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Bergson : mécanisme et finalisme (explication du texte) - Le blog de Robin Guilloux
L'oeuvre : L'Évolution créatrice est un ouvrage philosophique rédigé par Henri Bergson en 1907. Dans ce livre, Bergson développe l'idée d'une " création permanente de nouveauté " par la nat...
Aux lycéens, aux élèves des classes préparatoires et aux étudiants :
Essayez de lire des œuvres complètes, plutôt que des résumés, des études ou des commentaires. J'ai pris comme exemple L'Evolution créatrice de Bergson, "l'un des cinq plus beaux livres de l'Histoire de la Philosophie", mais vous pouvez, bien entendu, choisir une autre œuvre.
En vérité, l'exemple proposé ici est valable et transposable pour n'importe quel ouvrage de philosophie.
Lisez, crayon en main, n'hésitez pas à relire à intervalles réguliers en laissant reposer à sa manière votre cerveau qui, comme chacun sait "travaille" pendant la nuit et vous permet de mieux comprendre le lendemain matin ce que vous ne saisissiez pas bien la veille. Freud parle du "travail du rêve" (Traumarbeit).
Prenez des notes, cherchez les définitions précises de mots que vous ne connaissez pas ou relevant d'un vocabulaire spécialisé, même si vous avez une vague idée de leur sens. Par exemple les mots "arthropode" (p.135), "histologie" (p.167) ou "hyménoptères" (p.172) , dans L'Evolution créatrice de Bergson.
Toutes les éditions ne se valent pas. Choisissez celle qui vous semble la meilleure, en l'occurrence, pour L'Evolution créatrice l'édition critique des œuvres complètes de Bergson, sous la direction de Frédéric Worms parue aux Presses Universitaires de France, collection quadrige grands textes, un instrument de travail indispensable.
Cherchez des renseignements sur l'auteur (pour vous faire une idée plus concrète de la personnalité de Bergson, je vous conseille la lecture d'un livre récent, paru en 2023, Il est cinq heures, le cours est terminé, Bergson, itinéraire de Michel Laval, paru aux Editions des Belles Lettres), sur ses autres publications, sur la date de publication de l'ouvrage, sur l'œuvre.
Tant que la lecture du texte ne vous aura pas permis de vous faire une idée du contenu de l'œuvre, vous pouvez vous contenter de lire un bon résumé, mais encore une fois le résumé ne remplacera jamais la lecture de l'œuvre complète.
Combien y a-t-il de chapitres ? (quatre en ce qui concerne L'E.C.). Reportez-vous à la table des matières du livre. Quel est le titre de chacun de ces chapitres ? De quoi parle l'œuvre dans son ensemble ? De quoi parle chacun des chapitres de l'ouvrage ? Quelle est la thèse principale de l'auteur, quels sont les concepts fondamentaux ? ("évolution créatrice", "élan vital", "création permanente de nouveauté", "durée", "finalisme", "mécanisme", "invention", "transformisme", "intelligence", "instinct", "conscience", "adaptation", "homo faber"...). Quel sens particulier l'auteur donne-t-il à ces concepts ? Quels arguments l'auteur développe-t-il ? Quels exemples donne-t-il ?
Cherchez des informations sur Lamarck et sur Darwin, une grande partie de l'E.C. de Bergson constituant une réflexion critique sur la transformisme de Lamarck et sur la théorie évolutionniste de Darwin (Bergson est né la même année que la parution de L'Evolution des espèces de Darwin : 1859). Bergson ne remet pas en cause l'évolution dont il dit qu'il s'agit moins d'une hypothèse que d'un fait, mais demandez-vous si Bergson partage toutes les hypothèses explicatives des néodarwiniens et des néo-lamarkiens sur les "mécanismes" de l'évolution des espèces, notamment des plantes et des insectes qu'il prend pour exemple (cf. par exemple p.171 de la même édition).
Notez que Bergson fonde ses arguments sur des exemples tirés de faits expérimentaux, contrairement à ce que prétend Russel qui l'accuse de procéder uniquement a priori.
On apprend mieux en écrivant. Notez des citations qui vous paraissent éclairantes. Les citations ne doivent pas être trop longues, ni trop nombreuses, sinon ils se superposent à l'ouvrage et la carte couvre la totalité du territoire comme dans le paradoxe de Borges ! Relisez régulièrement les citations.
Une fois que vous aurez lu (et relu) l'ouvrage, lisez le dossier critique. Prenez connaissance des critiques positives et négatives, par exemple celle de Bertrand Russel. Demandez-vous pourquoi B.R. a réagi de cette manière, à quelle école philosophique appartient-il ? Qui a défendu Bergson contre les attaques de Russel ?
Prenez aussi connaissance des notes sur chacun des chapitres, de l'index des notions, des images (comparaisons et métaphores... Bergson est un philosophe qui emploie des figures de style et qui écrit bien, ce qui, hélas, n'est pas si commun !), et des exemples, de l'index analytique, de la bibliographie, des lectures annexes.
Vous noterez par exemple que Frédéric Worms et ses collaborateurs ont reproduit dans l'édition critique de L'E.C. le cours sur le chapitre III de l'E.C. donné à l'Ecole normale de Saint-Cloud en mars 1960 par Gilles Deleuze.
Une fois que vous avez lu, relu et compris la totalité de l'ouvrage ou au moins l'un des chapitres (dans la mesure où ce chapitre forme un tout), choisissez un passage donné à étudier, le cas échéant, au baccalauréat et essayez d'en faire l'explication. J'ai donné comme exemple un texte sur les insuffisances respectives du mécanisme et du finalisme dans la compréhension de l'évolution, dont voici le lien : Bergson : mécanisme et finalisme (explication du texte) - Le blog de Robin Guilloux (over-blog.fr)
Maintenant que ce travail analytique de l'intelligence a été fait, essayez de sentir ce que Bergson a voulu faire entendre quand il distingue intelligence et intuition et quand il oppose le temps à la durée.
En résumé, essayez de vous approprier activement l'œuvre. Ensuite organisez-vous en binôme avec un camarade et posez-vous des questions l'un à l'autre sur ce que vous avez compris du texte.
L'auteur :
Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris, ville où il meurt le 3 janvier 1941, est un philosophe français. Parmi les ouvrages qu'on lui doit, les quatre principaux sont l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), Matière et mémoire (1896), L'Évolution créatrice (1907) et Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932). Il est également l'auteur du Rire, un essai sur la signification du comique (1900). Bergson est élu à l'Académie française en 1914 et il reçoit le prix Nobel de littérature en 1927. Il fut à la SDN le premier président de la Commission internationale de coopération intellectuelle, ancêtre de l'UNESCO. Ses idées pacifistes ont influencé la rédaction des statuts de la Société des Nations.
L'œuvre :
"L’Évolution créatrice est un ouvrage philosophique rédigé par Henri Bergson en 1907. Dans ce livre, Bergson développe l’idée d’une « création permanente de nouveauté » par la nature.
Bergson débat de l’explication finaliste et de l’explication mécaniste de l’évolution, respectivement défendues par la métaphysique traditionnelle (héritée de Leibniz et, avant lui, d’Aristote et mettant l’accent sur les causes finales, ou buts) et par la science moderne (héritée de Descartes et mettant l’accent sur les « causes efficientes », la « causalité » scientifique).
Bergson montre que ces deux visions, que l’on oppose souvent, reviennent en vérité au même dans le traitement de l’évolution. Elles consistent à supposer que tout est donné d’emblée, d’avance : soit dans le but que l’on imagine poursuivi, dès le début, « en esprit » par la nature, soit dans l’ensemble des paramètres matériels de départ ou en présence — à partir desquels on pourrait exactement déduire ce qui n’est pas encore advenu. Aux deux positions précédentes, Bergson oppose son propre concept d’« élan vital » : il n’y a pas de plan « déjà prévu » — d’effectivement prévu comme dans le cas du finalisme, ni de simplement prévisible comme dans le cas du mécanisme. L’idée est que l’évolution est imprévisible, que « le monde va à l’aventure, » qu’il « s’invente sans cesse » sans que le chemin qu’il trace derrière lui ne préexiste au voyage, d’une façon ou d’une autre."
Notes de lecture :
Chapitre premier.
De l'évolution de la vie : mécanisme et finalité
"Bref, le monde sur lequel le mathématicien opère est un monde qui meurt et renaît à chaque instant, celui-là même auquel pensait Descartes quand il parlait de création continuée." (p. 22)
"La vie est invention comme l'activité consciente, création incessante comme elle." (p.23)
L'hypothèse transformiste apparaît de plus en plus comme une expression au moins approximative de la vérité. Elle n'est pas démontrable rigoureusement ; mais au-dessous de la certitude que donne la démonstration théorique ou expérimentale, il y a cette probabilité indéfiniment croissante qui supplée l'évidence et qui y tend comme à sa limite : tel est le genre de probabilité que le transformisme présente." (p.24)
"C'est successivement et non pas simultanément, que sont apparues les formes entre lesquelles une parenté idéale se révèle." (p.25)
"Le langage du transformisme s'impose à toute philosophie, comme l'affirmation dogmatique du transformisme s'impose à la science."
"La vie apparaît comme un courant qui va d'un germe à un germe par l'intermédiaire d'un organisme développé." (p.27)
"On pourrait dire de la vie, comme de la conscience, qu'à chaque instant elle crée quelque chose." (p.29)
"La science ne retient des choses que l'aspect répétition (...) Elle ne peut opérer que sur ce qui est censé de répéter, c'est-à-dire sur ce qui est soustrait, par hypothèse, à l'action de la durée. Ce qu'il y a d'irréductible et d'irréversible dans les moments successifs d'une histoire qui lui échappe. Il faut, pour se représenter cette irréductibilité et cette irréversibilité rompre avec les habitudes scientifiques qui répondent aux exigences fondamentales de la pensée, faire violence à l'esprit, remonter la pente naturelle de l'intelligence. Mais là est précisément le rôle de la philosophie." (p.29)
"L'introduction du mouvement dans la genèse des figures est à l'origine de la mathématique moderne." (p.33)
"The study of the cell has on the whole seemed to widen rather than to narrow the enormous gap that separates even the lowest forms of life from the inorganic world." (E.B. Wilson, The cell in developement and inheritance, New York, 1897, p.330, cité par Bergson, E.C., p.36)
"La thèse que nous exposerons dans ce livre participera donc nécessairement du finalisme dans une certaine mesure. C'est pourquoi il importe d'indiquer avec précision ce que nous allons en prendre, et ce que nous entendons en laisser." (p.40)
"La finalité est externe ou elle n'est rien du tout." (p.41)
"L'erreur du finalisme radical, comme d'ailleurs celle du mécanisme radial, est d'étendre trop loin l'application de certains concepts naturels à notre intelligence. Originellement nous ne pensons que pour agir. C'est dans le moule de l'action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l'action est une nécessité..." (p.44)
"C'est pourquoi le finalisme radical est tout près du mécanisme radical sur la plupart des points. L'une et l'autre doctrines répugnent à voir dans le cours des choses, ou même simplement dans le développement de la vie, une imprévisible création de forme..." (p.45)
"Dès que nous sortons des cadres où le mécanisme et le finalisme radical enferment notre pensée, la réalité nous apparaît comme un jaillissement ininterrompu de nouveautés, dont chacune n'a pas plutôt surgi pour faire le présent qu'elle a déjà reculé dans le passé : à cet instant précis où elle tombe sous le regard de l'intelligence, dont les yeux sont éternellement tournés en arrière." (p.47)
"Parler d'un but est penser à un modèle préexistant qui n'a plus qu'à se réaliser. C'est donc supposer, au fond, que tout est donné, que l'avenir pourra se lire dans le présent. C'est croire que la vie, dans son mouvement et dans son intégralité, procède comme notre intelligence, qui n'est qu'une vue immobile et fragmentaire prise sur elle, et qui se place toujours naturellement en dehors du temps. La vie, elle progresse et dure..." (p.51)
"Indiquons tout de suite le principe de notre démonstration. Nous disions que la vie, depuis ses origines, est la continuation d'un seul et même élan qui s'est partagé en lignes d'évolution divergentes." (p.53)
Le néo-lamarkisme est (donc), de toutes les formes actuelles de l'évolutionnisme, la seule qui soit capable d'admettre un principe interne et psychologique de développement, encore qu'il n'y fasse pas nécessairement appel. Et c'est aussi le seul évolutionnisme qui nous paraisse rendre compte de la formation d'organes complexes identiques sur des lignes indépendantes de développement..." (p.78)
"La machine qu'est l'œil est (donc) composée d'une infinité de machines, toutes d'une complexité extrême. Pourtant la vision est un fait simple. Dès que l'œil s'ouvre, la vision s'opère. Précisément parce que le fonctionnement est simple, la plus légère distraction de la nature dans la construction de la machine infiniment compliquée eût rendu la vision impossible. C'est ce contraste entre la complexité de l'organe et l'unité de la fonction qui déconcerte l'esprit..." (p.89)
"Mais c'est ce que nous avons beaucoup de peine à comprendre, parce que nous ne pouvons nous empêcher de nous représenter l'organisation comme une fabrication. Autre chose est pourtant fabriquer, autre chose organiser..." (p.93)
Chapitre II. Les directions divergentes de l'évolution de la vie : torpeur, intelligence, instinct.
"Chacun de nous, en jetant un coup d'œil rétrospectif sur son histoire, constatera que sa personnalité d'enfant, quoique indivisible, réunissait en elle des personnes diverses qui pouvaient rester fondues ensemble parce qu'elles étaient à l'état naissant : cette indécision pleine de promesses est même l'un des plus grands charmes de l'enfance." (p.101)
"C'est dire qu'on verra dans l'évolution tout autre chose qu'une série d'adaptations aux circonstances, comme le prétend le mécanisme, tout autre chose aussi que la réalisation d'un plan d'ensemble, comme le voudrait la doctrine de la finalité" (p.102)
"Le groupe ne se définira plus par la possession de certains caractères, mais dans sa tendance à les accentuer." (p.107)
"Les végétaux se distinguent des animaux par le pouvoir de créer de la matière organique aux dépens d'éléments minéraux qu'ils tirent directement de l'atmosphère, de la terre et de l'eau..." (p.109)
"La vie animale est caractérisée, dans sa direction générale, par la mobilité dans l'espace. Au contraire, la cellule végétale s'entoure d'une membrane de cellulose qui la condamne à l'immobilité..." (p.109)
"De ce point de vue, et dans cette mesure, nous définirons l'animal par la sensibilité et la conscience éveillée, le végétal par la conscience endormie et l'insensibilité." (p.113)
"Le même élan qui a porté l'animal à se donner des nerfs et des centres nerveux a dû aboutir, dans la plante, à la fonction chlorophyllienne." (p.115)
"On sait qu'une des principales fonctions du foie est de maintenir constante la teneur du sang en glucose..." (p.123)
"C'est donc bien, en somme, du système sensori-moteur que tout part, c'est sur lui que tout converge, et l'on peut dire, sans métaphore, que le reste de l'organisme est à son service." (p.125)
"Le rôle de la vie est d'insérer l'indétermination dans la matière." (p.127)
"L'amour maternel, où quelques-uns ont vu le grand mystère de la vie (...) nous montre chaque génération penchée sur celle qui la suivra. Il nous laisse entrevoir que l'être vivant est surtout un lieu de passage, et que l'essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet." (p.129)
"Les plus anciens Poissons eurent une enveloppe osseuse, d'une dureté extrême. L'explication de ce fait général doit être cherchée, croyons-nous, dans une tendance des organismes mous à se défendre les uns contre les autres en se rendant, autant que possible, indévorables." (p.131)
"Si le végétal a renoncé à la conscience en s'enveloppant dans une membrane de cellulose, l'animal qui s'est enfermé dans une citadelle ou dans une armure se condamne à un demi-sommeil." (p.132)
"D'une manière générale, dans l'évolution de l'ensemble de la vie, comme dans celle des sociétés humaines, comme dans celle des destinées individuelles, les plus grands succès ont été pour ceux qui ont accepté les plus gros risques." (p.133)
Poursuivez ce travail sur le chapitre II et sur le chapitre III : De la signification de la Vie - L'ordre de la Nature et la forme de l'intelligence et IV : Le mécanisme cinématographique de la pensée et l'illusion mécanistique - Coup d'œil sur l'Histoire des systèmes - Le Devenir réel et le faux évolutionnisme.
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