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Lune sombre (Dark of the Moon), traduit de l'anglais par Giorgia Etienne, Librairie des Champs-Elysées, collection Le Masque

"Nom d'un chien ! C'est une maladie dans la famille. Boîte crânienne défoncée du côté droit... un seul coup très violent porté par un objet contondant... Henry Maynard est mort exactement comme le commandant Maynard. Et comme son cher ancêtre, il a été découvert affalé au milieu de la terrasse. Bien sûr, on pourrait s'en tirer en avançant l'hypothèse du suicide, mais il y a un hic : l'arme a disparu. Reste le meurtre. Mais quel genre d'assassin se déplace donc sur du sable sans laisser d'empreintes ? Un assassin sur coussins d'air ? Et surtout, quel genre d'assassin peut vivre assez longtemps pour répéter le même crime à un siècle de distance

Ecrite en 1966, la dernière enquête du Dr Fell."

"Quelqu'un s'est approché de lui par-derrière et... Le côté droit de la tête est complètement écrabouillé. Mais comme je vous l'ai dit, il n'y a ni sang, ni désordre, sauf pour le nez. Je veux parler du sang évidemment. Il se peut que l'on ait porté le coup avec une batte de base-ball, mais rien n'est sûr. Le fourgon va l'emporter lorsqu'ils en auront terminé avec les photos et les moulages. Bon Dieu, quelle affaire ! J'espère...

- Que dites-vous ?

- Je dis : Bon Dieu, quelle affaire ! Pourvu que l'histoire ne se répète pas... Le tapis de coquilles d'huîtres est encore humide de la pluie de cet après-midi et l'on voit distinctement ses empreintes à lui. Mais il n'y en a pas d'autres. Ni sur la terrasse, ni sur la plage en dessous, ni nulle part ailleurs ! Dites, dans combien de temps pouvez-vous être ici ?" (Lune sombre, Le masque, p. 113)

Mon avis :

J.D. Carr accumule les "misdirections" : l'évocation d'un crime analogue commis une centaine d'années auparavant, tendant à faire croire qu'il s'agit du même assassin (un revenant ?), le vol d'un tomawhak, l'insistance sur les liens familiaux de certains personnages... Mais aussi des indices qui pourraient mettre le lecteur sur la bonne piste : le vol d'un épouvantail, la photographie d'Edgar Poe au musée de Fort Moultrie, des inscriptions sur un tableau noir... Encore faudrait-il avoir le flair "éléphantesque" du Dr Giddeon Fell, plus "chestertonien" que jamais (c'est sa dernière apparition dans la série).

Certes, le stratagème imaginé par l'assassin est un peu tiré par les cheveux : on sent bien que le "crime impossible" n'est pas, pour Carr, le plus important dans cette affaire, de même qu'il expédie en deux lignes le "modus operandi" du premier meurtre.

Dans le dernier chapitre, tous les morceaux du puzzle, même les plus fantastiques, se rangent docilement sous la houlette de la raison, selon les modalités particulières de la résolution de la "crise sacrificielle" dans les romans policiers traditionnels.

Le thème de la jalousie et de la rivalité entre "frères" et entre "pères" et "fils" est le principal ressort de ce récit qui se déroule dans l'envoûtante atmosphère du "Deep South". On pense, bien sûr, à Faulkner, mais aussi au Dostoïevski des Frères Karamazov.

Certainement l'un des meilleurs romans de John Dickson Carr avec Les trois cercueils, La Flèche peinte et La Chambre ardente.

Maître des problèmes de chambre close, John Dickson Carr est né en Pennsylvanie en 1906. Après des études peu brillantes et un séjour d'un an à Paris, il écrit son premier roman, publié en 1930, Le marié perd la tête. Il crée en 1933 et 1934 ses deux héros, le Dr Gideon Fell et sir Henri Merrivale (sous le pseudonyme de Carter Dickson), respectivement inspirés de G.K. Chesterton et Winston Churchill.


Président des Mystery Writers of America en 1949, il obtient la même année un Edgar spécial pour sa biographie de Conan Doyle. Ses oeuvres (La chambre ardente, Hier, vous tuerez, Le secret du gibet, etc.) oscillent toujours entre le fantastique et l'énigme pure - domaines contradictoires s'il en est - et l'art avec lequel il jongle entre les deux a fait de lui l'un des plus grands de la littérature policière. Il est mort le 27 février 1977.

"A David Higham

Cher David,

Vous êtes en Angleterre. Mais sachant que vous connaissez Charleston, je tiens à ajouter un préambule à ce livre que je vous dédie, en souvenir d'une amitié vieille de trente ans. Il s'agit d'un ouvrage de fiction et, comme dirait l'un de nos amis communs, ce n'est qu'un tissu de mensonges. La maison dont je parle m'a peut être été inspirée par Boone Hall, Mount Plaisant, en partie du moins. S'il n'existe au monde ni restaurant Davy's, ni Lycée Joel Poinsett, les autres noms cités sont exacts. La photo (d'Edgar Poe) qui fournit l'indice se trouve bel et bien au musée de Fort Moultrie, où chacun peut la voir. Tous les personnages sont imaginaires ; il n'est pas question que des amis ou voisins soient impliqués dans de tels événements. J'espère cependant avoir reconstitué une atmosphère et rendu hommage à la plus fascinante des villes américaines.

Votre toujours fidèle, John Dickson Carr

Greenville, Caroline du Sud,

Octobre 1966"

En 1933, J. Dickson Carr crée le personnage du Dr Gideon Fell, qui débute dans Hag's nook (Le gouffre aux sorcières), un personnage inspiré (sans doute) d'un de ses auteurs préférés, Gilbert Keith Chesterton.

Ce grand amateur de bière et... d'énigmes au corps éléphantesque, se déplace à l'aide de plusieurs cannes pour aider  Scotland Yard à résoudre des crimes impossibles.

La série compte 23 romans, 5 nouvelles et 5 pièces radiophoniques publiés entre 1933 et 1967. Certains de ces romans sont considérés comme les plus réussis de l'auteur, notamment Trois cercueils se refermeront (The threee coffins) , consacré "meilleur roman de chambre close" de tous les temps.

 

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