais véritablement renoncé au "monde", c'est-à-dire au pouvoir et à la rivalité. Son état de prêtre et l'univers essentiellement masculin et confiné comme pouvait l'être un collège catholique avant la Première Guerre mondiale ne peuvent qu'exacerber son sentiment de frustration, mais peut-être serait-il tout autant "frustré" dans la société d'aujourd'hui. A partir du moment où les enfants deviennent des objets de désir et des rivaux pour les "pères", l'ordre symbolique est gravement bouleversé. C'est tout le sens du titre (biblique) de la pièce : "Malheur à la Ville dont le Prince est un enfant !"
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