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Eugène Delacroix, La Liberté guidant le Peuple

 

La Liberté guidant le peuple ou Scènes de barricades selon le nom donné lors de sa première exhibition le 28 juillet est une huile sur toile d'Eugène Delacroix réalisée en 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses. Présentée au public au Salon de Paris de 1831, l'œuvre est transférée du musée du Luxembourg (où elle était exposée depuis 1863) au musée du Louvre en 1874 où elle est l'une des œuvres les plus fréquentées. Par son aspect allégorique et sa portée politique, elle a été fréquemment choisie comme symbole de la République française ou de la démocratie.

 

La Révolution de Juillet, révolution française à la faveur de laquelle un nouveau régime, la monarchie de Juillet, succède à la Seconde Restauration, se déroule sur trois journées, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les « Trois Glorieuses ».

   
Après une longue période d’agitation ministérielle puis parlementaire, le roi Charles X tente un coup de force constitutionnel par ses ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. En réaction, un mouvement de foule se transforme rapidement en révolution républicaine. Le peuple parisien se soulève, dresse des barricades dans les rues, et affronte les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, au cours de combats qui font quelque 200 tués chez les soldats et près de 800 chez les insurgés.

 

Charles X et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire et, au terme de l’« hésitation de 1830 », conservent une monarchie constitutionnelle, au prix d’un changement de dynastie.

   
La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède à la branche aînée ; Louis-Philippe Ier proclamé « roi des Français » et non plus « roi de France » (ce qui, évidemment, change tout ! 

 

Définition

 

Le mot "Histoire", avec ou sans majuscule, a plusieurs significations :

 

a) Récit de ce qui a eu lieu dans le passé, connaissance des époques, des événements, des faits appartenant au passé (Historie en allemand)

 

b) La réalité historique, le devenir (Geschichte)

 

c) Des historiens, comme Michelet étaient aussi des conteurs de génie ; "histoire" sans majuscule signifie "récit" ("raconter une histoire", "en faire toute une histoire"). Paul Ricoeur a montré l'importance du récit dans la constitution de l'identité personnelle. L'Histoire c'est un ensemble de récits sur le passé de notre famille élargie qu'est l'Humanité. Nous verrons en conclusion l'importance et les enjeux d'une culture historique.

 

" Quand un jeune Israélite, dans la nuit de Pâques, interroge rituellement les adultes qui l'entourent sur le sens du rite célébré, les adultes, non moins rituellement, lui répondent par le récit de la libération du peuple juif hors de l'esclavage égyptien. Il s'agit là, exprimé d'une manière saisissante, l'acte fondateur de l'éducation de la mémoire juive." (Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot, "Les Immémorants", préface à Toute l'Histoire du monde, de la Préhistoire à nos jours)

 

L'Histoire est-elle une science ?

 

Pour Fénelon, le bon historien doit faire abstraction de ses opinions personnelles et être totalement objectif : "Le bon historien n'est d'aucun temps, ni d'aucun pays." 

 

Cet idéal d'objectivité absolue est inaccessible. Les historiens choisissent d'étudier telle ou telle période, souvent en fonction d'impératifs idéologiques (par exemple la Révolution française, événement fondateur de l'Histoire moderne), ils privilégient tantôt "l'Histoire courte" (les puissants, les batailles, les Traités), tantôt "l'Histoire longue" : les techniques, l'organisation sociale, comme le fait l'Ecole des Annales.

 

L'Histoire ne saurait être la reconstitution intégrale du passé, mais la recherche d'une intelligibilité des événements, une "herméneutique" à la fois objective (la critique interne et externe des documents) et subjective (Paul Ricoeur). Les historiens s'accordent en général sur les faits, mais diffèrent quant à leur interprétation.

 

Exemple : L'Historien François Furet prend à contrepied les théories admises par les historiens marxistes. Pour ces derniers, Soboul et Lefebvre principalement, la Révolution française est d'abord une expression de la révolte des masses populaires, à l'exemple du mouvement jacobin soutenu par l'avant-garde des sans-culottes qui disparaît après le 9-Thermidor.

 

À l'inverse, non sans susciter des polémiques dans le monde universitaire français, François Furet défend l'idée d'une révolution des élites qui aurait « dérapé » en 1793. La confiscation violente du pouvoir par les masses durant la Terreur aurait perturbé le cours pacifique d'une modernisation sociale menée « par le haut » à partir de 1787.

 

Selon Paul Valéry, "l’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout."

 

Dilthey distingue les sciences qui font appel à l'explication et celles qui font appel à la compréhension. Les sciences de la nature expliquent les phénomènes en les rapportant à des lois générales. Elles ont recours à l'expérimentation, ce qui est impossible en Histoire. Les sciences de l'esprit, que l'on appelle aussi les "sciences humaines" comprennent leur objet en manifestant de l'empathie à son égard.

 

Les sciences de la nature recherchent les causes des phénomènes, l'Histoire recherche plutôt les motivations des actions humaines.

 

Histoire de l'Histoire

 

l'Histoire en tant que connaissance des événements passés est née  avec Hérodote, au Vème siècle avant J.-C., en tant que rupture avec le mythe ou la légende. "Histor" en grec signifie celui qui a vu, le témoin. "Historia" signifie enquête. Hérodote affirme oeuvrer à la conservation des actions des hommes, pour qu'elles ne s'effacent pas de la mémoire collective. Hérodote a écrit sur les guerres médiques entre les Grecs et les Perses et poursuit deux buts : faire oeuvre de mémoire (Mnémosumé est la mère des muses et Clio est la muse de l'Histoire) et établir la cause des événements en décrivant les moeurs et les institutions des peuples.

 

Thucydide, le deuxième historien grec, précise dans La Guerre du Péloponèse (guerre entre Athènes et les autres Cités grecques) la méthode historique encore en vigueur de nos jours : sélectionner ses sources d'information, adopter un point du vue critique, chercher l'exactitude, chercher à comprendre les faits.

 

Pour Aristote, l'Histoire ne peut pas être une science objective ; il n'y a de science que de l'universel, alors que l'Histoire n'a affaire qu'à des événements singuliers.

 

Pour les Grecs en général, l'Histoire est indissociable du Destin, dont dépendent aussi bien les hommes que les dieux. L'homme est impuissant face à l'Histoire.

 

La conception judéo-chrétienne de l'histoire

 

Le judaïsme voit dans l'Histoire un processus linéaire. L'Histoire du peuple juif se situe entre un commencement (la création du monde) et une fin (la venue du Messie). Pour saint Augustin, seule l'Histoire sainte peut donner un sens à l'Histoire humaine. C'est la Providence divine qui conduit l'Histoire du monde.

 

Les Philosophies de l'Histoire

   

Au XVIIIème siècle, naît l'idée de progrès, l'idée d'une Histoire universelle et l'idée que c'est l'homme qui fait l'Histoire.

 

Pour Hegel, l'Histoire est la réalisation dialectique de l'Esprit absolu. C'est la Raison qui est le véritable sujet de l'Histoire ("Tout ce qui est réel est rationnel") ; les peuples et les grands hommes ne sont que des moments d'un processus dialectique. La Raison se sert des passions des hommes pour réaliser ses fins (la ruse de la Raison)

 

Pour Marx, l'Histoire est celle des conditions matérielles de l'humanité, des forces productives, des rapports sociaux. Expliquer un événement historique, c'est en analyser les causes par les infrastructures économiques et sociales.

 

Les critiques des Philosophies de l'Histoire

   

Selon Nietzsche, l'Histoire nous inciterait à vénérer des formes d'existence révolues, à imiter le passé, à préférer le passé au futur. Nietzsche choisit la vie contre l'Histoire.

 

O. Spengler refuse l'idée de progrès et de "sens de l'Histoire" et rejoint, d'une certaine manière, la conception stoïcienne d'un temps cyclique.

 

Pour Heidegger, l'Histoire n'est pas une collection d'événements révolus, elle habite le présent en dévoilant à l'homme ses possibilités, en lui permettant de se projeter vers l'avenir.

 

A la lumière des tragédies du XXème siècle, Walter Benjamin critique la conception hégelienne de l'Histoire comme "ruse de la Raison" qui aboutit à justifier n'importe quoi.

 

L'importance de l'Histoire

Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot (Toute l'Histoire du monde, de la préhistoire à nos jours, "Les immemorants") soulignent la nécessité de connaître l'Histoire : 

 

"En France, il y a un siècle, ceux qui savaient lire savaient aussi se situer dans l'espace et dans le temps. Un manuel scolaire, rédigé par deux éminents professeurs, le Mallet-Isaac, énonçait les repères historiques et géographiques connus des gens qui avaient dépassé le certificat d'études.

 

Il n'en est plus ainsi. Les Français, et d'ailleurs tous les Occidentaux, sont devenus, pour la plupart, des hommes sans passé, des "immémorants". Par un paradoxe ironique, on n'a jamais autant parlé du "devoir de mémoire" qu'en ces temps d'oubli (...)

 

Il y a peu, on entendait les Français grommeler quand ils étaient mécontents : "On a déjà fait la Révolution, on pourrait la refaire", manifestant ainsi qu'ils étaient conscients d'une belle continuité historique. Que trouverait-on dans la tête de leurs enfants ? Un chevalier du Moyen-Âge en armure, chevauchant en guise de cheval une fusée interplanétaire !

 

(...) Or, qu'on y prenne garde : le rôle majeur d'une civilisation est de transmettre un dépôt à ses enfants, à charge pour ces derniers de contester, de dilapider ou de faire fructifier cet héritage.

 

Quand un jeune Israélite, dans la nuit de Pâques, interroge rituellement les adultes qui l'entourent sur le sens du rite célébré, les adultes, non moins rituellement, lui répondent par le récit de la libération du peuple juif hors de l'esclavage égyptien. Il s'agit là, exprimé d'une manière saisissante, l'acte fondateur de l'éducation de la mémoire juive.

 

Ce n'est pas pour rien qu'un Pol Pot, au Cambodge, a voulu détacher radicalement les Khmers de leur passé : il savait ce qu'il faisait.

 

Car, sans cette interrogation du disciple au maître, sans cette transmission des maîtres aux nouveaux venus, il ne subsiste plus de civilisation, mais seulement de la barbarie (...)

 

Aujourd'hui, les gens ont des difficultés pour comparer les questions entre elles, pour se situer dans la chaîne du temps. Or, sans point de comparaison, il n'est plus de problèmes compréhensibles, nous explique Malraux dans ses Antimémoires. "Penser, c'est comparer", écrit-il.

 

Est-il possible, en effet de déchiffrer l'actualité sans références historiques, les événements les plus actuels s'enracinant toujours dans le long terme ? Comment situer par exemple les guerres d'Irak sans avoir entendu parler de la Mésopotamie ? Faute de repères chronologiques et géographiques, les journaux télévisés de "vingt heures" se transforment en histoires fantastiques, en épisodes du Seigneur des Anneaux. Leurs images nous choquent sans nous concerner..."

 

Conclusion

 

"La conscience du passé est constitutive de l'existence historique. L'homme n'a vraiment un passé que s'il a conscience d'en avoir un, car seule cette conscience introduit la possibilité du dialogue et du choix. Autrement, les individus et les sociétés portent en eux un passé qu'ils ignorent, qu'ils subissent passivement. Ils offrent éventuellement à un observateur du dehors une série de transformations, comparables à celles des espèces animales et susceptibles d'être rangées en un ordre temporel. Tant qu'ils n'ont pas conscience de ce qu'ils sont et de ce qu'ils furent, ils n'accèdent pas à la dimension propre de l'Histoire."


(Raymond Aron, La Philosophie de l'Histoire, 1946, in Dimensions de la conscience historique, Plon, 1960, 10/18,pp. 11-12)

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