
Norbert Schneider, Les Natures mortes, réalité et symbolique des choses, Taschen, 1991
Tables des matières : 1. Introduction - 2. Les phases préliminaires et les prémices des natures mortes - Les scènes de cuisine - Les natures mortes de chasse - Les représentations des cinq sens - Les vanités - Les natures mortes de desserts et de confiseries - Les "Ontbijtjes" - les tables mises - Les natures mortes de fruits - Les natures mortes de fleurs - Les tableaux religieux de fleurs et de fruits - Les "musées", chambre de merveilles et cabinets d'Histoire naturelle - Les natures mortes d'instruments de musique - Les natures mortes d'armes - Les natures mortes de livres - Les scènes forestières - Notes - Biographies des artistes - Bibliographie.
Quelles sont les idées et les pratiques qui se réflètent dans les objets et les motifs des natures mortes ?
Cette question alimente la démarche herméneutique de Norbert Schneider dans son étude richement illustrée sur les natures mortes dans l'Histoire de la peinture, de la fin du Moyen-Âge au XVIIème siècle.
Norbert Schneider découvre dans la symbolique des natures mortes de nombreuses indications sur l'évolution de la civilisation européenne, le développement de l'économie marchande, l'essor de la bourgeoisie, les échanges avec le Nouveau Monde, les changements de mentalité, la diffusion du savoir par l'imprimerie, les autres arts (la musique et le théâtre), les progrès de l'agriculture, la cuisine et les habitudes alimentaires, le sentiment de la nature, l'expression du sentiment religieux, l'attitude de la conscience humaine face à la mort, l'influence des sciences de la nature, notamment la botanique..
L'auteur consacre un chapitre entier de son ouvrage à la signification morale, philosophique, religieuse, socio-économique et politique des "Vanités" et plusieurs pages au phénomène de la "tulipomanie" qui sévit aux Pays-Bas, au XVIIème siècle, montrant la relation entre la spéculation sur les tulipes et leur représentation picturale dans les natures mortes de fleurs.

Norbert Schneider est professeur d’histoire de l’art à l’Université de Karlsruhe. Il a publié des travaux sur l’art du Moyen Age, du début de l’ère moderne et du XIXe siècle, se rapportant aussi bien à l’esthéthique qu’à la méthodologie de l’histoire de l’art.
Il s'intéresse également à l'histoire de la philosophie.

Antonio de Pereda (vers 1608-1678), Le Rêve du chevalier, huile sur bois 152 x 217 cm, Madrid, Real Academia de San Fernando.
"Les "éléments de l'orgueil, qui fournissent un indice de la remise en cause de la légitimité du seigneur revêtent une importance centrale dans Le Rêve du chevalier d'Antonio de Peredas (1608-1678). Sur une chaise à accoudoirs est assis à gauche un jeune noble endormi, la tête pâle de sommeil appuyée dans la main. Le contenu de son rêve, les vanités du monde, apparaît à droite sur la table, entouré de ténèbres. A côté des insignes de domination (armure, mitre, tiare, globe), des livres, des partitions, des pièces de monnaie, des perles, des armes, un masque (représentant Thalia, la Muse du théâtre).
Deux têtes de mort - dont l'une a roulé de côté, de sorte qu'on peut en voir l'intérieur (...) constituent autant que la bougie consumée et la pendule de table des signes de caducité. De même, les fleurs dans le vase sont un symbole de vanité (Psaume 103, 15-16)
Un ange étend une bannière sur laquelle on peut lire la devise : "Aeterne pungit, cito volat et occidit." (La gloire des hauts faits doit s'envoler comme un rêve), ce vers extrait du poème d'Andreas Gryphius : "Tout n'est qu'orgueil", concorde, en tant que devise, avec l'intention du tableau de Pereda.
Le motif du rêve du tableau possède une autre référence littéraire, à savoir un passage du drame de Calderon de la Barca La Vida es sueno (La vie est un songe) dans lequel on signifie à un dominateur que la position honorifique de roi qu'il avait jusqu'alors exercée n'avait été qu'un rêve confus.

Georg Flegel (1566-1638), Nature morte de desserts, Munich, Alte Pinakothek
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)