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Leonard Pitt, Paris, un voyage dans le temps, images d'une ville disparue, Les beaux jours/compagnie parisienne du Livre

Né à Détroit dans le Michigan en 1941, Leonard Pitt est un amoureux de Paris où il revient chaque année et sur lequel il a écrit trois livres, dont celui-ci. Il vit à Berkeley (Californie).

 

Sommaire :

Les quartiers Maubert et Saint-Severin - Le boulevard Saint-Germain et la montagne Sainte-Geneviève - De l'Odéon à Saint-Germain-des-Prés - La rue Beaubourg et ses alentours - La rue Etienne-Marcel - L'avenue de l'Opéra - Le quartier des Halles - Epilogue

 

"Quelle est donc cette ville, surgie d'un autre âge ? Rapprochant avec une minutie d'archéologue photographies anciennes et vues contemporaines, Leonard Pitt nous montre un Paris que nous n'avons plus guère l'occasion de contempler (...)

A quoi ressemblait le visage de la capitale avant la régularisation hausmanienne et les remaniements plus ou moins heureux du XXème siècle ? Les images du vieux Paris, témoins muets, mais combien éloquents, montrent qu'une ville est certes faite de pierres, mais surtout d'illuminations et d'erreurs, de visions grandioses et de calculs médiocres, de plans médités et de hasards. Seul le temps qui passe nous en donne la mesure.

"En plus de quarante ans de visites à Paris, "l'ami américain" que je suis a pu voir la ville évoluer. J'ai connu le merveilleux et florissant marché des Halles (moi aussi !), intimement lié à la vie et à l'âme de Paris. J'ai pu contempler une ville qui n'était pas encore assombrie par les immeubles de grande hauteur. J'ai longuement, inlassablement, déambulé dans des rues qui ignoraient ce qu'était un parcmètre. J'ai visité les grands monuments - en premier lieu Notre-Dame ou le Louvre - alors qu'ils étaient noirs de suie, le Marais quand il faisait encore figure de quartier déshérité...

Mais ce n'est que lorsque je me suis mis à étudier l'histoire de Paris d'une manière approfondie que j'ai pris la mesure des multiples facteurs ayant concuru à modeler son visage. Ce que je croyais savoir sur Paris était largement faux. Je pensais, par exemple, lors de ma première visite au Louvre, que le Palais avait été construit à partir d'un seul plan d'architecte. Je ne pouvais imaginer que sa construction avait duré plus de sept siècles, de la forteresse médiévale à la résidence royale, pour devenir par la suite le musée que nous connaissons. De même, je croyais que le tracé de la ville avait été le fruit d'un processus rationnel de planification urbaine... Certes... mais la chance, le destin, l'avarice et les choix individuels de citoyens ordinaires ont aussi été pour beaucoup dans le développement de Paris.

En veut-on un exemple ? La place des Vosges n'aurait pas vu le jour si Henri II n'avait pas été mortellement blessé dans un tournoi devant l'Hôtel des Tournelles en 1559. Eplorée, Catherine de Médicis donna l'ordre de raser le palais, ouvrant ainsi le champ à l'aménagement ultérieur de la place. Fuyant le Marais, la reine s'installa au Louvre ; sans ce choix, elle n'aurait jamais fait ériger le palais des Tuileries et la Grande Galerie du bord de l'eau n'aurait pas été bâtie pour relier les deux structures. En un mot, sans le tragique destin d'Henri II, le Louvre tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existerait pas..."

 

 

En mémoire de ce qui fut…

 La machine à coudre Singer, les clafoutis aux cerises de ma grand-mère, les bouquets de violettes, les poinçonneuses du métro, les marrons brûlants dans les cornets de papier journal, les bouchers couverts de sang, les hirondelles à bicyclette : pèlerines bleues et bâtons blancs… Le chien qui fume, le chat Lucifer qui n’était pas gentil, mais que j’aimais bien quand même, les enfants de Montmartre, l’odeur des vieux escaliers, la plainte de l’accordéon, les chansons d’Edith Piaf, les clowns du cirque d’Hiver, le Guignol du jardin du Luxembourg, les bateaux de la fontaine des Tuileries, les chevaux de bois du manège, les apéritifs Dubonnet, les Tractions Citroën, les autobus à pont, Notre-Dame de Paris…

Rue des Halles, rue des Lavandières-Sainte-Opportune, rue de la Ferronnerie, rue Saint-Honoré, rue de la Lingerie, rue de la Poterie, rue des Bourdonnais, rue au Lard, rue Pierre-Lescot, rue Vauvilliers, rue Montorgueil, rue Rambuteau, rue de la Réale, rue Pirouette, rue Mondétour, rue de la Parcheminerie, rue de la Grande-Truanderie...

 Sur les bords de la Seine, le long des échoppes ombragées des bouquinistes, sous la vieille horloge de Saint-Germain l’Auxerrois, sous les arcades de la rue de Rivoli, dans la cour mal pavée des rois, dans le frais silence de Saint-Eustache où repose la mère de Mozart, sous les poutrelles des halles de Baltard, parmi les cris joyeux des marchands de légumes, rue Berger, rue du Roule, rue des Prouvaires…Sur le vieux Pont-Neuf où Molière enfants découvrit la commedia dell’arte.

 Et derrière les façades obscures, toutes les joies et tous les malheurs du monde.

 J’ai dix ans, je me promène avec mon grand-père dans le Paris d’autrefois. Il me tient par la main.

 Je me souviens et je voudrais casser les portes de la mort.

 

 

 

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