"Puisque ces mystères nous dépassent, faisons semblant d'en être les organisateurs." (Jean Cocteau)
Il ressort d'un rapport du Haut Conseil de l'Education nationale remis au Président de la République au début du mois d'octobre, que le salut du collège unique passe désormais par son décrochage du lycée, son rattachement à l'école primaire et la création d'une "Ecole du socle commun", socle commun qui semble détenir, dans l'imaginaire de ces Kmers rouges des bacs à sable, les pouvoirs surhumains de Superman et de Spiderman réunis. Quant aux professeurs, ils seraient fondus en un corps unique de gentils animateurs déguisés en René la taupe au pays des Bisounours.
Les "experts" du Haut Conseil de l'Education en savent à peu près autant sur les conditions de travail des professeurs en collège, les "incivilités" et la "gestion de l'hétérogénéité" (je parle des collèges lambda, pas du "petit lycée" Henri IV) que les officiers supérieurs en 17 sur les conditions de (sur-) vie des poilus dans les tranchées et sur l'élève moyen, à peu près autant que Nadine de Rotschild ou Liliane Bettancourt ; mais ne rien comprendre à une question n'a jamais empêché personne de nos jours de se poser en "expert", comme on le voit à chaque instant dans "l'étrange lucarne" à propos de la crise et de l'affaire Jérôme Kerviel.
Le Haut Conseil n'ayant absolument aucune expérience concrète du "terrain" et aucun enseignant, ni du primaire, ni du secondaire n'en faisant partie, en est réduit à étudier des "rapports" et à fonder son argumentation sur des statistiques portant sur la violence et les incivilités dans le milieu scolaire qu'il semble découvrir avec l'effarement d'un habitant de la 5ème avenue égaré dans le Bronx - Au secours Spiderman ! - sur les (piètres) performances de la France au classement "PISA" et sur le pourcentages d'élèves poursuivant des études au lycée et à l'université, selon les catégories socio-professionnelles, découvrant, en plus de la violence et des incivilités qu'il génère, que le collège unique à la française, présenté comme un modèle égalitaire et démocratique ne fait que reproduire, voire creuser les inégalités sociales.
Et ce qu'il déduit de ces statistiques que n'importe quelle personne dans son bon sens imputerait au dysfonctionnement du système actuel, et notamment au collège unique, est un éloge... du collège unique (!), accompagné des éternelles recommandations pédagogistes sur la "gestion de l'hétérogénéité", les vertus de "l'interdisciplinarité", du travail en groupe et des méthodes "inductives", vieille soupe éternellement recuite que l'on nous sert depuis des années.
Mais cette fois-ci, en recommandant la création d'un corps unique de la maternelle à la troisième et l'éclatement des enseignements disciplinaires au profit du
"socle commun" et de la suppression des savoirs au profit des "compétences", nos experts "indépendants" ont franchi un pas décisif.
L'idée de génie que personne n'avait (osé) proférer jusqu'à présent, rendons cette justice à leurs prédécesseurs, est de cesser de préparer, autant que possible, le plus grand nombre d'élèves au niveau supérieur : les écoliers au collège, les collégiens au lycée et les lycéens aux études supérieures (BTS, IUT, Université, CPGE), pour maintenir l'ensemble de la population scolaire dans l'égalité ludique de la petite enfance.
La vision manichéenne des membres distingués du Haut Conseil relève de la morale simpliste et efficace des "comics" : d'un côté de gentils enfants plein de vie, de l'autre des enseignants sadiques, acharnés à leur rendre la vie impossible en torturant leurs pauvres cervelles avec des identités remarquables, des règles d'accords de participes passés et des listes de verbes irréguliers.
Mais le temps de la libération est enfin venu grâce au "socle commun" !
"Le constat est largement partagé. Notre collège se trouve aujourd’hui dans une situation préoccupante : performances des élèves médiocres et en baisse, inégalités de réussite d’origine sociale accrues, malaise enseignant, problèmes de vie scolaire qui se multiplient. La loi de 1975 instituant le « collège unique » est à l’origine d’acquis majeurs : la démocratisation de l’enseignement, l’organisation du système éducatif, la prise en compte de la difficulté scolaire par de multiples dispositifs. Mais le « collège unique », en raison des disparités importantes entre établissements, de l’existence déguisée de filières et de stratégies de contournement bénéficiant aux familles les mieux informées, n’a d’unique que le nom.
En d'autres termes, ce n'est pas le collège unique, mais ses dérives qui sont les responsables de la situation actuelle ; honte aux
parents qui ont trouvé un biais pour échapper au menu unique du collège unique en faisant faire par exemple du latin ou de l'allemand à leur progéniture !
Comment expliquer une telle situation ? Le collège a été bâti sur le seul modèle du lycée général et le savoir commun attendu à la fin de la scolarité obligatoire
n’a été défini que trente ans après, par la loi du 23 avril 2005. Le collège n’a jamais constitué la priorité, ni en termes de moyens budgétaires, ni en termes de pilotage par l’institution.
Certains acteurs, aussi bien au sein de l’administration centrale que parmi les enseignants, leurs syndicats et les parents d’élèves, se sont montrés très réticents à l’idée d’un tronc commun et
à l’abandon des filières. Le collège hérite des déficiences de l’école primaire qui ne parvient pas à amener tous les élèves au niveau suffisant pour réussir leur scolarité.
On ne leur a guère donné le choix ; ils ont subi, année après année la suppression des "crans d'arrêt" instaurés par la réforme Haby (1975) qui rendaient le "collège unique" à peu près vivable : les CPPN, les orientations après la 5ème, les 4ème et 3ème technologiques, les 4ème et 3ème AS (d'aide et de soutien) qui permettaient aux élèves en grande difficulté de faire le programme en 5 ans, sans oublier les dédoublements systématiques dans certaines matières, dédoublements qui ont été supprimés peu à peu pour dégonfler les DHG (Dotations Horaires Globales).
D'accord sur la dernière phrase : "les déficiences de l'école primaire" ; dommage que nos penseurs n'en disent pas plus. Comment en
est-on arrivé là ? Pourquoi 20% des élèves entrent-ils en 6ème sans savoir lire et écrire correctement, pourquoi 50% d'entre eux ont-ils des difficultés majeures. Pas un mot sur les méthodes
d'apprentissage de la lecture, sur l'abandon de l'enseignement de l'orthographe et de la grammaire, sur l'indigence des programmes en français et en mathématiques...
Dans ces conditions, comment mettre le collège sur la bonne voie ? L’exemple des pays étrangers fournit des leçons et des pistes instructives. Les pays qui ont
maintenu un système de filières, tel qu’il en existait en France avant 1975, n’obtiennent pas les meilleurs résultats en termes de performances et d’équité. Les pays dont le système éducatif
fonctionne le mieux partagent au moins trois caractéristiques : ils sont parvenus à définir pour leur École un objectif clair faisant l’objet d’un large consensus parmi la population ; ils ont su
mettre en place une formation des maîtres visant à développer des pratiques éducatives qui favorisent la réussite de chaque élève ; ils ont en général octroyé à leurs établissements scolaires des
marges d’autonomie rendant possible une organisation souple.
"Les pays qui ont maintenu les filières n'obtiennent pas les meilleurs résultats en termes de performances et d'équité" : c'est faux ; le système hollandais, ceux de la Corée du Sud et de la Confédération helvétique, comme du reste les pays scandinaves si souvent montrés en exemple, ont rétabli ou maintenu des filières ou un système de sélection et sont mieux classés que nous.
Obnubilés par la réussite de Finlande (5 millions d'habitants) sur le plan éducatif (du moins d'après les critères de l'OCDE), les pontes de la rue de Grenelle oublient (ou feignent d'oublier) que les Finlandais pratiquent une sélection précoce (encore plus précoce que la nôtre) à l'entrée en 6ème, que la population scolaire est culturellement homogène (le pourcentage d'émigrés y est négligeable), que le finlandais est une langue qui s'écrit comme elle se prononce (elle est quasiment phonétique et donc plus simple à apprendre) et que malgré tout les petits finlandais apprennent à lire avec la méthode d'association graphème phonème (la méthode globale y est inconnue) et reçoivent un enseignement "explicite" (ils n'ont pas à "construire leur propre savoir") et qu'enfin l'école est un prolongement de la maison (on enlève les godillots pour enfiler des pantoufles, il y a du parquet, des rideaux aux fenêtres et des plantes vertes... Ça n'a l'air de rien, mais ça fait la différence) ; il y a aussi de petits effectifs, deux professeurs par classe ; les enseignants sont recrutés par les municipalités.
La seule mesure véritablement efficace actuellement, étant donné l'hétérogénéité grandissante des élèves et si l'on tient à tout prix à maintenir le "collège
unique", serait de faire des groupes de niveaux, de procéder à des dédoublements systématiques et d'affecter (comme en Finlande) deux professeurs par classe, au moins dans les matières dites
"fondamentales".
Le Haut Conseil de l’Éducation fait donc les recommandations suivantes :
1) Un objectif clair qui s’impose à tous a été fixé à notre système éducatif par la loi du 23 avril 2005 : garantir à tous les élèves la maîtrise du « socle commun de connaissances et de compétences » à la fin de la scolarité obligatoire. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de passer du « collège unique » à l’« École du socle commun » ; dans cette perspective, le Haut Conseil de l’Éducation préconise :
a) que l’institution et ses représentants à tous les niveaux, notamment les corps d’inspection, tiennent un discours cohérent et mobilisateur sur le socle commun
afin de créer autour de celui-ci une vraie dynamique et d’en garantir la mise en oeuvre coordonnée et efficace ;
b) que les exigences du socle soient enfin prises en compte dans les programmes de toutes les disciplines ;
Je ne peux que reprendre ici l'analyse déjà faite sur ce blog du "socle commun" :
"La mise en place du socle commun des compétences et des connaissances signifiera l'appauvrissement à terme de programmes déjà bien mis à mal, le suppression de la
notation, (remplacée par le cochage de cases : "acquis", "non acquis", "en voie d'acquisition", comme à l'école primaire), la transformation des établissements scolaires en "lieux de vie" et "de
socialisation", la disparition des enseignements disciplinaires et de la rigueur des apprentissages, au profit d'un vague vernis, d'une "culture de salon" inspirée de celle des médias les
moins exigeants... Et la fuite des derniers "bons élèves" vers le privé.
Il convient d'ailleurs de remarquer l'entente cordiale qui règne actuellement entre le ministre de l'Education nationale (Droite libérale) et certaines organisations de Gauche, de parents (FCPE),
d'enseignants et de lycéens (on l'a vu encore dernièrement avec la Réforme deuxième mouture des lycées, dite Réforme Chatel), qui est en réalité une série de propositions de certains
syndicats d'enseignants de Gauche (le SGEN-CFDT et le SE-UNSA, mais pas le SNES), reprises avec une grande habileté tactique par le Droite. Luc Chatel doit avoir du mal à retenir l'exclamation
élégante de Nicolas Sarkozy après qu'il eut remporté la mairie de Neuilly : "J'les ai tous niqués !"
Le SNALC s'est prononcé contre et le SNES semble avoir enfin compris que la défense des enseignants (et de l'enseignement) était incompatible avec le pédagogisme et la démagogie "new age".
Plus inquiétante est la subtile entreprise de formatage idéologique des élèves et de l'école, sous couvert de "développement de la créativité" et "d'implication dans la vie sociale".
La finalité ultime du "socle commun" et de l'évaluation des compétences est en réalité de supprimer la notion et la
réalité même des savoirs et de retirer aux professeurs leurs fonctions d'évaluation pour la transférer aux chefs d'établissement, qui peuvent, à leur gré, valider des "items" refusés (un item est
un mot savant pour désigner la déclinaison d'une compétence générale en l'une de ses composantes particulières (ex. : "compétence 1 : la maîtrise de la langue française, "item 1" : lire/ lire à
haute voix, de façon expressive un texte en prose ou en vers), comme ils peuvent déjà, depuis la Loi d'Orientation de 89, prononcer le passage en classe supérieure en dépit des recommandations du
conseil de classe.
Ce nouveau "gadget pédagogique" rejoint donc les différents "bidouillages" destinés à faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : note de vie scolaire qui descend rarement au-dessous de 15, quel que soit le comportement de l'élève et qui permet de "remonter" artificiellement la moyenne, baisse drastique des exigences des examens ; en aval : confection des sujets et en amont commissions d'harmonisation.
(NB : "harmoniser" dans la novlangue éducnat. signifie ajouter des points aux copies des candidats à un examen (brevet, bac.) indépendamment de la valeur objective desdites copies, de manière à ce que les résultats correspondent au taux de réussite attendu.)
Ce n'est pas l'approche par compétences et la mise en place d'un "socle commun" qui diminuera la "reproduction" sociale et régulera la sélection par l'argent, les relations, le lieu d'habitation et les "habitus" de classe pour parler comme Pierre Bourdieu, pas plus que la mise en place de la "discrimination positive" au mépris de la tradition républicaine de l'anonymat des concours que veulent mettre en place Richard Descoins et Alain Minc à l'entrée des Grandes Ecoles.
Le système scolaire français, l'école primaire "lieu de vie" où l'élève "construit son propre savoir" et se contente "d'observer la langue", ainsi que le collège unique prétendûment "démocratique", contribue au renforcement des inégalités sociales qu'il prétend combattre. La solution n'est pas dans le "socle commun", mais dans la mise en place de programmes exigeants, notamment en français et en mathématiques.
NB : "observer la langue" ; l'expression est une allusion à l'ORL ("Observation raisonnée de la Langue") qui a remplacé dans les écoles primaires l'étude
systématique de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe ; avec la méthode globale ou prétendûment "semi-globale" d'apprentissage de la lecture et de l'écriture, en lieu et place de la
méthode traditionnelle d'association graphème/phonème, cette méthode préconisée par une agrégée de grammaire (!) a fortement contribué au désastre actuel."
c) que soit introduit pour tous les élèves, de la sixième à la troisième, à parité d’estime avec les disciplines traditionnelles, un enseignement de culture manuelle et technologique permettant de valoriser des aptitudes différentes.
Cet enseignement existe déjà.
d) que soit renforcée la continuité entre l’école primaire et le collège – maillons constitutifs et solidaires de l’« École du socle commun » – en fusionnant les programmes actuels de la loi organique relative aux lois de finance (LOLF) « Enseignement scolaire public du premier degré » et « Enseignement scolaire public du second degré » en un programme unique « Enseignement scolaire public du socle commun », pour éviter que la répartition des moyens ne privilégie systématiquement le lycée au détriment du collège et pour faciliter le travail du Parlement dans son examen de la mise en oeuvre du socle commun.
Voilà un paragraphe qui plaira beaucoup à Monsieur Chatel, porte-parole du gouvernement et, à ses heures perdues, ministre de
l'Education nationale. Comment faire des économies avec de la poudre aux yeux ? On remarquera que l'idée d'une progression cohérente entre l'apprentissage des "bases" (lecture, écriture,
calcul) à l'école primaire et l'accès à la "culture générale" au collège est totalement brouillée par la notion de "socle commun".
2] La réussite de l’« École du socle commun » dépendra pour une large part de la formation que recevront les enseignants et de leur capacité à mettre en oeuvre des
pratiques pédagogiques permettant de faire réussir tous les élèves. À cet effet, le Haut Conseil de l’Éducation demande :
a) que les universités, en liaison avec les rectorats, offrent systématiquement aux étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement des stages dès la
première année de master, afin que les futurs candidats aux concours de recrutement soient très tôt confrontés à la réalité et aux exigences du métier d'enseignant...
Il serait effectivement urgent de rétablir une formation initiale des jeunes enseignants avec un système de tutorat et des cours de
didactique de la discipline, mais si c'est pour revenir aux séances de cathéchisme des IUFM en troquant le pédagogisme à la sauce Meirieu par l'obligation d'assimiler le nouveau credo du socle
commun, non merci !
b) que la formation initiale et le concours de recrutement des futurs enseignants permettent de s’assurer de leur capacité et de leur goût à exercer le métier
d’enseignant en collège ; il faudrait pour cela distinguer des dominantes ou des mentions (maternelle, élémentaire, collège, lycée général et technologique, lycée professionnel), ce qui pourrait
conduire certains professeurs de collège à enseigner plusieurs disciplines...
J'ai relu dix fois ce paragraphe en me frottant les yeux et en demandant si j'avais bien compris. Il s'agirait non seulement pour les professeurs enseignant en collège d'enseigner plusieurs disciplines, mais aussi d'enseigner en primaire et aux instituteurs (pardon aux professeurs des écoles et bientôt aux professeurs de l'Ecole du socle commun) d'enseigner en collège, bref, de créer un corps de "formateurs d'apprenants" unique et polyvalent, de la maternelle à la 3ème.
En abolissant toute distinction entre le primaire et le collège (et bientôt sans doute entre les différents paliers du système éducatif pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas règler ainsi, une bonne fois pour toutes le problème des taux d'échecs en première année de fac. ?), de la maternelle à l'université, les membres du Haut Conseil viennent d'inventer le principe de l'escalier horizontal.
Il ne leur reste plus à présent qu'une dernière étape : la suppression des savoirs et de la distinction entre les enseignants et les
élèves puisque, comme le dit avec humour et au second degré, un de mes jeunes collègues qui a dû entendre parler des Shadocks : "Il faut arrêter de les faire travailler car ils
progressent beaucoup plus vite."
Cette "préconisation" a également dû réjouir M. Chatel (c'est évidemment très intéressant d'un point de vue financier), mais du point de vue pédagogique, nous nageons en pleine utopie. Le but recherché ici est très clairement de casser la progression entre le primaire (les fondations du bâtiment) et le secondaire (les étages) et de détruire les enseignements disciplinaires qui ont toujours été la bête noire des pédagogistes (le SNALC parle à juste titre de "sainte alliance pédago-libérale").
Il est aberrant de vouloir fondre le primaire et la première étape du secondaire (le collège) dans un "socle commun" au lieu de
reconstruire le primaire sur des programmes sérieux (notamment en français et en mathématiques) que le collège aurait pour mission d'enrichir et d'approfondir en posant les bases d'une culture
générale digne de ce nom.
c) que les enseignants soient formés à l’enseignement en classe hétérogène afin d’assurer, dans la classe, la réussite de chaque élève, le redoublement devant avoir
un caractère exceptionnel .
Le redoublement a déjà un caractère exceptionnel et la décision a été retirée depuis longtemps aux professeurs pour être transférée aux parents et aux chefs d'établissements. L'automaticité des passages en classe supérieure est l'une des plaies du collège unique.
Ceci dit, les professeurs ne sont pas fous et connaissent parfaitement les limites du redoublement (il n'est utile que sous des
conditions bien précises et pour une minorité d'élèves) et préfèrent "faire passer" un élève avec 4 ou 5 de moyenne générale, plutôt que de le garder encore un an de plus et sans le moindre
profit, ni pour lui, ni pour les autres.
d) que la Direction générale de l’enseignement scolaire dote rapidement les enseignants des outils leur permettant de faire acquérir et d’évaluer régulièrement et
précisément chacune des compétences du socle commun.
Vocabulaire de garagiste (je n'ai rien contre), mais les élèves ne sont pas des automobiles, sachant par ailleurs qu'un saboteur
aussi a besoin d'une "boîte à outils".
e) que le service des enseignants ne soit plus uniquement défini par un nombre d’heures hebdomadaires d’enseignement devant les élèves, mais redéfini de manière à prendre en compte la diversité de leurs missions (cours, travail d’équipe, aide au travail, tutorat...), ce qui pourrait conduire à un allongement de leur présence dans l’établissement.
Vers les 35 heures (voilà qui ravira Ségolène Royal) ; les membres du Haut Conseil ignorent apparemment (ce n'est pas faute pourtant de le répéter) que pour une heure de cours, il faut compter une heure de préparation et une heure de correction. L'aide au travail et le tutorat existent déjà, bien qu'ils changent de modalité et d'appellation presque chaque année ; on a parlé de soutien, de remédiation, de PPRE, d'APE, la multiplication des acronymes pouvant susciter une légitime inquiétude sur l'efficacité des "dispositifs".
Ces séances de soutien (appelons-les comme on voudra) portent essentiellement sur la construction ou la consolidation des bases qui auraient dû être transmises et assimilées à l'école primaire.
Quant à la réunionite aiguë qui sévit dans les établissements, notamment, sur le "socle commun", on peut dire qu'elle contribue déjà à allonger la durée de présence des enseignants dans les établissements au-delà des limites du raisonnable et pour une utilité à peu près nulle.
En ce qui concerne la "concertation", au gré des affinités, les enseignants n'ont pas attendu les préconisations du Haut Conseil pour la pratiquer.
f) que les ateliers artistiques, culturels ou sportifs proposés aux élèves concourent de manière explicite et méthodique à l’acquisition des compétences du socle
commun.
Oui, pourquoi pas, mais sachant que les dits ateliers (ateliers de quoi ?) seront pris sur la DHG et se feront aux dépens des enseignements disciplinaires (moins de français, moins de maths, moins d'Histoire-Géo, moins de SVT....)
On peut être d'accord, mais il faut le savoir.
3) Octroyer aux établissements plus de responsabilités dans leur organisation pédagogique a une influence positive sur leurs résultats. Pour donner aux principaux
de collèges plus d’autonomie dans la direction de leur établissement, le Haut Conseil de l’Éducation propose :
a) que, pour chaque collège, un budget rassemblant l’ensemble des charges de fonctionnement soit établi et communiqué à ses responsables.
b) que tous les collèges puissent disposer d’une certaine latitude dans la répartition des moyens qui leur sont attribués, cette marge de manoeuvre devant
représenter au moins 10 % de leur dotation.
Bonjour les dérives !
c) que la mesure permettant aux principaux de collèges d’émettre un avis sur l’affectation d’un enseignant dans leur établissement, récemment accordée aux
établissements les plus difficiles, fasse l’objet d’une expérimentation beaucoup plus large.
Un petit pas vers le "socle commun", un grand pas vers la privatisation !
d) que soit mise en oeuvre une nouvelle organisation du collège devant permettre aux élèves de bénéficier d’une prise en charge éducative continue depuis leur
arrivée au collège le matin jusqu’à leur départ en fin d'après-midi, ce qui suppose des conditions matérielles d’accueil adéquates et une présence plus forte d’adultes pour encadrer les
élèves.
Encore une préconisation qui réjouira le ministre actuel, puisqu'elle propose de faire faire aux enseignants le travail des conseillers d'éducation, en gommant tout ce qui restait d'un peu normatif dans la fonction.
On imagine le bonheur des futurs collègues en fin de carrière (67 ans en moyenne) dans les années 2040, faisant bénéficier les élèves
d'une prise en charge éducative continue en animant des concours de jeux vidéo ou de tout autre divertissement que l'industrie lourde de la festivité électronique permanente et obligatoire
aura inventé entre temps.
Et si les élèves avaient envie qu'on leur lâche de temps en temps les baskets...
Et, en ce qui concerne certains d'entre eux, d'apprendre à l'Ecole ce qu'ils ne savent pas déjà ?
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)