
Alexandre Koyré, Etudes d'histoire de la pensée scientifique, PUF, 1966 et NRF Gallimard, 1973

Alexandre Koyré (né le 28 août 1892 à Taganrog, Russie, mort en 1964 à Paris) est un philosophe et historien des sciences français d’origine russe.
Koyré quitte la Russie en 1908. À Göttingen, il assiste aux cours du philosophe Edmund Husserl et du mathématicien David Hilbert. Il s’installe ensuite à Paris pour étudier l’histoire de la philosophie.
Ses travaux d’épistémologie et d’Histoire des sciences portent sur Galilée ainsi que sur la cosmologie aux XVIème et XVIIème siècles.
Il voit dans la naissance de la physique moderne au XVIIe siècle une « révolution scientifique ». Cette expression est caractéristique de la conception discontinuiste de l’histoire des sciences qu’il partage avec Gaston Bachelard.
Passer du « monde clos » de la cosmologie aristotélicienne à la théorie d’un « univers infini » d'Isaac Newton suppose ainsi une transformation radicale des bases métaphysiques sur lesquelles repose la physique. Il est un des éditeurs des deux tomes des Philosophiae Naturalis Principia Mathematica d'Isaac Newton parus en 1971 et 1972 aux Harvard University Press.

"Les articles réunis dans ce volume illustrent divers aspects d'une question d'un intérêt fondamental à l'étude de laquelle Alexandre Koyré a consacré l'essentiel de son oeuvre d'historien de la pensée scientifique : la genèse des grands principes de la science moderne. A côté des quatre grands ouvrages qu'il a successivement publiés sur ce thème : la traduction commentée du premier livre, cosmologique, du De revolutionibus de Copernic, Les Etudes galiléennes, La Révolution astronomique, Du monde clos à l'univers infini, ce recueil d'articles mérite sans nul doute une place de choix, non seulement pour les nombreux éléments complémentaires qu'il apporte, mais aussi pour les fécondes liaisons qu'il permet d'établir entre les différents domaines de l'Histoire intellectuelle et pour les précieuses indications qu'il donne sur la méthode de recherche et d'analyse de son auteur." (René Taton)
Organisation de l'ouvrage :
Avant-propos - Orientation et projets de recherche - La pensée moderne - Aristotélisme et platonisme dans la philosophie du Moyen-Âge - L'apport scientifique de la Renaissance - Les origines de la science moderne : une interprétation nouvelle - Les étapes de la cosmologie scientifique - Léonard de Vinci 500 ans après - La dynamique de Nicolo Tartaglia - Jean-Baptiste Benedetti, crique d'Aristote - Galilée et Platon - Galilée et la révolution scientifique du XVIIème siècle - Galilée et l'espérience de Pise : à propos d'une légende - Le "De motu gravium" de Galilée : de l'expérience imaginaire et de son abus - "Traduttore-traditore" à propos de Copernic et de Galilée - Attitude esthétique et pensée scientifique - Une expérience de mesure - Gassendi et la science de son temps - Bonavenura Cavalieri et la géométrie des continus - Pascal savant - Perspective sur l'Histoire des sciences - Index des noms cités.
Notes de lecture :
"Orientations et projets de recherches" :
(Cet article est extrait d'un curriculum vitae rédigé par A. Koyré en 1961.)
"Dès le début de mes recherches, j'ai été inspiré par la conviction de l'unité de la pensée humaine, particulièrement dans ses formes les plus hautes ; il m'a semblé impossible de séparer en compartiments étanches, l'histoire de la pensée philosophique et celle de la pensée religieuse dans laquelle baigne toujours la première, soit pour s'en inspirer, soit pour s'y opposer."
L'influence de la pensée scinetifique est présente non seulement dans les systèmes (Descates, Leibniz, Spinoza...), mais aussi dans des doctrines apparemment étrangères à toute préoccupation scientifique (les doctrines mystiques). La pensée explique Alexandre Koyré, lorsqu'elle se formule en système, implique une conception du monde et se situe par rapport à elle. Il donne l'exemple de la mystique de Jacob Boehme, "rigoureusement incompréhensible sans référence à la nouvelle cosmologie de Copernic."
Le travail d'Alexandre Koyré porte sur l'étude de la pensée scientifique, en commençant par :
- L'Histoire de l'astronomie
- L'Histoire de la physique et des mathématiques
"La liaison de plus en plus étroite qui s'établit, aux débuts des Temps modernes, entre la physica coelestis (physique céleste) et la physica terrestris (physique terreste) est à l'origine de la science moderne."
Il s'est agi pour lui de montrer que l'évolution de la pensée scientifique ne forme pas une série indépendante, mais est étroitement liée à des idées transcientifiques : philosophiques, métaphysiques et religieuses.
Copernic :
Nouvel arrangement, plus "économique", des cercles, nouvelle image du monde, nouveau sentiment de l'Etre.
Kepler :
Conception nouvelle de l'ordre cosmique, fondée sur l'idée d'un Dieu-géomètre.
"On ne comprend pas véritablement l'oeuvre de l'astronome et du mathématicien Kepler si on ne la voit pénétrée de celle de philosophe et du théologien." (cette remarque est valable également pour Copernic, pour Descartes et pour Leibniz et pour tous les grands penseurs des XVIème-XVIIème siècle)
Descartes :
Conception nouvelle du savoir à travers l'intuition de l'infinité divine. Découverte du caractère positif de la notion d'infini en logique et en mathématiques.
Leibniz :
Idée philosophique et théologique du possible, intermédiaire entre l'Etre et le Néant.
A propos des Etudes galiléennes :
"J'ai essayé d'analyser, dans cet ouvrage, la révolution scientifique du XVIIème siècle, à la fois source et résultat d'une profonde transformation spirituelle qui a bouleversé non seulement le contenu, mais les cadres mêmes de notre pensée : la substitution d'un univers infini et homogène au cosmos fini et hiérarchiquement ordonné de la pensée antique et médiévale, implique et nécessite la refonte des principes premiers de la raison philosophique et scientifique, la refonte aussi de notions fondamentales, celles du mouvement, de l'espace, du savoir et de l'Etre. C'est pourquoi la découverte de lois très simples, telle la loi de la chute des corps, a coûté à de très grands génies de si longs efforts qui n'ont pas toujours été couronnés de succès (cf. l'article intitulé "Galillée et l'expérience de Pise"). Ainsi la notion d'inertie, aussi manifestement absurde pour l'Antiquité et le Moyen-Âge qu'elle nous paraît plausible, voire évidente, aujourd'hui, n'a pu être dégagée dans toute sa rigueur même par la pensée de Galilée et ne l'a été que par Descartes."
Newton :
"Les conceptions philosophiques de Newton concernant le rôle des mathématiques et de la mesure exacte dans la constitution du savoir scientifique furent aussi importantes pour le succès de ses entreprises que son génie mathématique."
Les problèmes qui ont préoccupé Koyré :
- La transition du "monde de l'à peu près" à l'"univers de la précison"
- L'élaboration de la notion et des techniques de mensuration exacte
- La création des instruments scientifiques qui ont rendu possible le passage de l'expérience qualitative à l'expérimentation quantitative de la science classique
- Les origines du calcul infinitéisimal
Il est tout aussi essentiel, selon lui, d'intégrer dans l'Histoire d'une pensée scientifique la manière dont elle se comprenait elle-même et se situait par rapport à ce qui la précédait et l'accompagnait.
Il convient également d'étudier les erreurs et les échecs avec autant de soin que les réussites.
La compréhension des crises de la science moderne : - crise des fondements - éclipse des absolus mathématiques - révolution relativiste - révolution quantique - nous rend plus aptes à comprendre celles de jadis.
C'est parce que nous ne vivons plus dans le monde des idées newtoniennes que nous sommes capables de les envisager du dedans et du dehors.
Programme :
Le système newtonien ; l'épanouissement et l'interprétation philosophique du newtonianisme (jusqu'à Kant et par Kant)
La synthèse maxwellienne et l'histoire de la théorie des champs
Les origines et les fondements philosophiques du calcul des probabilités
La notion d'infini et les problèmes des fondements des mathématiques
Les racines philosophiques de la science moderne et les interprétations récentes de la connaissance scientifique (positivisme, néo-kantisme, formalisme, néo-réalisme, platonisme)
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