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Herbert Lottman, Albert Camus,biographie, traduit de l'américain par Marianne Véron, Editions du Seuil, 1978

"Camus lui-même redoutait les biophages et il est vrai que l'un des risques de la biographie littéraire est de faire croire au lecteur que l'essentiel s'y trouve, alors que l'essence de la vie de l'auteur tient dans ce qu'il a dit. Il revient au biographe d'attirer l'attention sur l'oeuvre sans prétendre y substituer son propre livre."

Ainsi Herbert R. Lotman présente-t-il les intentions et la méthode qui l'ont guidé dans la rédaction de cette monumentale enquête biographique sur l'auteur de l'Etranger et de la Peste, dont les années à venir ne feront que confirmer l'importance."

 

"Albert Camus, 1913-1960

Camus semblait tout avoir : jeunesse, charme, succès précoce (suffisant pour éveiller la jalousie, parfois vive, chez certains de ses contemporains célèbres). Il avait d'abord attiré l'attention avec un court roman, l'Etranger, et la parution de la Peste avait valu à cet étranger une gloire accrue et une réputation internationale. Le front auréolé par l'esprit de la Résistance, il avat émergé de la guerre en jeune héros. Dans les années de l'après-guerre, son journal Combat fut le guide moral d'une génération qui réclamait le changement. Ami de longue date (puis ennemi), Jean-Paul Sartre rappela la magie de cette époque dans une descritption de Camus que l'on cite souvent : "L'admirable conjonction d'une personne, d'une action et d'une oeuvre." Nul ne semblait porter davantage l'espoir de la jeune France et du monde.

Il ne se déroba à aucun combat - après avoir été l'un des premiers à protester contre les inégalités frappant les musulmans d'Afrique du Nord, il devient l'ami secourable des exilés espagnols antifascistes, des victimes du stalinisme, des jeunes révoltés, des objecteurs de conscience. En lui décernant le prix Nobel, l'Académie suédoise le cita comme l'un des plus engagés parmi les écrivains opposés au totalitarisme.

Le Prix Nobel lui fut attribué remarquablement tôt - seul Rudyard Kipling l'avair reçu plus jeune. "Voici l'une des rares voix littéraires qui ait émergé du chaos de l'après-guerre sur le ton harmonieux et mesuré de l'humanisme", proclama l'éditorialiste du New York Times.

Mais Albert Camus connaissait de graves problèmes. Les contoverses provoquées par le soutien qu'il accordait publiquement à des causes peu populaires, les difficultés personnelles crées par la guerre d'Algérie, la maladie dans sa famille, sa maladie même, tout cela contribua, sans que l'on puisse dire dans quelles proportions, à créer en lui un blocage d'écriture qui dura des années (même s'il parvint à le dissimuler sous d'abondantes activités de substitution). A droite comme à gauche, ses détracteurs surent en tirer parti, affirmant qu'il se trouvait désormais sur le second versant, imposteur imbu de lui-même et satisfait. De son côté, l'enfant élevé dans la pauvreté et l'humilité, qui s'était toujours tenu à l'écart des salons et des gloires littéraire, des récompenses et des décorations, refusa de se laisser transformer en statue. "Si seulement ils savaient qui je suis vraiment", se lamentait-il auprès d'un de ses rares confidents (sa secrétaire).

Puis il crut avoir enfin trouvé une l'issue : dans une nouvelle maison, de nouvelles habitudes. Il allait désormais pouvoir retourner à la création littéraire (un nouveau livre très important) et à son travail préféré - le théâtre.

C'est alors qu'il mourut."

 

Ecrivain américain. Vit en France depuis de nombreuses années. Obéissant aux strictes méthodes anglo-saxonnes - comme il l'a fait pour Pétain -, il s'attache ici à suivre au plus près la vie de Camus, n'avançant rien qui ne soit fondé par maintes source et références.

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