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Gottfried Wilhelm Leibniz, Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, La liberté de l'homme et l'origine du mal, chronologie et introduction par J. Brunschwig, Garnier-Flammarion, 1969

Table des matières :

Chronologie - Introduction par J. Brunschwig - Bibliographie - Essais de Théodicée : Préface de Leibniz - Discours de la conformité de la foi avec la raison - Première partie - Deuxième partie

Troisième partie : Abrégé de la controverse réduite à des arguments en forme - Réflexion sur l'ouvrage que M. Hobbes a publié en anglais de la liberté, de la nécessité et du hasard - Remarques sur le livre de l'origine du mal, publié depuis peu en Angleterre.

La cause de Dieu : La cause de Dieu plaidée par sa justice, elle-même conciliée avec toutes ses autres perfections et totalité de ses actions

Notes

Tables des matières contenues dans cet ouvrage

"La cause de Dieu" : ce "petit abrégé méthodique en latin" (Lettre de Leibniz à Burnett du 30 octobre 1710) résume sous une forme plus technique le contenu de la Théodicée.

Schopenhauer unkindly wrote that the only merit of Leibniz’s Théodicée was that it gave rise to the immortal Candide. (Anthony Gottlieb)

Aux élèves :

Candide de Voltaire est l'une des oeuvres les plus souvent étudiées en classe de Première et les collègues de français n'a certainement pas manqué  de vous expliquer que Voltaire s'en prend à un certain Leibniz dont il résume sommairement la pensée dans les propos de Pangloss, le précepteur de Candide : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes." Une phrase qui, soit dit en passant, ne se trouve pas sous cette forme,  dans l'oeuvre de Leibniz.

Malgré son esprit et son courage, Voltaire n'a jamais été un modèle de bonne foi. La pensée de Leibniz, l'un des plus grand génies du XVIIème siècle (et du début du XVIII), avec Descartes, Spinoza et Pascal, ne se réduit pas à cette phrase stupide.

Toutefois, le texte de Voltaire ne s'oppose pas à Leibniz sur un plan théologique ni métaphysique : le conte de Candide trouve son origine dans l'opposition entre Voltaire et Rousseau, et son contenu cherche à montrer que ce ne sont pas les raisonnements des métaphysiciens qui mettront fin à nos maux, faisant l'apologie d'une philosophie volontariste invitant les hommes à organiser eux-mêmes la vie terrestre et où le travail est présenté comme source de progrès matériels et moraux qui rendront les hommes plus heureux : "Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin."

Gottfried Wilhelm Leibniz (Leipzig, - Hanovre, ) est un philosophe, scientifique, mathématicien, logicien, diplomate, juriste, bibliothécaire et philologue allemand qui a écrit en latin, allemand et français.

Notes de lecture sur la Préface :

Leibniz commence par distinguer deux formes de piétés :

  • La "solide piété"  qui consiste dans "la lumière et la vertu" qui n'est pas et n'a jamais été l'apanage du grand nombre.
  • Les formalités de la dévotion qui ne font qu'imiter la vraie piété et qui relèvent de deux registres : "les cérémonies de la pratiques" (les rituels) et les "formulaires de la croyance"

Les cérémonies sont aux actions vertueuses ce que les "formulaires de la croyance" sont à la vérité et à la lumière.

Les "cérémonies de la pratique" et les "formulaires de la croyance" relèvent, selon Leibniz de la dimension formelle de la foi. Elles ne sont pas mauvaises en soi, mais elles n'expriment pas toujours ce qu'elles imitent.

La véritable piété (qui est la véritable félicité) consiste dans l'amour éclairé de Dieu.

Le but de la vraie religion est d'imprimer dans les âmes la connaissance des perfections de Dieu.

Leibniz constate que les docteurs de la religion se sont souvent éloignés de ce but : "Le croirait-on ? Des chrétiens se sont imaginé de pouvoir être dévots sans aimer leur prochain et pieux sans aimer Dieu ; ou bien on a cru de pouvoir aimer son prochain sans le servir, et de pouvoir aimer Dieu sans le connaître." (p. 29)

La véritable piété consiste à bien concevoir la bonté et la justice de Dieu (à se faire une idée juste de Dieu), la fausse consiste à privilégier la puissance irrésistible de Dieu par rapport à sa bonté et son pouvoir despotique par rapport à sa sagesse.

Leibniz critique le sophisme de la « raison paresseuse » qui aboutit à n’avoir soin de rien ou à suivre ses penchants. Il se présente de la façon suivante : « Si l’avenir est nécessaire, ce qui doit arriver arrivera quoi que je puisse faire. Or l’avenir est nécessaire, soit parce que la divinité prévoit tout, et le préétablit même, en gouvernant toutes les choses de l’univers ; soit parce que tout arrive nécessairement par l’enchaînement des causes, soit enfin par la nature même de la vérité qui est déterminée par les énonciations qu’on peut former sur les événements futurs. »

Leibniz lui oppose le principe contraire : « il est faux que l’événement arrive quoi qu’on fasse ; il arrivera, parce qu’on fait ce qui y mène ; et si l’événement est écrit, la cause qui le fera arriver est écrite elle aussi. Ainsi la liaison des effets et des causes, bien loin d’établir la doctrine d’une nécessité préjudiciable à la pratique sert à la détruire. »

Par ailleurs la conception d'une "nécessité fatale" détruirait le libre-arbitre (la possibilité que nous avons de choisir) qui est le fondement de la moralité.

Leibniz examine ensuite l'idée selon laquelle la cause des actions humaines (y compris les crimes) viendrait des dieux ou de Dieu. Il répond à Pierre Bayle qui oppose la toute puissance de Dieu à la liberté humaine et en vient à pencher vers la doctrine du manichéisme qui pose l'existence de deux principes antagonistes, un principe du bien et un principe du mal.

Même si Dieu ne participe pas aux mauvaises actions des hommes, il n'en reste pas moins qu'il le prévoit et qu'il les permet, alors qu'étant tout puissant, il pourrait les empêcher. Il y a donc, selon certains philosophes et théologiens,  une contradiction entre la connaissance infinie de Dieu et sa bonté infinie.

Leibniz se propose de montrer dans son essai :

que toutes nos actions ne sont pas soumises à la nécessité absolue ;

que Dieu choisit toujours le meilleur ;

qu'il n'agit pas par une nécessité absolue ;

que les lois de la nature tiennent le milieu entre les vérités géométriques absolument nécessaires et les décrets arbiraires ;

que la liberté véritable n'est pas la liberté d'indifférence ;

qu'il y a une parfaite spontanéité dans les actions libres ;

que Dieu n'est pas à l'origine du mal (l'auteur du péché) ;

que la nature du mal n'est pas positive, mais privative ;

que Dieu ne veut pas le mal, mais le permet ;

que Dieu a pu permettre le péché et la misère, et même y contribuer sans préjudice de sa bonté suprême, quoiqu'il aurait pu les éviter.

Il est possible de concilier la raison avec la foi eu égard à l'existence du mal : Dieu ayant choisi le plus parfait de tous les mondes possibles, a été porté par sa sagesse à permettre le mal qui y était annexé, mais qui n'empêchait pas qu'en fin de compte, ce monde ne fût le meilleur qui pût être choisi.

"Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles".

Posant, l'idée d'un Dieu bon, Leibniz en conclut qu'il n'a pu que créer le meilleur des mondes possibles. Le meilleur des mondes possibles n'est pas un monde parfait mais le meilleur des mondes qu'il était possible de créer. Dieu n'agit pas arbitrairement. Il est soumis aux lois de la raison sans quoi il ne serait pas libre. Il ne pouvait donc créer un monde contradictoire, fut-il meilleur que le nôtre. Parmi tous les mondes non contradictoires (et donc possibles) il a créé le meilleur.

Mais comment alors concilier la thèse leibnitzienne avec l'existence du mal dans le monde ? Concilier l'existence de Dieu et celle du mal, disculper Dieu de l'existence du mal dans le monde, constitue ce qu'on appelle une théodicée.

Il existe trois définitions du mal : le mal métaphysique (l'imperfection), le mal physique (la souffrance) et le mal moral (le péché).

Au sens métaphysique, que la nature ne soit pas bonne était inévitable. Dieu ne pouvait créer la perfection. Du reste, si la création était parfaite elle serait Dieu (Leibnitz rejette le panthéisme spinoziste). Néanmoins cela ne fait pas de notre monde un monde mauvais. Le mal est la condition du bien. Il rend possible le bien. Le monde est harmonie et le mal rend possible le bien un peu comme dans un tableau les ombres rehaussent les couleurs et la lumière. Le mal est nécessaire pour mettre en évidence le bien.

Le mal physique vient de notre union à un corps mais pour des esprits finis le corps est nécessaire pour pouvoir être en rapport avec d'autres esprits. Il fallait donc de la douleur. La souffrance peut être surmontée par la raison et elle est d'ailleurs souvent un bienfait lorsqu'elle nous avertit pour éviter ce qui nous est nuisible. Si je n'avais pas mal quand j'approche ma main d'une flamme je l'y laisserais et elle se carboniserait.

Quant à la souffrance morale, elle est, soit une juste punition, soit un moyen d'acquérir des mérites. C'est une absurdité morale que de concevoir un monde sans douleur.

Le mal moral n'a pas pour cause Dieu mais l'homme. C'est un effet de notre liberté. Le mal n'est donc pas nécessaire. L'homme est libre d'agir correctement. Dieu n'y participe que de façon indirecte.

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Né à Paris le 27 avril 1929, Jacques Brunschwig a terminé ses études secondaires au lycée Carnot et au lycée Henri-IV de Paris. Entré à l’École normale supérieure en 1948, il est agrégé de philosophie en 1952. Il s’oriente vers l’histoire de la philosophie ancienne, sous la direction de Pierre-Maxime Schuhl, d'Henri Marguerite, d'Alphonse Dain, de Maurice de Gandillac et de Victor Goldschmidt. Attaché de recherche au CNRS (1957-1966), il a soutenu en 1966 sa thèse de troisième cycle à l’université de Paris, et en 1976 sa thèse d’État sur travaux à l’université de Clermont-Ferrand.

Entre 1966 et 1994, il n’a pratiquement jamais cessé d’enseigner, à Paris, à Amiens, à Nanterre et dans diverses institutions universitaires à l’étranger.

Jacques  Bunschwig était un excellent pianiste, il avait travaillé avec Yvonne Lefébure. Il était modeste et respecteux des autres. Il aimait particulièrement les cantates de Bach et les macarons au chocolat.

"Quand on voit, dans nos procès humains, un accusé confier le soin de sa défense à un avocat particulièrement célèbre, on se prend parfois à penser : faut-il que son affaire soit mauvaise ! A ce compte, l'affaire de Dieu, si l'on ose dire, ne serait pas loin d'être désespérée. Quelques hommes en effet, parmi les plus intelligents et les plus profonds qui aient jamais paru, païens, juifs, catholiques, protestants, ont dépensé des trésors d'énergie et de science à s'en faire les défenseurs.

Quel soin n'ont-ils pas mis à le laver de toute responsabilité dans le scandale du mal ! S'il est vrai, selon une expression de Kant, que la raison n'a cessé de soulever des accusations contre la sagesse suprême, en s'appuyant sur tout ce qui, dans le monde, contredit au bien, il n'est pas moins vrai que c'est encore la raison qui, au risque de se diviser contre elle-même, s'est constamment employée à justifier Dieu de ces mêmes accusations.

Lorsqu'en 1710 (il a soixante-quatre ans), Leibniz publie chez isaac Troyel à Amsterdam, ses essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, il n'est ni le premier ni le dernier à mettre son génie au service de cette entreprise. "Dieu n'est pas responsable" : malgré ce cri de Platon, la cause n'est jamais définitivement entendue.

Tout se passe comme si, entre Dieu et l'homme, le mal avait pourri les relations ; il faut que l'innocence de l'un soit la culpabilité de l'autre. Oscillant entre la tentation de s'excuser en accusant Dieu et celle d'excuser Dieu en s'accusant lui-même, l'homme ne parvient jamais à décharger sa raison d'une inéluctable audace : car il ne lui en faut pas moins pour acquitter Dieu devant son propre tribunal que pour simplement l'y citer à comparaître. Coupable, s'il est coupable ; et coupable encore s'il est innocent..." (Jacques Brunschwig)

Théodicée

Terme créé par Leibniz (cf. Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, 1710), « théodicée » désigne la justification de la bonté de Dieu (thèse de l'optimisme), en dépit du mal inhérent au monde. En France, l'école éclectique (seconde moitié du xixe siècle) a appelé théodicée l'une des quatre parties du cours de philosophie (psychologie, logique, morale, théodicée). Cette quatrième partie comprenait les preuves de l'existence de Dieu, la définition de ses attributs, la réfutation des objections tirées du mal physique ou moral. Ultérieurement, le terme théodicée est devenu synonyme de théisme philosophique, par distinction d'avec un théisme théologique qui ajoute aux arguments de raison des arguments de foi. Heidegger et ses disciples critiquent sous le nom d'ontothéologie toute théodicée, tout théisme (qui recouvre à leurs yeux une confusion entre l'Être et l'Étant, ou entre l'Être et les êtres). Henri Duméry

Paul Rateau, La question du mal chez Leibniz, Fondements et élaboration de la Théodicée, Honoré Champion.

L'ouvrage expose la genèse et les fondements de la Théodicée de G W Leibniz, en montrant l'originalité de cette doctrine de la justice de Dieu, au confluent de plusieurs disciplines (métaphysique, théologie, jurisprudence, éthique), que son auteur désignait comme une « quasi-sorte de science ».

La première partie replace la question du mal et de la justice divine dans le cadre de l'effort leibnizien de rationalisation du droit et de la théologie entrepris à partir de 1667, en soulignant les difficultés laissées non résolues par la Confessio Philosophi. La deuxième partie montre de quelle façon et dans quel contexte s'élabore le projet de Théodicée et se construit, sur la base d'une théorie de la dispute philosophique, le discours réfutatif visant à réduire les objections de P Bayle. Enfin, la troisième partie examine le volet proprement théorique de cette doctrine sans démonstration l'explication du concours divin (moral et physique), l'origine et la nature du mal, la liberté de l'homme et les principes moraux de son action dans le monde.

 

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