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Conjurer la peur Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images ...

Conjurer la peur en streaming gratuit

Patrick Boucheron, Conjurer la peur, Essai sur la force politique des images, Sienne, 1338, Editions du Seuil, Paris, octobre 2013.

Table : Avant-propos. Le lieu d'une urgence ancienne - 1. "Il me venait à l'esprit ces images peintes pour vous" - 2. Nachleben. Les ombres veillent - 3. Les Neuf - 4. Ambrogio Lorenzetti, famosissimo e singularissimo maestro - 5. De part et d'autre : allégorie, réalisme, ressemblance - 6. Esto visibile parlare : les murs nous parlent - 7. Guernica en pays siennois - 8. Séductions de la tyrannie (ce que cache l'image) - 9. La concorde à la corde accordée - 10. Avec le bien commun pour seigneur - 11. Ce que voit la paix : récits d'espaces et corps parlants - 12. Eh bien, dansez maintenant - Epilogue. Point de fuite.

Patrick Boucheron

Historien, médiéviste, il est notamment l'auteur de Léonard et Machiavel (Verdier 2008, rééd. Verder/poche 2013) et a dirigé L'Histoire du monde au XXème siècle (Fayard, 2009, rééd. Pluriel 2012)

Quatrième de couverture :

"Conjurer la peur

D'où viendra le danger ? l'un lève les yeux au ciel, l'autre jette un regard de côté, confrontés à leurs solitudes apeurées. Ils furent peints par Ambrogio Lorenzetti, comme en état d'urgence sur cette fresque que l'on dit "du bon gouvernement". C'était en 1338, dans le palais public de la république de Sienne, tandis que rôdait le spectre de la tyrannie.

Il est une actualité de cette peur ancienne qui hante toujours notre modernité. elle saisit à nouveau dès qu'on laisse venir la force politique des images. Car ce qui fait le "bon gouvernement" n'est rien d'aure que ses effets concrets, visibles et tangibles sur la vie de chacun. En les regardant en face, sans doute a-t-on quelque chance de repousser, pour un temps, la trouble séduction de la seigneurie. La peinture de Lorenzetti est le récit fiévreux de ce combat poltique toujours à recommencer."

Extrait de l'Avant-propos :

"C'est de cette image que je souhaite parler, mais moins pour en faire l'histoire, ou pour la déchiffrer patiemment à la manière de ces rébus dont raffole l'iconographie, que pour comprendre sa puissance d'actualisation. Je cherche à saisir cette stupéfiante force de persuasion qui vous happe et vous saisit, "à coup sûr" dira au XVème siècle le prédicateur Bernadin de Sienne, et déborde le contexte brûlant de sa réalisation pour filer droit vers aujourd'hui. Parmi les nombreuses raisons qui la rendent si profondément actuelle, qu'il me soit permis de n'en retenir qu'une seule. Les murs du Palazzo pubblico de Sienne s'embrument d'une menace, qui pèse sur le régime communal. Les citoyens siennois sont fiers de leur république, mais celle-ci est en danger. Rôde le spectre de la seigneurie, que le peintre figure - pour se faire peur, ou au contraire pour se rassurer ? - comme un monstre cornu sorti des entrailles de l'enfer, ou plutôt revenu d'un passé que l'on croyait révolu. Qui ne voit, aujourd'hui, que la démocratie est subvertie et qu'il ne sert à rien - sinon à se tranquilliser de décrire cette menace comme un retour des idéologies meurtrières. Or cette sourde subversion de l'esprit public, qui ronge nos certitudes, comment la nommer ? Lorsque manquent les mots de la riposte, on est proprement désarmé : le danger devient imminent. Lorenzetti peint aussi cela : la paralysie devant l'ennemi innommable, le péril inqualifiable, l'adversaire dont on connaît le visage sans pouvoir en dire le nom."

Qu'est-ce qu'un "bon gouvernement" ?

En s'allongeant sur trois des quatre murs de la "salle de la Paix" (sala della Pace) où se réunissaient les Neuf (c'est-à-dire les neuf magistrats qui gouvernaient la commune), la fresque d'Ambroglio Lorenzetti présente avec calme et détermination rien moins qu'un programme politique. Un programme d'une audace stupéfiante, puisqu'il proclame ceci qui est, ou devrait être, le chiffre de toute république : si ce gouvernement est bon, ce n'est ni parce qu'il est inspiré par une lumière divine, ni parce qu'il s'incarne dans des hommes de qualité ; ce n'est même pas parce qu'il bénéficie d'une légitimité plus solide ou de justifications plus savantes ; c'est simplement parce qu'il produit des effets bénéfiques sur chacun, concrets, tangibles, ici et maintenant - que tout le monde peut voir, dont tout le monde bénéficie, et qui sont comme immanents à l'ordre urbain." (p.14)

 

 

 

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