
Kai Meyer, La conjuration des visionnaires, (Die Geisterseher), traduit de l'allemand par Rosemarie Lipka, Editions Payot & Rivages, Rivages/Mystère, 1999
Né à Lübeck (Schleswig-Holstein) en 1969, Kai Meyer a reçu une formation à l'université de Bochum en cinéma, théâtre et philosophie. Il a été journaliste quelques années. Il a déjà publié une douzaine de romans historiques, mêlant mystère et fantastique, parmi lesquels La Conjuration des visionnaires (Rivages/mystère, 1995). Il écrit à plein temps depuis 1995. Kai Meyer vit actuellement en Westphalie en Allemagne. (source : babelio)
"Weimar, 1805. Dans le théâtre du prince-électeur de Saxe, Gorthe supervise les répétitions de son Faust. Sa gloire est au zénith. Il soutient son ami Schiller, rongé par la tuberculose, en qui il voit un prince des Lettres mal aimé et incompris.
Un matin, la répétition tourne court. L'acteur qui joue le rôle de Dieu s'écroule en scène, emposonné. L'émotion est à son comble lorsque Goethe apprend que Schiller lui fait porter, par l'entremise des frères Grimm, un manuscrit malheureusement inachevé. Mais le texte n'arrive pas : il a été dérobé d'une étrange façon aux deux frères. Commence alors une course-poursuite à travers l'Europe, en quête du manuscrit perdu.
A la manière d'Umberto Eco, avec le Moyen-Âge, Kai Meyer recrée l'atmosphère de Weimar et de l'Europe à l'aube du XIXème siècle. Dans cette histoire de passion échevelée où abondent meurtres, machinations et rebondissements.
Postface de l'auteur :
L'histoire de La Conjuration des visionnaires est de pure fiction. Les personnages historiques dont il est question ici ne peuvent donc, en aucun cas, me servir de prétexte pour affirmer l'authenticité des faits que je rapporte.
Cependant je suis, d'une certaine manière, leur obligé et c'est pourquoi je me dois de donner quelques éclaircissements sur leur véritable rôle.
Bien entendu Johann Wolfgang von Goethe n'a jamais empoisonné son ami Friedrich Schiller, même si une rumeur de ce genre hanta longtemps le cercle des historiens. En revanche, l'appartenance de Goethe à la société secrète des Illuminés est attestée et d'ailleurs lui-même ne s'en cacha jamais.
Seul Jacob Grimm a réellement rencontré Goethe, mais seulement en 1809, c'est-à-dire trois ans avant que son frère et lui ne publient le premier tome de leurs illustres Contes.
E.T.A. Hoffmann travailla efectivement, en 1805, comme conseiller d'Etat de Prusse à Varsovie. A cette époque, il avait un penchant prononcé pour la boisson et fréquentait les cercles artistiques et lyriques de Varsovie. Son conte Le Marchand de Sable ne parut pour la première fois qu'en 1817.
Le débat entre Elisabeth von der Recke et le prince Frédéric-Guillaume-Eugène de Wurtemberg eut bien lieu, comme dans le récit, au printemps de 1786 et fut publié dans la Gazette mensuelle de Berlin. Mais affirmer que, dans les années qui suivirent, la comtesse Elisa resta une adversaire aussi virulente du blasphème et des croyances occultes, comme le récit le prétend, reste invérifiable, et doit être considéré comme pure invention de ma part.
Le prince Frédéric-Guillaume-Eugène de Wurtemberg, en revanche, fur bel et bien promu au grade de général de cavalerie. En 1806, ses erreurs tactiques conduisirent à l'écrasement de ses régiments par Napoléon. Quant au fait que les articles berlinois du jeune Frédéric furent la source d'inspiration du roman inachevé de Schiller Les Visionnaires, il est largement attesté par les spécialistes.
Le rencontre entre Elisa et le comte polonais Moszinsky aurait presque pu avoir lieu : mais rien ne prouve qu'ils se soient jamais rencontrés. La publication de Moszinsky sur la pierre philosophale parut en 1786 et dénote une ironie, un mordant tout à fait étonnant et moderne pour un texte de cette époque.
Le comte Cagliostro, alias Joseph Balsamo, est l'un des escrocs les plus accomplis du XVIIIème siècle ; ce qui est dit de lui dans le roman est tout à fait conforme à la vérité historique. Il s'attribua effectivement le titre pseudo-égyptien de Grand Kophta et fonda dans de très nombreuses villes des Loges égyptiennes dirigées par deux Vénérables.
Anna Constantia von Brockdorf, plus connue sous le nom de comtesse Cosel, passa plus de quarante ans de sa vie à Stolpen. Ses expériences alchimiques sont historiquement prouvées. Des chercheurs estiment qu'elle aurait perdu la raison à la suite de son interminable détention.
La présence de Karl Grosse au château de Chantoiseau doit être considéré comme un hommage aux merveilleux romans sur les sociétés secrètes de la fin du XVIIIème siècle, mais avant tout à l'oeuvre de Grosse intitulée Le Génie. Avec Les Visionnaires de Schiller, ce roman en quatre tomes fut l'un des plus populaires de ce genre littéraire. Grosse s'inspira profondément du livre de Schiller et fut de ce fait traité comme un vulgaire épigone, un excellent prétexte pour le faire venir à Chantoiseau.
Pour le reste, je me suis permis de prendre quelques libertés architecturales avec deux des sites historiques où je place mon roman, et ce pour des raisons liées au sujet lui-même. C'est le cas pour la demeure de Goethe à Weimar, sur le Frauenplan, mais le détail de mon invention est vraiment insignifiant ; ça l'est infiniment plus pour la forteresse de Stolpen, à l'est de Dresde. Il suffit d'ailleurs d'une simple visite pour constater une différence fondamentale dans les agencement intérieurs de ce site par rapport au roman. Tous ceux qui connaissent ces deux sites historiques me pardonneront."
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