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Edmund Husserl, La Terre ne se meut pas
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Edmund Husserl, La Terre ne se meut pas

Edmund Husserl, La Terre ne se meut pas, traduit de l'allemand et présenté par Didier Frank, Jean-François Lavigne et Dominique Pradelle, Les Editions de minuit, collection philosophie, 1989

"Nous marchons sur le sol terrestre. Mais notre Terre n'est-elle qu'une planète parmi d'autres ou l'arche absolument immobile qui rend possible le sens de tout mouvement et de tout repos ? Nous marchons dans un espace où le mouvement et le repos des corps renvoient à un centre de référence qui se confond avec ma chair. L'espace n'est-il  pas alors constitué à partir des divers modes de mon incarnation et des différents champs de ma sensibilité ? 

Nous marchons au milieu des choses. Dès lors, comment se constitue, sur le fondement du présent de ma perception, le monde environnant qui m'est extérieur ?

Tels sont les questions et les thèmes que développent les trois manuscrits posthumes de Husserl ici réunis.

I. "L'arche originaire Terre ne se meut pas. Recherches fondamentales sur l'origine phénoménologique de la spatialité de la nature" (1934). 

Il s'agit d'un célèbre texte posthume de Husserl auquel Merleau-Ponty ne cessa de faire référence et dont il fit l'objet de ses derniers cours.

Husserl y montre que l'expérience que nous avons du mouvement et du repos des corps quelconques suppose une Terre absolument immobile par rapport à laquelle mouvement et repos peuvent prendre sens.

Bien évidemment, cette terre ne doit pas être comprise comme une planète réelle que l'on pourrait observer à la manière d'une étoile. A partir de là, Husserl s'efforce de construire un concept de l'espace qui ne soit pas celui de la géométrie et des sciences de la nature, mais plutôt celui de cet espace dans et par lequel nous faisons l'expérience de notre propre corps, espace qui est au fondement phénoménologique de la spatialité des sciences physiques.

II. "Notes pour la constitution de l'espace" (1934). Traduit de l'allemand et présenté par Dominique Pradelle.

III. "Le monde du présent vivant et la constitution du monde ambiant extérieur à la chair." Traduit de l'allemand et présenté par Jean-François Lavigne.

Dans ce manuscrit posthume daté vraisemblablement de 1931, Husserl s'attache à décrire simultanément la constitution du monde et des corps à partir des kinesthèses et des mouvements propres au corps. A ce titre, ce texte relève de cette esthétique transcendantale renouvelée dont le projet occupa les dernières années de la vie de Husserl.

Le point de vue d'Etienne Klein :

"Dès les années 1930,  Edmund Husserl avait compris que la crise qui secouait l'Europe n'avait pas seulement à voir avec des pratiques dictatoriales, mais concernait aussi et surtout notre rapport au monde qui nous entoure et à la terre qui nous soutient. En seulement trois  jours, du 7 au 9 mai 1934, il rédigea, dans une sorte de fièvre, un texte très étrange (et même, pour tout dire, un peu fou), intitulé "La Terre ne se meut pas" (Edmund Husserl, La Terre ne se meut pas. Renversement de la doctrine copernicienne dans l'interprétation habituelle du monde, tr. D. Franck, J.-F. Lavigne et D. Pradelle, Paris, Les Editions de Minuit, "Philosophie", 1989)

Husserl n'y conteste nullement la valeur de vérité de la découverte de Copernic et Galilée : il demeure acquis que la Terre tourne autour du Soleil, qui lui-même tourne autour d'autre chose. Simplement, selon lui, la Terre n'est pas une planète comme une autre. Elle est le sol originaire et insubstituable de notre ancrage corporel : pour nous, elle n'est donc pas en mouvement.

Selon Husserl, c'est l'oubli de cette relation primordial du corps au sol qui le soutient qui constitue la "faute originelle" de la modernité scientifique. Il montre que la distance théorique que nous prenons avec la Terre lorsque nous imaginons qu'elle est une planète comme une autre risque d'ébranler un enracinement premier. Par notre histoire et nos représentations, nous sommes fondamentalement des êtres géocentrés. Notre pensée n'est pas une pensée hors sol"... (Etienne Klein, "Le monde ne se meut pas", Le monde selon Etienne Klein, Flammarion, 2016, Champs sciences,  p.172-173)

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