L'œuvre :
Les Salons sont les comptes rendus, rédigés par Denis Diderot, des Expositions organisées tous les deux ans par l'Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon Carré du Louvre entre 1759 et 1781. Ils ont été commandés à Diderot et diffusés par Frédéric Melchior Grimm dans son journal, la Correspondance littéraire. On a parfois considéré que ces comptes rendus marquaient la naissance de la critique d'art comme genre littéraire : si Diderot n'est ni le seul, ni le premier à avoir rédigé de tels comptes rendus, il est sans aucun doute le plus brillant.
L'auteur :
Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d'art, critique littéraire et traducteur.
Vous commenterez le texte suivant :
Denis DIDEROT, Salon de 1767.
Diderot n’est pas seulement l’homme de L’Encyclopédie ; il est aussi critique d’art. De 1759 à 1781, il rend compte de l’exposition de peinture de Paris, qui se tient tous les deux ans et qu’on appelle Salon. En 1767, il commente un tableau d’Hubert Robert, Grande Galerie antique, éclairée du fond, et exprime les sentiments que lui inspire sa contemplation.
"Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. Qu’il est vieux ce monde ! Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m’entourent m’annoncent une fin, et me résignent à celle qui m’attend. Qu’est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s’affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s’ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir ! et j’envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s’exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d’un abîme commun ; moi, moi seul, je prétends m’arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !
Si le lieu d’une ruine est périlleux, je frémis. Si je m’y promets le secret et la sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi. C’est là que j’appelle mon ami. C’est là que je regrette mon amie. C’est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux. C’est là que je sonde mon cœur. C’est là que j’interroge le sien, que je m’alarme et me rassure. De ce lien (lire "de ce lieu"), jusqu’aux habitants des villes, jusqu’aux demeures du tumulte, au séjour de l’intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin.
Si mon âme est prévenue d’un sentiment tendre, je m’y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans cet asile désert, solitaire et vaste, je n’entends rien, j’ai rompu avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m’écoute. Je puis me parler tout haut, m’affliger, verser des larmes sans contrainte."
Salon de 1767
A noter : une erreur s’est glissée dans ce texte au sein du même du sujet du bac de français 2023. Elle à été signalée en cours d’épreuve - il fallait lire « De ce lieu », et non « De ce lien » - de quoi tout de même troubler les candidats !
Commentaire composé du texte (travail préparatoire) :
Aux élèves :
Ce travail préparatoire à l'explication de textes peut vous sembler fastidieux, mais il est absolument incontournable. Vous ne pouvez pas réussir cette épreuve si vous ne le faites pas. Il faut lui consacrer environ une heure et demie. Dans un texte littéraire, contrairement à un texte de philosophie, le fond est inséparable de la forme. Si vous avez affaire à une description, comme c'est le cas ici, vous ne pouvez pas éclairer ce que dit l'auteur si vous ne tentez pas d'expliciter les procédés qu'il utilise : figures de style, registres, champ lexicaux, mots-clés, temps et valeur d'aspect des verbes, modalisation, jeux sur les sonorités, etc.
L'œuvre et l'auteur :
Ce texte est extrait des Salons de 1767 intitulé "Ruines et paysages". Les Salons sont les comptes rendus, rédigés par Denis Diderot, écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, des Expositions organisées tous les deux ans par l'Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon Carré du Louvre entre 1759 et 1781.
Le thème du passage :
Diderot commente un tableau d’Hubert Robert, "Grande Galerie antique, éclairée du fond", et exprime les sentiments que lui inspire sa contemplation.
Le genre du texte :
Il s'agit du compte-rendu d'une exposition de peinture et donc d'une critique d'art. Les compte-rendu des Salons marquent la naissance de la critique d'art comme genre littéraire à part entière dans lequel s'illustrera plus tard Charles Baudelaire.
Les registres :
Lyrique :
L'auteur exprime les sentiments personnels que lui inspirent la contemplation d'un tableau d'Hubert Robert intitulé "Grande galerie antique, éclairée du fond". Le lyrisme de ce texte s'exprime par de nombreuses marques de la première personne : "Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes", "je marche entre deux éternités", "De quelque part que je jette les yeux", les objets qui m'entourent et m'annoncent une fin, et me résigne à celle qui m'attend", "mon existence personnelle", "au-dessus de ma tête", "je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière", "et je ne veux pas mourir", "et j'envie", "moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !", "je frémis", "Si j'y promets le secret et la sécurité", "je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi", "j'appelle", "mon ami", "je regrette", "je sonde mon cœur", j'interroge", "je m'alarme et me rassure", "mon âme", "je m'y livrerai sans gêne", "mon cœur", "je gouterai", "je n'entends rien, "j'ai rompu", "Personne ne me presse et ne m'écoute, "Je puis me parler tout haut, m'affliger", verser des larmes sans contrainte.
On remarque le passage du "je" au "nous" et de la description au dialogue au style direct : "c'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux"
Les procédés du registre lyrique sont :
L’emploi de la première personne du singulier (“je”), le champ lexical des émotions, une ponctuation forte (exclamations) accompagnée de figures de comparaison et d’amplification (hyperbole), des jeux sur les sonorités (assonance, allitération), sur les rythmes, et sur les répétitions (anaphores).
Registre élégiaque :
Une élégie est un poème lyrique qui exprime une plainte, de la mélancolie, de la tristesse. Le registre élégiaque est donc celui de la plainte douloureuse. Il est souvent accompagné par le registre pathétique. Le registre élégiaque est présent dans la deuxième partie du texte (à partir de "Si le lieu d'une ruine est périlleux, je frémis").
On remarque, dans la deuxième partie du texte, un alternance de sentiments de tristesse et de sérénité : "Si mon âme est prévenue d'un sentiment tendre, je m'y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos", "Je puis me parler tout seul, m'affliger, verser des larmes sans contrainte".
Pathétique : (de pathos = souffrance, passion). Le registre pathétique qualifie toute scène propre à susciter l'émotion du lecteur. Il définit la souffrance d'un personnage souvent écrasé par le destin et qui exprime sa souffrance par une plainte, ici celle de l'auteur du texte que nous lisons. Il ne s'agit pas ici d'un destin particulier, mais de la condition de tout homme, que les bouddhistes appellent "l'impermanence".
Les procédés du registre lyrique / pathétique :
Le recours au champ lexical de la souffrance et de la pitié : "De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend", "Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir !", "moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !" , "Si le lieu d'une ruine est périlleux, je frémis", Je puis me parler tout haut, m'affliger, verser des larmes sans contrainte".
Les modalités interrogatives : "Qu'est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s'affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s'ébranlent ?"
Les hyperboles : "Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes", "Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure", "Qu'il est vieux ce monde !", "Je marche entre deux éternités", "Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d'un abîme commun", "De ce lieu, jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt, des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y loin", "asile solitaire et vaste", "j'ai rompu avec tous les embarras de la vie".
Les anaphores : "Tout s'anéantit, tout périt , Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure", "Je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi", "C'est là que j'appelle mon ami. C'est là que je regrette mon amie. C'est là que nous jouirons de nous", "sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux, "C'est là que que sonde mon cœur. C'est là que j'interroge le sien", "jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte", "Si mon âme est prévenue, si mon cœur est calme".
Les énumérations : "rocher", "vallon", forêt", masses", "sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux", "passions, vices, crimes, préjugés, erreurs".
Les antithèses : "De ce lieu, jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin."
L'hyperbate :
"De ce lieu jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt, des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin" (hyperbate).
Note : L’hyperbate (substantif féminin), du grec ὑπέρ / huper (« au-delà, au-dessus ») et βαίνειν / bainein (« aller ») soit ὑπερβατόν / huperbaton (« inversion »), est une figure de style qui consiste à prolonger une phrase que l'on pouvait penser terminée, par ajout d'un élément, qui se trouve ainsi déplacé. L'hyperbate est souvent une forme de mise en relief de mots, rejetés en fin de phrase, comme des adjectifs placés ainsi en dislocation.
Registre tragique :
Comme le registre pathétique dont il souvent proche, le registre tragique a pour but d'émouvoir le lecteur en insistant particulièrement sur le thème de la brièveté de la vie humaine et de la mort.
La situation d'énonciation :
L'auteur s'adresse au lecteur pour lui faire partager ses sentiments, ses émotions, ainsi qu'à lui-même. Il décrit un tableau d'Hubert Robert représentant une galerie antique et exprime les sentiments mélangés que ce tableau lui inspire : sentiment de la finitude de la vie humaine promise à la mort, pérennité cyclique de la nature, caractère éphémère des œuvres humaines, crainte ou sérénité, liberté, solitude, amitié, amour, douceur, tendresse.
Le point de vue narratif :
Première personne du singulier. Le point vue interne.
Les types de textes :
Le texte est une alternance de récit, de dialogue au style indirect et de description, mais il ne s'agit pas d'un paysage "réel", mais d'un paysage imaginaire, représenté sur un tableau : le narrateur décrit un tableau et évoque les états d'âme qu'il suscite. On la reconnaît la description aux verbes de perception, aux éléments visuels, aux repères spatiaux, aux verbes d'état et aux qualificatifs. La description suit généralement un ordre. Ce n'est pas le cas ici. Pourquoi ? Quelle impression veut donner l'auteur ?
Verbes de perception, la vue : "de quelque part où je jette les yeux", "Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière" ; l'ouïe : "je n'entends rien".
L'auteur "pénètre à l'intérieur" du tableau d'Hubert Robert", le texte est une description de ce tableau et des sentiments contrastés qu'il lui inspire : angoisse, tristesse, nostalgie, solitude, sérénité...
Note 1 : Le texte est une ekphrasis, description au sein d'un texte littéraire, d'un tableau, d'un objet d'art, d'un dessin… On dit que la première ekphrasis de la littérature est la description du bouclier d'Achille par Homère, ainsi qu'à l'hypotypose, figure de style consistant en une description réaliste, animée et frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée. On parle aussi de "tableau littéraire". Elle peut prendre la forme d'une énumération de détails concrets.
Note 2 : On reconnait également la figure de l'hypotypose (du grec ancien ὑποτύπωσις/hupotúpôsis, « ébauche, modèle ») est une figure de style consistant en une description réaliste, animée et frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée et comme vécue à l'instant de son expression.
Les champs lexicaux, les concepts-clés :
Les ruines : "s'anéantir", "périr", "passer", "vieux", "éphémère", s'affaisser", "se creuser", "chanceler", "s'ébranler", "marbre", "tombeaux", "tomber en poussière", "mourir", "bronze", "ruine", "asile désert, solitaire et vaste".
La nature : "rocher", "vallon", "forêt", "torrent", "flot"
Le temps, La mort : "s'anéantir", "périr", "fin", "existence éphémère", "tomber en poussière", "mourir", abîme commun".
La solitude : "seul" (deux fois), "loin", "asile", "désert", "solitaire" "j'ai rompu"
La sérénité : "sécurité, calme", "douceur", "repos"
Le mal (la ville, la société, la civilisation) : "tumulte", "passions", "vices", "crimes", "préjugés", "erreurs"
L'amitié, l'amour : ""ami", "amie", "jouir de nous", "jaloux", "trouble", "cœur", "sentiment tendre"
Les niveaux de langue :
Courant et soutenu : "tout s'anéantit", "éternités", "éphémère", "s'affaisser", "chanceler", "s'ébranler", "une loi générale qui s'exécute sur le bronze", "abîme commun", "le flot", "périlleux", "frémir", importuns", "sonder", "demeures du tumulte", "au séjour de l'intérêt...", "mon âme est prévenue", "asile", embarras".
Les temps et les modes et leur valeur d'aspect :
Présents de vérité générale (gnomiques) : "s'anéantit, périt, passe", "il n'y a que le monde qui reste", "il n'y a que le temps qui dure", "Qu'il est vieux ce monde !", "De ce lieu jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt, des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin" (hyperbate). On reconnait ici l'influence de Jean-Jacques Rousseau (La Nouvelle Héloïse).
Présents d'énonciation (ils se rattachent au moment où l'on parle) : "Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes", "Je marche entre deux éternités", "de quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me désignent celle qui m'attend", "Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière", "je ne veux pas mourir", "j'envie", "moi, moi seul, je prétends m'arrêter sur le bord", "je frémis", "si je m'y promets le secret et la sécurité", "je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi", "c'est là que j'appelle mon ami", "c'est là que je regrette mon amie", "c'est là que je sonde mon cœur. C'est là que j'interroge le sien, que je m'alarme et me rassure", "il y a loin", "est prévenue", "est calme", "je n'entends rien", "personne ne me presse et ne m'écoute", "je puis me parler tout haut".
Présents de caractérisation (description) : "ce rocher qui s'affaisse", ce vallon qui se creuse, cette forêt qui chancelle, ces masses (...) qui s'ébranlent", "un faible tissu de fibres et de chair (...) qui s'exécute sur le bronze", "Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres", "Si le lieu d'une ruine est périlleux".
Futurs à valeur de conditionnelle : "C'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns", sans jaloux", "je m'y livrerai sans gêne", "je goûterai toute la douceur de son repos"
Passés composés : "j'ai rompu"
Les connecteurs :
"et" (conjonction de coordination), "c'est là que...", "jusqu'aux habitants de villes, jusqu'aux demeures du tumulte". On remarque la rareté des connecteurs temporels et spatiaux. L'auteur a recours à l'asyndète (absence de mots de liaison).
La structure des phrases :
Proposition principales suivies d'une subordonnée relative ("De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend"). Majorité de propositions indépendantes juxtaposés (en asyndète), ce qui donne une impression de vivacité et de fluidité.
La modalisation (La modalisation est un procédé qui permet d’exprimer le point de vue du locuteur dans son énoncé. Elle s'exprime par des verbes modaux, des adverbes, des temps, des adjectifs ou des noms qu'on appelle des modalisateurs).
"grandes", "tout", "il n'y a que", "qu'il est vieux ce monde", "de quelque part que je jette les yeux", "m'annoncent une fin", "et me résignent à celle qui m'attend", "existence éphémère", "je ne veux pas mourir", "j'envie", "je prétends m'arrêter sur le bord et fendre le flot qui coule à mes côtés", "périlleux", "je frémis", "le secret et la sécurité", "libre", "plus seul, plus à moi, plus près de moi", "je regrette", "sans trouble, sans témoins, sans jaloux", "je m'alarme et me rassure", "au séjour des demeures du tumulte, au séjour de l'intérêt, des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y loin", "tendre", "sans gêne", "calme", "douceur", "asile désert, solitaire et vaste", "je n'entends rien", "tous les embarras de la vie".
Le jeu sur les sonorités :
"Tout s'anéantit, tout périt" (remarque le jeu sur le son vocalique "i") , Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure" (remarquer le jeu sur les dentales "t" et "d"), "C'est là que nous jouirons de nous" (remarquer le jeu sur la diphtongue "ou"), "sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux (remarquer le jeu sur les diphtongues "ou" et "un"), "Si mon âme est prévenue, si mon cœur est calme" (remarquer le jeu sur la consonne "c")."Tout s'anéantit, tout périt, tout passe" (remarquer le jeu sur la plosive "p"), "de quelque part que je jette les yeux, les objets qui m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend" (remarquer le jeu sur la bilabiale "m" : "me", "m'attend"), "Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière" (remarquer le jeu sur la dentale "t" : tombeaux, tomber) ; et je ne veux pas mourir !, "et j'envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s'exécute sur le bronze !" (remarquer le jeu sur la bilabiale 'f" : "faible tissu de fibre"), "moi, moi, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot (remarquer le jeu sur la dentaire semi labiale "f") qui coule à mes côtés !" (remarquer le jeu sur la consonne "c")
Proposition d'introduction :
Ce texte, extrait des Salons de 1767, intitulé "Ruines et paysages". Les Salons sont des comptes-rendus rédigés par Diderot, écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières, des expositions organisées tous les deux ans par l'Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon carré du Louvre entre 1759 et 1781. On a parfois considéré que ces comptes-rendus marquaient la naissance de la critique d'art comme genre littéraire. Un genre dans lequel s'illustrera Charles Baudelaire au XIXème siècle.
L'auteur décrit un tableau du peintre Hubert Robert, "Grande galerie antique, éclairée du fond" et exprime les sentiments et les émotions que ce tableau lui inspire.
Comment l'auteur parvient-il avec des mots à "faire entrer le lecteur à l'intérieur d'un tableau", à stimuler son imagination, à faire partager ses émotions et ses sentiments ?
Nous étudierons la façon dont l'auteur fait le lien entre la description du tableau d'Hubert Robert et les sentiments qu'il suscite, puis nous analyserons plus particulièrement la dimension "confidentielle" et intime de la deuxième partie du texte et nous nous interrogerons enfin sur son caractère préromantique.
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