
1) L'auteur et le traducteur : cherchez des renseignements sur la vie et l'oeuvre d'E. Poe, l'auteur de la nouvelle et sur son traducteur, Charles Baudelaire.
2) Le narrateur : qui est-il ? Quel est le point de vue narratif ?
3) Le portrait de Legrand : résumez-le en deux lignes. Legrand est-il présenté sous un jour très favorable ? Quelle impression le lecteur retire-t-il de ce portrait ?
4) Le personnage secondaire : quel rôle Jupiter joue-t-il auprès de Legrand ?
5) La deuxième visite du narrateur : A quoi Jupiter attribue-t-il le comportement de son maître ?
6) L'expédition : quelle opinion le narrateur a-t-il désormais de Legrand ? Pourquoi accepte-t-il malgré tout de l'accompagner ?
7) Le repérage du trésor : en quoi consiste la "méprise" de Jupiter ?
8) La solution de l'énigme : pourquoi intervient-elle après et non avant le récit de la découverte ? Quel est le rôle du hasard ? Quel est le rôle du raisonnement ? Dégagez les principales étapes de ce raisonnement.
9) "Sur le terrain" : montrez comment l'enchaînement rigoureux des observations et des déductions se poursuit.
10) La conclusion :
a) cherchez les sens du mot "mystification". En quoi le narrateur a-t-il été "mystifié" ? Le lecteur ne l'a-t-il pas été lui aussi ? Quel rôle joue le scarabée dans
cette mystification ?
b) l'auteur, à travers le narrateur, se contente-t-il de nous faire rêver sur le trésor ? A quel prix est-il resté caché ?
Eléments de réponse :
1) Il faut éviter de rédiger une biographie d'Edgar Poe, puis de Charles Baudelaire. Cela ne présente pas beaucoup d'intérêt. Il faut évoquer la vie (courte et malheureuse) d'E. Poe, ses principales oeuvres, puis le moment de la découverte de Poe par Baudelaire en 1846 (les deux écrivains ne se sont jamais rencontrés) ; il s'agit d'une rencontre intellectuelle et plus encore, comme le dit Baudelaire lui-même "spirituelle". La première édition complète des oeuvres de Poe en français, parue en 1989 aux éditions Robert Laffont, comporte une introduction générale de Claude Richard dans laquelle il défend la mémoire de Poe contre les calomnies de Grisworld et une chronologie de la vie d'E. Poe par Robert Kopp, édition qu'on lira avec profit (niveau lycée) ; Charles Baudelaire ne fut pas le seul traducteur français de Poe ; il faut bien entendu mentionner Stéphane Mallarmé pour les poèmes et, plus récemment Claude Richard et Jean-Marie Maguin. L'édition complète des contes et poèmes publiée chez Laffont est un instrument de travail "incontournable" pour les angliciste. La traduction de Baudelaire est une traduction "inspirée", mais qui comporte quelques inexactitudes.
2) Le narrateur est un personnage secondaire de l'histoire, un ami de Legrand. C'est donc un narrateur interne, un narrateur témoin.
3) Portrait de Legrand page 88 : "reclus", "forte éducation", "facultés spirituelles (intellectuelles) peu communes, misanthropie, (se méfie de l'espèce humaine) alternance de mélancolie et d'enthousiasme (cyclothymique ?), aime la chasse, la pêche, flâner, l'entomologie (l'étude des insectes)... "jugeant que celui-ci avait la tête un peu dérangée". Ce portrait donne l'impression que Legrand n'est pas une personne très équilibrée ( fausse piste ou, comme disent les anglo-saxons "misdirection")
4) Rôle de Jupiter page 88 : gardien, surveillant... "fugitif". (Jupiter est un esclave noir)
5) La deuxième visite (page 93) : "Un mois environ après cette aventure..." page 94 : "Je suis sûr que massa Will a été mordu quelque part à la tête par ce scarabée d'or."
6) page 99 : "Le malheureux est fou, à coup sûr..." "Quand j'observais ce symptôme suprême de démence."
7) Le repérage : Jupiter confond l'oeil gauche avec l'oeil droit du crâne.
8) La solution de l'énigme : bas de la page 113 - elle intervient après la découverte du trésor. Effet de suspens - le rôle du hasard : la découverte du scarabée, la découverte du parchemin avec le dessin du crâne (emblème des pirates) - Legrand utilise le parchemin pour faire un dessin car il n'a pas de papier sous la main (le froid, le feu dans la cheminée ; l'arrivée du chien, le fait que le narrateur approche le parchemin du feu, le dessin de la chèvre) - la chaleur produit l'apparition du crâne (effet non voulu, fortuit). Cet effet fortuit est relayé par une action volontaire de Legrand qui soumet le parchemin à la chaleur et comprend que la chèvre est en fait un chevreau (chevreau = "Kidd", le surnom d'un célèbre pirate). Le hasard n'est rien sans l'intelligence déductive, la "ratiocination".
9) "sur le terrain" : page 128 - "Bishop's hostel" : Legrand comprend qu'il s'agir d'un rocher (vieille femme), "chaise du diable", "longue vue", "crâne".
10) a) La "mystification" : cf. le bas de la page 13. Le titre de l'oeuvre (et la première de couverture de la collection folio junior) reprennent cette mystification qui est un élément essentiel de l'histoire ; le lecteur et le narrateur-témoin sont induits en erreur par Legrand. Le scarabée ne joue pas de "rôle-clé" dans la découverte du trésor. Legrand "en rajoute" à plaisir pour rendre la monnaie de sa pièce au narrateur-témoin (et au lecteur) qui le croit "dérangé" ; il fait semblant d'être dérangé ; il répond en quelque sorte à son désir. N'importe quel autre "objet" aurait pu faire l'affaire, mais l'histoire aurait alors perdu une grande partie de son intérêt.
Le "scarabée d'or" est peut-être une métaphore de la littérature, de l'art en général. Ni le scarabée, ni le trésor, ni les personnages n'existent "vraiment" (mais
que veut dire "exister vraiment" ?). Ce qui existe, en revanche, c'est le plaisir de mystifier et d'être mystifié. Le littérature est une mystification.
b) "Oui, je comprends ; et maintenant, il n'y a qu'un seul point qui m'embarrasse. Que dirons-nous des squelettes trouvés dans le trou?". Kidd a fait disparaître
tout ceux qui l'ont aidé et qui connaissaient son secret. La nouvelle se termine donc par une note particulièrement macabre : "deux bons coups de pioche ont peut-être suffi, pendant que ses aides
étaient encore occupés dans la fosse ; il en a peut-être fallu une douzaine. - Qui nous le dira ?" On ne peut pas s'empêcher de penser que le narrateur, ainsi que Jupiter (qui a disparu)
possèdent désormais aux aussi le "secret" de Legrand.
Après l'avoir mystifié à propos du scarabée, Poe empêche donc le lecteur de rêver sur le trésor. On ne lui laisse pas ignorer à quel prix il a été acquis et
conservé (le prix du sang).
Ce qui intéresse essentiellement Poe, c'est le problème intellectuel, le raisonnement par lequel Legrand parvient à découvrir le trésor à partir du plan ; cette
démarche rationnelle de "décryptage" se poursuit jusqu'au bout au sujet de la présence des squelettes dans la fosse.
Le trésor semble plutôt un "prétexte" ; Legrand est moins intéressé par le trésor que par l'énigme.
Il existe des écrivains qui comblent l'attente des lecteurs et d'autres qui la déçoivent. On peut comparer le texte de Poe à celui de Dumas, extrait du "Comte
de Monte Cristo" :
"Dantès introduisit le côté tranchant de sa pioche entre le coffre et le couvercle, pesa sur le manche de la pioche, et le couvercle, après avoir crié, éclata. Une
large ouverture des ais rendit les ferrures inutiles, elles tombèrent à leur tour, serrant encore de leurs ongles tenaces les planches entamées par leur chute, et le coffre fut découvert.
Une fièvre vertigineuse s'empara de Dantès ; il saisit son fusil, l'arma et le plaça près de lui. D'abord il ferma les yeux, comme font les enfants, pour
apercevoir, dans la nuit étincellante de leur imagination, plus d'étoiles qu'ils n'en peuvent compter dans un ciel encore éclairé, puis il les rouvrit et demeura ébloui.
Trois compartiments scindaient le coffre.
Dans le premier brillaient de rutilants écus d'or aux fauves reflets.
Dans le second, des lingots ma polis étaient rangés en bon ordre, mais qui n'avaient de l'or que le poids et la valeur.
Dans le troisième enfin, à demi plein, Edmond remua à poignée les diamants, les perles, les rubis qui, cascade étincellante, faisaient, en retombant les uns sur les
autres, le bruit de la grêle sur les vitres.
Après avoir touché, palpé, enfoncé ses mains frémissantes dans l'or et les pierreries, Edmond se releva et prit sa course à travers les cavernes avec la tremblante
exaltation d'un homme qui touche à la folie. Il sauta sur un rocher d'où il pouvait découvrir la mer, et n'aperçut rien ; il était seul, bien seul avec ses richesses incalculables, inouïes,
fabuleuses, qui lui appartenaient : seulement rêvait-il ou était-il éveillé ? Faisait-il un songe fugitif ou étreignait-il corps à corps la réalité ?"
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