Guy Goffette, Un manteau de fortune suivi de L'adieu aux lisières et de Tombeau du capricorne, préface de Jacques Réda, NRF Gallimard, 2014
Guy Goffette est un poète et écrivain belge né le 18 avril 1947 à Jamoigne (Gaume). Il a été tour à tour enseignant, libraire, éditeur des cahiers de poésie Triangle et de L'Apprentypographe. Il a parcouru nombre de pays d'Europe avant de poser ses valises à Paris où il vit actuellement. Il est lecteur chez Gallimard, où sont édités la plupart de ses ouvrages. Poète avant tout, même lorsqu'il écrit en prose, il a publié une quinzaine de livres et a obtenu en 2001 le Grand Prix de Poésie de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre. Entre autres travaux de préfaces, il est l'auteur de l'introduction aux œuvres complètes du poète Lucien Becker. Petits riens pour jours absolus - poèmes, nrf Gallimard 2016. (source : babelio et wikipedia)
Avant-propoème
Un kilomètre à pied avec Guy Goffette
Dis-donc, ne marche pas si vite, mon vieux Guy,
Tiré par ton profil qui fend la bise. Qu'est-ce qui
Nous presse ? On ne part pas ! Je crois plutôt
qu'on rentre.
Ensemble quand nous traversons l'espace qui bée
entre
Le pont royal et la place du Châtelet,
Le long des vieux bouquins tous lus, sous les coups
de balai
Du vent levant parfois une robe légère
Comme l'enfance. Mais la vie est volage lingère
Et tout ce qui s'envole à la fin se rabat,
Sauf peut-être les arabesques pures du tabac..."
Guy Goffette, "Dilectures et autres chansons" - "Compagnons de silence" - A la mémoire de W.H. Auden - pour Marilyn Hacker
Ce qui est grave, ce n'est pas de n'avoir
qu'un manteau de fortune, une seule paire
de chaussures éreintées quand il neige
et que le vent froid souffle en rafales
ni que la plomberie dans la chambre soit aussi
pourrie que les bronches du fumeur, les artères
des villes bombardées, les paroles des faux
prophètes et les promesses des gouvernants
ni que le marchand de vin refuse
obstinément tout nouveau crédit
alors que l'eau du robinet a le goût
du rat crevé, ni que le ciel s'éloigne
à mesure que nous grandissons, et la terre
tout à coup colle à nos pieds, l'ombre
qui nous suivait bientôt nous distance
et c'est la nuit comme un voleur, fracassant
le regard du voyageur arrêté
au milieu des valises, qui emporte
avec la clef du paysage la route et
la soif et le sel de vivre. Ce qui est grave,
disait-il, c'est d'avoir oublié que l'homme,
secoué par les vagues d'ennuis divers
et de détresse, est plus vaste et profond
que la mer mais plus fragile
que feuille d'automne si, dressé
contre lui-même dans la prison du corps
battu, il ne sait plus rendre grâce
au présent pour la vie qui fleurit
sur un visage où flambe comme une rose.
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