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Loreley_Hoffmann227__500x783_.jpg 

 

 

                                                                      à Jean Sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

 

 

le-rocher-de-la-Loreley.jpg

 

 

 

 

 

Lorelei (ou Loreley ou Loreleï) est le nom d'un rocher qui culmine à 132 mètres au-dessus du Rhin à proximité de Sankt  Goarshausen (Saint Goarshausen en français) en Allemagne (Rhénanie-Palatinat) C'est l'endroit le plus étroit du fleuve entre la Suisse et la mer du Nord. L'avancée du rocher réduit d'un quart la largeur du fleuve. Le courant très violent et les nombreux rochers immergés ont causé de nombreux accidents de navigation.

 

Loreley est aussi le nom d'une nixe (nymphe de la mythologie germanique) qui attire les navigateurs du Rhin à la perdition par ses chants, comme les sirènes de la mythologie grecque ancienne.


Cette légende de la Lorelei sur son rocher a inspiré de nombreux artistes, dont le poète allemand Heinrich Heine qui écrivit en 1824 l'histoire (Die Lore-Ley) qui sera mise en musique et popularisée par le compositeur Friedrich Silcher.


Loreleï est une jeune fille qui, assise sur le rocher du même nom, chante magnifiquement. Les marins passent en bateaux et l'entendent. Ils sont comme envoutés par ce chant si beau, si mélodieux, qu'ils en oublient les courants du Rhin et chavirent.


À l’origine, la Loreleï a été conçue pour symboliser l’amour passionnel dans la littérature : dans une ballade (Zu Bacharach am Rheine..., 1801) du poète rhénan Clemens Brentano, la Lorelei apparut d’abord comme une femme. Laure Lay a été trompée par son amant. Sur le chemin du cloître, elle veut jeter un dernier regard du rocher sur son château. Alors qu’elle pense voir un bateau s’éloigner, elle tombe dans le fleuve.


Brentano a écrit plusieurs variations du thème de la Loreleï. Le motif d’une femme blonde et malheureuse qui se peigne sur un rocher, apparaît pour la première fois dans son conte rhénan à partir de 1810.


En France, elle est surtout connue à travers le poème de Guillaume Apollinaire , La Loreley que l'on retrouve dans le recueil Alcools  et qui est en fait une adaptation du poème de Brentano.

 

Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète 7 fois ; on retrouve ce symbole du chiffre 7 (maléfique) dans Nuit rhénane. Loreley" ou "Lore" ("Lore en folie") est répété sept fois dans le poème d'Apollinaire, comme s'il répercutait, à son tour, l'écho du rocher.

 

Ce lieu est associé à des légendes datant du Moyen-Age, celle de la Loreley (Loreley vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier et lei : rocher) qui séduisait les bateliers dont  les bateaux allaient se briser sur les rochers.

 

Composé de 19 distiques, le poème de Guillaume Apollinaire a été écrit en 1902 et publié en 1904 ; il est situé au milieu du cycle des poèmes rhénans. Il aborde le thème de la puissance maléfique de l’amour qui conduit à la mort. Le poème est un mélange de prose rimée (les deux premiers vers), d'alexandrins réguliers et d'alexandrins "faussés" : "Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla" (13 syllabes au lieu de 12) ; selon R. Derche, le poète aurait voulu exprimer le détraquement moral causé par le départ du bien-aimé. ("du jour qu'il s'en alla" eût constitué un alexandrin régulier)

 

L'anecdote personnelle affleure dans ce récit mythologique. L.C. Breunig a découvert que le père d'Annie Playden disait que les yeux de sa fille étaient cause de péché pour ceux qui la voyaient.

 

Un récit en cinq parties :

 

Première partie :

 

Le poème se présente sous la forme d’un récit dont il a toutes les caractéristiques : une situation initiale qui précise la ville où se déroule l’action, une ville des bords du Rhin dont le nom a une connotation archaïque : « à Bacharach », mais sans autre précision. Il n'y a pas d'indication de temps : « il y avait », c’est l’imparfait des légendes et des contes (« il était une fois »). Le personnage principal est « une sorcière blonde » ; il s’agit d’un oxymore : la blondeur, symbole d’innocence et d’angélisme est associée au mal et les circonstances : « laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde » ; Apollinaire a beau la qualifier de « sorcière », on ne voit pas très bien en quoi elle mérite ce qualificatif : elle ne fait pas mourir, elle laisse mourir, ce qui n’est pas la même chose. Il s’agit d’une jeune fille dont le regard envoûte les hommes, mais qui n’est pas foncièrement malveillante.

 

Deuxième partie :

 

A la situation initiale du récit succède l’élément modificateur : la « sorcière blonde » est traduite devant le tribunal de l’évêque ; s’ensuit un dialogue entre l’évêque et la jeune fille dans lequel l’évêque adopte une attitude indulgente : « à cause de sa beauté d’avance il l’absolvit » - "absolvit : cette forme n'existe pas ; il s'agit d'un passé simple fantaisiste et faussement archaïque, la forme régulière serait "absolut", mais elle n'est attestée nulle part.

 

 "Je flambe dans ces flammes, ô belle Loreley,

   Qu’un autre te condamne tu m’as encorcelé"

 

On notera le jeu de mots sur "flamme" et "flamber" : les flammes représentent l'éclat des yeux de la jeune fille, la passion et les flammes du bûcher. L'évêque remarque en riant qu'il subit le supplice qu'il est censé faire subir, mais le jeu de mots prend au vers suivant une valeur tragique, car cette passion voue l'évêque aux flammes de l'enfer, à la damnation.

 

La Loreley fait semblant de ne pas prendre cette déclaration au sérieux : "Evêque vous riez..." et rappelle l'évêque à ses devoirs de pasteur et de chrétien. Le champ sémantique de la mort revient à cinq reprises, comme une obsession. La raison de ce désir de mort est donné par la la Loreleï qui apparaît plutôt comme une victime de l'amour : "Mon amant est parti pour un pays lointain."

 

Troisième partie :

 

L'évêque prononce sa sentence : la Loreley, cette "femme en démence", sera enfermée dans un couvent.

 

Quatrième partie :

 

Les trois chevaliers accompagnent la Loreley au couvent.

 

On passe à nouveau à des paroles rapportées, celles qu'adresse la jeune fille à ses gardes :

 

"Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut

Pour voir encore mon beau château

 

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve

Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves."

 

Cinquième partie :

 

La Loreley est montée tout en haut du rocher, indifférente aux cris des chevaliers qui l'appellent ; elle croit entendre son amant, se penche, se mire dans le Rhin, tombe et s'y noie.

 

Le thème de la beauté fatale :

 

La Loreley n'est pas décrite de façon précise, mais uniquement évoquée à travers sa chevelure "couleur de soleil" et ses yeux "pleins de pierreries" et "couleurs du Rhin". La sorcellerie n'est pas associée d'habitude à la blondeur et à la lumière. Les yeux de la Lorelei sont "tremblants" et le vent tord ses cheveux déroulés quand elle est au sommet du rocher - on retrouve cette image des cheveux déroulés et tordus comme des serpents et des yeux tremblants dans Nuit rhénane à propos des sept femmes aux cheveux verts, par opposition aux jeunes filles sages aux cheveux blonds nattés et aux yeux fixes. Apollinaire a rayé de son manuscrit, au vers 31 "elle grimpe au rocher" ; l'indication explicative ne nuit pas à la compréhension du texte.

 

La séduction exercée par la Loreley est immédiate, foudroyante : l'évêque l'absout d'avance ("l'absolvit) : l'emploi du passé simple évoque une action de premier plan à durée déterminée, généralement soudaine : "à cause de" ("à cause de sa beauté") évoque une puissance inexorable et irrationnelle. L'évêque ne devrait l'absoudre qu'à cause de son innocence, non de sa beauté, mais il est envoûté.

 

 

Le thème du regard :

 

Une malédiction pèse sur le regard de la Loreley :

 

"Mes yeux sont maudits

Ceux qui m'ont regardé évêque en ont péri."

 

L'évêque y voit de séduisantes pierreries, mais la Loreley le met en garde : ce ne sont pas des pierreries, mais des flammes dévoratrices et maléfiques.

 

"Va-t-en Lore en folie

Laure aux yeux tremblants..."

 

"Ses yeux brillaient comme des astres" : elle exerce une telle fascination sur ses trois gardiens qu'ils cèdent  à sa demande. En 1904, ce vers se lit : "La Loreley au milieu traînant la savate" (!) A travers la comparaison yeux = astres, le personnage se dissout dans le paysage et la légende dans la réalité.

 

"Et mon amant s'y tient il m'a vu il m'appelle" : La Loreley voit son amant dans une nacelle ; il s'agit d'une hallucination.

 

Mais c'est de son propre regard que la Loreley est finalement victime :

 

"Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley

ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil"

 

Semblable à Narcisse qui mourut à force de se pencher sur son image, la Loreley meurt en contemplant son propre reflet, mais c'est peut-être pour elle l'unique manière de rejoindre son amant, par-delà la mort.

 

 

 

Die Lorelei


 

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,
Dass ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.

 

Henrich Heine

 

 

                         La Lorelei

 

Je ne sais pas ce que cela signifie
Que je sois aussi triste ;
Un conte des temps anciens
Ne me sort pas de l'esprit.

L'air est frais, et il fait sombre
Et calmement coule le Rhin
Le sommet des montagnes étincelle
Dans la lumière du soleil au crépuscule.

La plus belle jeune fille est assise
Là haut merveilleusement
Ses bijoux d'or brillent,
Elle peigne ses cheveux d'or.

Elle les peigne avec un peigne d'or
Et chante une chanson en même temps
Qui est une merveilleuse,
Puissante mélodie.

Ce chant saisit le batelier dans sa barque
avec une violence sauvage
Il ne voit pas le récif
Il regarde seulement là haut, dans les hauteurs.

Je crois que les vagues engloutissent
A la fin le marin et la barque
Et cela avec son chant
La Lorelei l'a fait.

 

 

Clemens Brentano

Die Lore Lay

Zu Bacharach am Rheine
Wohnt' eine Zauberin,
Sie war so schön und feine
Und riß viel Herzen hin.

Und brachte viel' zu Schanden
Der Männer ringsumher,
Aus ihren Liebesbanden
War keine Rettung mehr.

Der Bischof ließ sie laden
Vor geistliche Gewalt -
Und mußte sie begnaden,
So schön war ihr' Gestalt-

Er sprach zu ihr gerühret:
"Du arme Lore Lay!
Wer hat dich denn verführet
Zu böser Zauberei?"

"Herr Bischof, laßt mich sterben,
Ich bin des Lebens müd,
Weil jeder muß verderben,
Der meine Augen sieht.

Die Augen sind zwei Flammen,
Mein Arm ein Zauberstab -
O legt mich in die Flammen!
O brechet mir den Stab!"
 
"Ich kann dich nicht verdammen,
Bis du mir erst bekennt,
Warum in deinen Flammen
Mein eignes Herz schon brennt!

Den Stab kann ich nicht brechen,
Du schöne Lore Lay !
Ich müßte dann zerbrechen
Mein eigen Herz entzwei."

"Herr Bischof, mit mir Armen
Treibt nicht so bösen Spott,
Und bittet um Erbarmen
Für mich den lieben Gott!

Ich darf nicht länger leben,
Ich liebe keinen mehr -
Den Tod sollt Ihr mir geben,
Drum kam ich zu Euch her.

Mein Schatz hat mich betrogen,
Hat sich von mir gewandt,
Ist fort von mir gezogen,
Fort in ein fremdes Land.

Die Augen sanft und wilde,
Die Wangen rot und weiß,
Die Worte still und milde,
Das ist mein Zauberkreis.

Ich selbst muß drin verderben,
Das Herz tut mir so weh,
Vor Schmerzen möcht ich sterben,
Wenn ich mein Bildnis seh.

Drum laßt mein Recht mich finden,
Mich sterben wie ein Christ!
Denn alles muß verschwinden,
Weil er nicht bei mir ist."

Drei Ritter läßt er holen:
"Bringt sie ins Kloster hin!
Geh, Lore! -Gott befohlen
Sei dein bedrückter Sinn.

Du sollst ein Nönnchen werden,
Ein Nönnchen schwarz und weiß,
Bereite dich auf Erden
Zu deines Todes Reis'!"

Zum Kloster sie nun ritten,
Die Ritter alle drei,
Und traurig in der Mitten
Die schöne Lore Lay.

"O Ritter, laßt mich gehen
Auf diesen Felsen groß,
Ich will noch einmal sehen
Nach meines Lieben Schloß.

Ich will noch einmal sehen
Wohl in den tiefen Rhein
Und dann ins Kloster gehen
Und Gottes Jungfrau sein."
 
Der Felsen ist so jähe,
So steil ist seine Wand,
Doch klimmt sie in die Höhe,
Bis daß sie oben stand.

Es binden die drei Reiter
Die Rosse unten an
Und klettern immer weiter
Zum Felsen auch hinan.

Die Jungfrau sprach : "Da gehet
Ein Schifflein auf dem Rhein;
Der in dem Schifflein stehet,
Der soll mein Liebster sein!

Mein Herz wird mir so munter,
Er muß mein Liebster sein!"
Da lehnt sie sich hinunter
Und stürzet in den Rhein.

Die Ritter mußten sterben,
Sie konnten nicht hinab,
Sie mußten all verderben
Ohn Priester und ohn Grab.

Wer hat dies Lied gesungen?
Ein Schiffer auf dem Rhein,
Und immer hats geklungen
Von dem Dreiritterstein:

Lore Lay!
Lore Lay!
Lore Lay!
Als wären es meiner drei.

 

A Bacharach au bord du Rhin

Habitait une sorcière,

Elle était si belle, si jolie,

Qu'elle ravissait tous les coeurs.

 

Ele faisait la perte

Des hommes tout à la ronde,

Nul ne pouvait échapper

Aux chaînes de son amour.

 

L'évêque la fit citer

Devant l'autorité religieuse

Et dut la gracier,

Si grande était sa beauté.

 

Il lui dit, ému :

"Pauvre Lore Lay !

Qui donc t'a fourvoyée

En ce mauvais enchantement ?"

 

- "Monsieur l' Evêque, laissez-moi mourir

Je suis lasse de vivre,

Car celui qui voit mes yeux

Doit périr.

 

Mes yeux sont deux flammes,

Mon bras, une baguette magique,

Mettez-moi dans les flammes,

Brisez ma baguette magique !"

 

- "Je ne peux te condamner

Avant que tu ne me révèles

Pourquoi mon coeur déjà

Flambe dans tes flammes !"

 

Ta baguette magique, je ne puis la briser

Toi, belle Lore Lay !

C'est mon propre coeur

Qu'il faudrait déchirer !"

 

- "Monsieur l'Evêque, ne vous moquez pas de moi,

Pauvre créature,

Et demandez miséricorde

Au bon Dieu pour moi !

 

Je ne dois vivre plus longtemps

Je n'aime plus personne.

Vous devez me donner la mort

C'est pour cela que je suis venue à vous !

 

Mon bien-aimé m'a trompé,

Il s'est détourné de moi,

Il m'a quittée, il est parti au loin,

Dans un pays étranger.

 

Des yeux doux et farouches,

Des joues rouges et blanches

Des mots suaves et tendres,

Voilà mon cercle magique.

 

Moi-même je dois en périr,

Le coeur me fait si mal,

Je voudrais mourir de douleur

En voyant ma propre image.

 

C'est pourquoi faites-moi justice,

Faites-moi mourir en chrétienne !

Car tout doit disparaître,

Parce qu'il n'est pas auprès de moi."

 

Il fait chercher trois chevaliers :

"Emmenez-la au couvent !

Va Lore ! Que ton esprit égaré

Soit recommandé à Dieu !

 

Tu vas devenir une petite nonne,

Une petite nonne noire et blanche

Prépare-toi sur terre

Au déchirement de ta mort !"

 

Maintenant ils chevauchent vers le couvent,

Les trois chevaliers,

Et triste, au milieu d'eux,

La belle Lore Lay.

 

"Ô chevaliers, laissez-moi

Aller sur ce grand rocher,

Je veux regarder encore une fois

Le château de mon amant.

 

Je veux encore une fois regarder

Les eaux profondes du Rhin,

Puis j'irai au couvent

Et serai la vierge de Dieu."

 

Le rocher est si escarpé,

Ses parois sont si abruptes,

Ils grimpent et s'élèvent,

Alors elle s'avança près du bord.

 

Les trois chevaliers attachent

Les cheveux en bas,

Eyt continuent toujours

A gravir le rocher.

 

La jeune fille parla : "Là se balance

Une voile sur le Rhin.

Celui qui est dans le petit bateau,

Ne peut être que mon amant !

 

Mon coeur devient si gai,

Il faut qu'il soit mon bien-aimé !"

Elle se penche alors

Et tombe dans le Rhin.

 

Les chevaliers durent mourir,

Ils ne pouvaient pas redescendre,

Ils durent tous périr,

Sans prêtre et sans sépulture !

 

Qui a chanté ce chant ?

Un batelier sur le Rhin,

Eyt toujours retentit

de la pierre des trois chevaliers :

 

Lore Lay !

Lore Lay !

Lore Lay !

Comme s'ils venaient tous trois de moi."

 

(traduction de Marie-Thérèse Eudes)

 

 

 

 

 


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