Le mardi 21 mars à 18 heures 30, en l'église du Sacré-Cœur de Bourges, une conférence à deux voix par le Père Edouard Cothenet et le Père Stéphane Quessard avait pour thème "La Pâques du Seigneur selon Saint Jean, illustré par des extraits musicaux de la Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach". Une soirée originale pour entrer dans le mystère pascal du Christ qui nous invite à répandre autour de nous la joie de l'Evangile.
Dans l'Eglise Catholique : très tôt les lectures de l'évangile de la Passion (selon Saint Matthieu le dimanche des Rameaux et selon Saint Jean à l'office du Vendredi saint) ont reçu un accompagnement musical : le rôle du Christ était tenu par le prêtre (voix de basse) ; le sous-diacre, souvent la voix de ténor pour les répliques des autres personnages - on disait "la canaille" pour le rôle de Judas - tandis que le diacre (ténor) chantait les parties du récitant (rôle de l'évangéliste). Les parties de la foule furent, au fur et à mesure, interprétées par le chœur. S'emparant du texte sacré, les compositeurs manifestèrent dans les mélodies de leurs Passions une intention d'en faire des œuvres descriptives et de véritables drames lyriques.
Dans l'Eglise Luthérienne : le moine Martin Luther veut amener l'Eglise du Christ à se convertir en menant une vie plus conforme à l'Evangile. Mais, comme dans l'Eglise Catholique, le mystère essentiels est le même : celui du salut obtenu par la mort et la résurrection du Christ. L'âme inquiète de Luther est tellement impressionnée par la mort du Christ en croix qu'il va centrer sa théologie et sa spiritualité sur cet événement capital : la croix du Christ seule nous sauve une fois pour toutes et elle n'est pas renouvelable. Croix et Pâques ont lieu une fois. Leur valeur est éternelle et absolument efficace pourvu qu'on y communie par la foi.
Dans la théologie romaine, c'est l'Eucharistie, en vertu de l'institution qu'en a fait le Christ la veille de sa mort, qui permet au chrétien de "communier personnellement et intimement à ce mystère historique qui s'est déroulé sous Ponce-Pilate". De ce fait, l'événement sauveur de Vendredi-Saint et du Matin de Pâques se renouvelle à chaque eucharistie et devient présent jusqu'à la fin des temps.
On comprend alors pourquoi, dans l'Eglise Réformée, l'accent est mis sur le crucifix et pourquoi le récit de la Passion va être privilégié par Luther et ses musiciens. A la fin du XVIème siècle, les musiciens catholiques n'écrivent pratiquement plus d'œuvres chantées pour célébrer la Passion du Christ, tandis que Luther va demander à ses compositeurs et notamment à son premier collaborateur musical Johann Walther (vers 1530) de mettre en musique le récit de la Passion. Très vite les premières passions protestantes vont comporter une introduction chorale (texte libre), des récits (texte évangélique), chantés par une ou deux voix, les textes de foules chantés à 4 ou 5 voix, une chœur d'action de grâce final : schéma qui atteindra sa perfection avec Bach. Parmi les compositeurs luthériens de Passions, citons parmi les plus célèbres : Melchior Vulpius (1570-1613) et Heinrich Schütz (1585-1672).
A partir du XVIIème siècle, tout va évoluer rapidement avec l'arrivée en force des instruments dans la liturgie. C'est le début de l'opéra et de l'oratorio (frère religieux de l'opéra) et l'apparition de la cantate. Georges-Frédéric Haendel (1685-1759) écrit deux Passions dont la forme est proche des Passions de Bach, mais ce dernier utilise davantage le choral, et surtout est plus éloigné que Haendel de l'esprit de l'opéra.
Toutes ces œuvres, dont la forme a longtemps hésité entre l'oratorio, l'opéra et la cantate dominicale, étaient exécutées de préférence aux vêpres (en 2 parties, séparées par le prédication) ou en concert, hors de l'église. Dans la monde catholique romain, les musiciens exerceront leur talent, ou leur génie, dans les Motets, les psaumes, mais surtout dans les Messes qui constituent l'essentiel de la vie liturgique.
Quand on aborde la musique religieuse de Bach, il ne faut pas oublier qu'il fut un homme profondément religieux et durant toute sa vie de compositeur, un luthérien convaincu et très docile aux consignes de Luther. Les Passions de Bach sont l'aboutissement de huit siècles de musique au service du texte évangélique qui dit la mort du Christ. Après lui, il semble qu'aucun autre musicien n'osera s'attaquer à ce sujet, pourtant essentiel au salut du monde.
J.S. Bach donne pour la première fois sa Passion selon Saint Jean pour les Vêpres du Vendredi Saint 7 avril 1724 en l'église Saint-Nicolas de Leipzig. Il venait d'être nommé au poste de Cantor et organiste de l'église Saint-Thomas. Il la redonnera l'année suivante, puis en 1730 et peut-être en 1747. Depuis la Réforme, la ville de Leipzig avait coutume de donner le Vendredi Saint la Passion selon Saint Jean dans la seule église Saint-Nicolas. A la différence de la Passion selon Saint Matthieu, (la Passion selon Saint Luc ayant été perdue et de celle selon Saint Marc ne nous reste qu'un seul mouvement), Bach s'est retrouvé seul pour écrire les textes méditatifs (arias...). Il a donc écrit livret et musique, le récit évangélique étant bien entendu celui de l'évangéliste Jean. Bach se permet toutefois quelques petites fantaisies : il ajoute au texte de Jean, l'épisode des pleurs de Pierre après son reniement et celui du voile déchiré du Temple de Jérusalem, ces deux épisodes étant pris dans l'évangile de Matthieu.
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