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Charles Baudelaire, Parfum exotique (aide à l'explication du poème)
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Parfum exotique Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne, Je respire l'odeur de ton sein chaleureux, Je vois se dérouler des rivages heureux Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ; Une île paresseuse où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux ; Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne. Guidé par ton odeur vers de charmants climats, Je vois un port rempli de voiles et de mâts Encor tout fatigués par la vague marine, Pendant que le parfum des verts tamariniers, Qui circule dans l'air et m'enfle la narine, Se mêle dans mon âme au chant des mariniers. Introduction : 1) Présenter l'auteur, 2) Présenter l'oeuvre, 3) De quoi est-il question dans ce poème ? Qui parle ? A qui ? De quoi ? Remarquez que contrairement au poème "L'invitation au voyage", Baudelaire n'invite pas la femme à "partir" avec lui. 4) Suggestion de problématique : Comment Baudelaire nous fait-il partager son rêve d'une nature paradisiaque ? 5) Axes d'étude : a) les sensations du poète b) le passage de la sensation au rêve éveillé c) le thème du paradis perdu I/ Les sensations du poète : Baudelaire s'adresse à une femme dont il est amoureux (sans doute la mûlatresse Jeanne Duval). Il se trouve en France, dans une chambre, étendu dans un lit auprès de cette femme et nous fait partager les sensations qu'il éprouve : - des sensations de chaleur : "en un soir chaud d'automne" (v. 1) - "ton sein chaleureux" (ton sein : métonymie pour tes seins, le singulier pour le pluriel ou pour ta poitrine) - une sensation olfactive : "je respire l'odeur" (v. 2) Correspondance entre deux sensations : le toucher et l'odorat Le mot "chaleureux" a un double sens : le sein de la femme est à la fois chaud et accueillant. Retour du thème de l'odorat (1er vers du 1er tercet) : "Guidé par ton odeur..." Dernier tercet : passage d'une sensation olfactive : "le parfum des verts tamariniers" à une sensation auditive : "le chant des mariniers". Correspondance entre le parfum des tamariniers et la couleur verte (cf. Le sonnet des "Correspondances" : "il est des parfums verts...) II/ Le rêve éveillé : La rêverie du poète est portée par ses sensations; La chaleur du soir et l'odeur de la femme (odor di femina disent les Italiens) le transportent vers des rivages lointains : "Je vois se dérouler des rivages heureux". L'odorat déclenche la vision intérieure. "Qu'ébloussent les feux d'un soleil monotone" : l'épithète "monotone" suggère un éternel été, un climat sans saisons (donc sans automne et sans hiver) et contraste avec l'épithète "heureux", comme si le bonheur était inséparable de l'ennui. L'épithète "heureux" personnifie les rivages et leur confère une dimension allégorique : ce ne sont pas les rivages qui sont heureux, mais les habitants et le poète lui-même quand il s'y transporte par l'imagination. Le procédé revient à plusieurs reprises : "sein chaleureux", "rivages heureux", "soleil monotone", île paresseuse" (hypallages) Paradoxalement, le poète a les yeux fermés pour mieux "voir", pour mieux se concentrer sur l'odeur de la femme aimée ; sa vision (je vois) est une vision intérieure, imaginaire. Son "rêve éveillé" (oxymore) le transporte vers un lieu exotique, lointain souvenir de son voyage de jeunesse à l'Ile Bourbon. L'île symbolise l'idolement, la "solitude à deux" des amants. Végétation exotique, espèces inconnus sous les climats européens : "arbres singuliers", nature généreuse et nourricière ("où la nature donne"). Le verbe donner suggère que les habitants de cette "île paresseuse" n'ont pas besoin de forcer la nature en travaillant. Comparaison implicite entre "Les hommes au corps mince et vigoureux", les femmes dont "l'oeil par sa franchise étonne" et les Européens aux corps "épais" et "débiles" et aux regards hypocrites. Les "charmants climats" contrastent eux aussi avec la rigueur des hivers parisiens. Le mot "charmant" est employé au sens fo rt. "charmants climats : climats qui enchaînent, qui envoûtent par leur douceur. "Guidé par ton odeur" : thème de la femme initiatrice, médiatrice entre l'ici et l'ailleurs, le réel et le possible. Le thème du port ouvre ce que le thème de l'île pouvait avoir de "fermé" et permet à l'imagination de s'échap^per à nouveau vers l'ailleurs (les bateaux sont des "lieux mouvants". Le thème du port et des bateaux rappelle "L'invitation au voyage". "Encore tout fatigués par la vague marine" : les bateaux viennent d'arriver au port après une traversée mouvementée. III/ La dimension utopique : Utopie = le "non lieu", le lieu qui n'existe que dans l'imagination des homm es, dans leurs rêves et qui compense la dure réalité. Evasion vers l'ailleurs. Retour au paradis de l'enfance, au sein maternel, symbole de protection et d'accueil. Sensation océanique (Freud). Allusion au couple primordial (Adam et Eve) du paradis terrestre : "hommes dont le corps est mince et vigoureux", "femmes dont l'oeil par sa franchise étonne" : les êtres humains sont à la fois beaux et innocents, ils ne sont pas encore gâtés par la civilisation. Thème rousseauïste (rare chez Baudelaire) du "bon sauvage". Thème de l'arbre ("des arbres singuliers et des fruits savoureux"). Le jardin d'Eden est planté d'arbres aux fruits savoureux dont Adam et Eve peuvent manger, sauf de celui de la connaissance du Bien et du Mal. Un monde parfait, un peu ennuyeux ("monotone") où l'on est "heureux", où il fait toujours beau, où les corps des hommes sont parfaits et semblent éternels et insensibles à la maladie, où les femmes ne sont pas hypocrites. Pas de différence entre l'être et le paraître. Un monde où "l'âme" est comblée. Correspondance parfaite (rêvée) entre les désirs de l'homme et l'ordre du monde. C'est la définition même du bonheur. C'est l'âme (v. 14) qui établit les correspondances a) entre les sensations b) entre les sensations et le rêve éveillé, et qui permet d'échapper aux limitations (à la prison) du temps et de l'espace. Conclusion : a) reprendre les conclusion partielles auxquelles vous avez abouti b) faire une "ouverture".
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