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Hommage à René Char - Actualités - Site Gallimard
" Je tiens René Char pour notre plus grand poète vivant et Fureur et mystère pour ce que la poésie française nous a donné de plus surprenant depuis les Illuminations et Alcools. " Le recueil ...
René Char, Alberto, Giacometti, Le Visage Nuptial, suivi de Retour amont, préface de Marie-Claude Char, NRF Poésie/Gallimard, 2018
L’anniversaire des 30 ans de la mort de René Char est l’occasion pour Gallimard de publier Le Visage nuptial (1963) suivi de Retour amont (1965), deux textes illustrés par Alberto Giacometti, et de ressortir Fureur et mystère (1948).
Une exposition Galerie Gallimard, 30-32, rue de l’Université, 75007 autour de ces deux livres met en scène la conversation entre le poète et l’artiste et présente éditions de luxe, estampes et dessins.
Une "conversation souveraine"
"Née au temps du surréalisme, l'amitié qui liait René Char et Alberto Giacometti n'a cessé de se renforcer et de s'affirmer plus active et créative à partir de 1946, au point qu'il n'est pas exagéré de dire qu'ils devinrent dès lors l'un pour l'autre des «alliés substantiels», au sens que le poète donnait à cette expression.
Char consacre un texte à Giacometti dans Recherche de la base et du sommet. Giacometti réalise un portrait de Char. Ils échangent dédicaces, lettres et dessins. Mais leur entente se révèle surtout quand ils participent à une œuvre commune, ce dont témoignent précisément deux ouvrages dissemblables : le manuscrit enluminé de Visage nuptial et l'édition de luxe de Retour amont. Le premier date de 1963, l'écriture calligraphiée de Char y est accompagnée par sept dessins de Giacometti, d'une facture inhabituelle puisque l'artiste use ici de crayons de couleur. Le second date de 1965, le texte typographié par Guy Lévis Mano est illustré par quatre eaux-fortes.
En publiant ces deux œuvres à la suite, ainsi qu'une longue lettre inédite de Giacometti à Char, qui évoque la dynamique de leur collaboration, Poésie/Gallimard entend poursuivre le dialogue essentiel entre les poètes et les peintres déjà ébauché dans la collection avec Braque, Arp, Éluard, Man Ray, Zao Wou-Ki, Leiris, Masson, Miró, Reverdy, Picasso, et bien sûr René Char, le plus présent en ce domaine." (source : éditions Gallimard)
Extraits de la préface
"Ils se croisent dans les années 1930, au sein du mouvement surréaliste, signant tracts, pamphlets et participent à la publication d'ouvrages comme Violette Nozières.
Char vient de quitter son village natal de L'Isle-sur-Sorgue, en Provence, à la demande pressante de Paul Eluard, admirateur de ses premiers poèmes.
Giacometti, lui, a déserté ses montagnes suisses et son village de Stampa dans le canton des Grisons pour s'installer depuis plusieurs années dans son atelier à paris, rue Hippolite-Maindron.
L'un comme l'autre se détachent du mouvement presque en même temps et pour les mêmes raisons : refus d'aliéner leur liberté, de s'inféoder. Char clôt définitivement son aventure en 1934 avec la publication du Marteau sans maître et Giacometti est exclu du mouvement en 1935.
Aucune trace dans les carnets de Giacometti n'indique une collaboration durant cette période.
Cependant, un couple, Christian et Yvonne Zervos va être la clé de rencontres de nombreux artistes et probablement favoriser celle de Char et Giacometti" (...)
Célébrer Giacometti
"L'un écrit, lm'autre dessine. Chacun observe l'autre, scrute les regards. En cette fin d'avril 1964, Char est dans le minuscule atelier du peintre dont les murs sont couverts de plâtre, de traces de peinture, de couleurs et de poussière. Il voit le combat acharné de l'artiste sur le modèle, cette lutte violente et cruelle jusqu'à l'apparition soudaine de la simple et inépuisable réalité. C'est le moment où Char écrit son deuxième texte sur l'artiste, "Célébrer Giacometti", publié la même année dans le recueil Commune présence. Et lui, l'artiste, qui a trouvé dans le dessin son écriture, prend un stylo à bille, dessine le portrait de Char et exauce son souhait exprimé dix ans plus tôt ! :
"En cette fin d'après-midi d'avril 1964 le vieil aigle despote, le maréchal-Ferrant agenouillé, sous le nuage de feu de ses invectives (son travail, c'est-à-dire lui-même, il ne cessa de le fouetter d'offenses), me découvrit, à même le dallage de son atelier la figure de Caroline son modèle, le visage peint sur toile de Caroline - après combien de coups de griffes, de blessures, d’hématomes ? - , fruit de passion entre tous les objets d'amour, victorieux de la mort, et aussi des parcelles lumineuses à peine séparées, de nous autres, ses témoins temporels. Hors de sa sombre alvéole de désir et de cruauté. Il se réfléchissait, ce beau visage sans antan qui allait tuer le sommeil, dans le miroir de notre regard, provisoire receveur universel pour tous les yeux futurs."
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