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Conférence d'Augustin Belliot : "L'orgue monstre sacré" à la Maison diocésaine de Bourges

"La musique est la science de l'amour, enfant d'Harmonie et de Rythme" (Platon)

"La voix de l'orgue est comme une ancre jetée vers les rivages du ciel." (Saint Augustin)

"Le jardin suspendu, c'est l'idéal perpétuellement fugitif de l'artiste, c'est le refuge inaccessible et inviolable." Jehan Alain (1911-1947)

L'association des Amis du Grand Orgue de la cathédrale de Bourges, présidée par Marie-Reine Renom,  avaient organisé une conférence à la Maison diocésaine de Bourges, 23, rue Nicolas Leblanc, le Lundi 22 mai 2023 à 19 heures 30, suivie d'une discussion sur l'orgue et le métier d'organiste. Cette conférence, illustrée d'un diaporama et d'exemples musicaux, a été l'occasion, pour le nouvel organiste titulaire du Grand Orgue de la Cathédrale de Bourges, de se présenter.

Depuis décembre 2022, Augustin Belliot est titulaire des orgues de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges. Son désir de partager la musique avec le plus grand nombre l'a conduit ces dernières années à donner plusieurs cycles de conférences accessibles à tous, en faisant dialoguer différentes disciplines artistiques. Ce désir se concrétise aussi par son investissement dans l'association "Les Orgues dans nos Campagnes" et le festival "Les Très Riches Heures de l'Orgue en Berry" dont il est directeur artistique. Augustin Belliot enseigne au Conservatoire à Rayonnement Départemental de Bourges (Écriture/Composition, Culture Musicale et Analyse).

Augustin Belliot a commenté le tableau allégorique de Raphaël, L'Extase de Sainte Cécile, représentant saint Paul, reconnaissable à son épée, saint Jean l'Evangéliste, saint Augustin portant sa crosse d'évêque et sainte Marie-Madeleine, la première chrétienne, portant le vase rempli de parfum dont elle oignit les pieds de Jésus, entourant sainte Cécile, patronne des musiciens, l'oreille inclinée vers le chant purement spirituel des anges devant des instruments de musique cassés et piétinés. Elle retient un orgue miniature injouable qui semble lui glisser des mains.

Tous ces saints ont fait l'expérience de l'extase, des visions et des musiques célestes. L'une des interprétations possibles du tableau est la supériorité infinie de la musique céleste sur la musique profane, la musique sacrée n'étant qu'une imitation forcément imparfaite de la musique céleste. 

A partir de ce tableau, associant peinture et musique, Augustin Belliot s'est attaché, à travers de savantes analyses, à montrer les liens symboliques unissant philosophie, théologie, mystique, arithmétique, musique et poésie, avec une incursion dans le domaine de la physique quantique et de la théorie des cordes, montrant qu'au niveau subatomique, la matière est énergie, vibration, mouvement, comme la musique.

En se référant à l'épisode de la femme adultère dans l'Evangile, Augustin Belliot a également montré que la musique sacrée, à l'image du pardon et de la charité constituait un écart par rapport à la justice (justesse) stricte, à la norme et à la loi.

Après avoir questionné l'étymologie du mot "musique" (discipline des Muses), Augustin Belliot s'est référé aux arts libéraux (trivium et quadrivium) du Moyen-Âge et de la Renaissance :  grammaire, dialectique et rhétorique (trivium) et à tout ce qui se rapporte au "pouvoir des nombres" : arithmétique, musique, géométrie et astronomie (quadrivium), à Pythagore, philosophe présocratique honoré par l'Eglise, au point de figurer au portail de la cathédrale de Chartres, aux divines proportions et à la théorie des sphères, expliquant que le son, unité dans la diversité, est le modèle de la création divine (Genèse, I) et le symbole de l'Eglise dans la théologie paulinienne.

La voix de l'orgue est une image du souffle divin. Sa vocation (orgue vient du latin "organum" = instrument) est de relier le monde visible au monde invisible, de rendre perceptible dans le monde visible (microcosme) le monde invisible (macrocosme), de connecter les deux mondes.

Suspendu entre ciel et terre, l'orgue est le seul instrument dont l'interprète est invisible, comme les anges.

Augustin Belliot a évoqué également la notion de "diabolus in musica", expliquant que la musique sacrée et la musique d'orgue en particulier, en résolvant les "fausses notes" et les tensions, constituait un "outil d'exorcisme et de conversion" ("les musiciens sont des exorcistes qui s'ignorent"), illustrant cette idée par une de ses œuvres : "Le don de la grâce".

 

 

 

 

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