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Peter Sloterdijk - Tempéraments philosophiques - De Platon à Foucault.

Peter Sloterdijk, Tempéraments philosophiques, de Platon à Foucault (Philosophische Temperamente, von Platon bis Foucault), Diederichs Verlag, Munich, 2009, pour l'édition originale, traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, Libella - Maren Sell, coll. Pluriel, 2011

Description de l'image  Peter Sloterdijk, Karlsruhe 07-2009, IMGP3019.jpg.

Peter Sloterdijk, né le 26 juin 1947 à Karlsruhe, est un philosophe et essayiste allemand Professeur de philosophie et d'esthétique à la Hoschshule für Gestaltung de Karlsruhe, il est également recteur (Rektor) du même établissement depuis 2001. Il enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne.

"Peter Sloterdijk introduit à la pensée des grands philosophes de l'Antiquité à nos jours en présentant les hommes qu'ils étaient. Il construit ainsi une histoire personnelle de la philosophie où l'on (re) découvre ces personnages et l'intuition au coeur de leurs systèmes."

"(...) A ma propre surprise, je constate que les vignettes de penseurs rassemblées ici produisent une sorte d'agrégat sensé - non pas une Histoire de la philosophie, mais tout de même une galerie d'études de caractères et de portraits intellectuels montrant combien Nietzsche avait raison de relever que tous les systèmes philosophiques sont toujours aussi des Mémoires et des professions de foi involontaires. Nous ne pouvons nier qu'un inévitable facteur d'injustice est entré en jeu dans le choix des auteurs. En contournant le caprice personnel, il se situait au point d'équilibre entre nécessité et arbitraire.

Le titre de ce recueil renvoie très clairement à la fameuse sentence de Fichte : la philosophie que l'on choisit dépend de l'homme que l'on est. Il voulait dire par là que les âmes assujetties choisissent un système naturaliste qui justifie leur servilité, tandis que les hommes à l'esprit fier ont recours à un système de liberté. Cette observation n'a rien perdu de sa justesse.

J'espère avoir montré, avec les petites études qui suivent, que l'éventail des tempéraments philosophiques dépasse largement l'opposition de types entre les sujets lâches et les sujets fiers. Il a la même étendue que celle de l'âme éclarée par le Logos, dont Héraclite affirmait qu'aussi loin que l'on aille, il était impossible de parvenir à ses limites."

Citations :

Platon : "Relire Platon : cela signifie s'engager, dans un travail avec Platon - et en dépit de Platon -, à l'actualisation de notre intelligence."

Aristote : "En tant que chercheur sur les choses de la nature et en tant qu'éthicien, il a glorifié le miracle de l'Etre dans le constant et le normal."

Augustin : "Les contributions qu'apporte Augustin à l'interprétation de la séparation humaine du bon fond et ses déconstructrions troublantes des garanties que l'homme se donne à lui-même sont ce qui assure au classique chrétien une inépuisable réserve de lecteurs postchrétiens."

Bruno : "Il est temps de dissiper la cendre sur les manuscrits de Bruno pour dégager ce qui, seul, honore un penseur qui fut un maître de la prose italienne et latine : la luminosité de ses pensées, prises à la lettre."

Descartes : "L'oeuvre de Descartes demeure actuelle comme témoignage de cette imbrication entre science et ré-flexion qui donne plus que jamais, aujourd'hui, sa dignité précaire à la pensée philosophique."

Pascal : "Il est le premier des secrétaires philosophiques du désespoir moderne."

Leibniz : "Pour l'histoire future de l'humanité, il sera important de régénérer un principe d'optimisme (ou du moins un principe de non-pessimisme) en faisant appel à des moyens post-leibniziens. Si l'on y parvenait : qui voudrait exclure la possibilité que des générations ultérieures trouvent en Leibniz l'une de leurs principales sources d'inspiration ?"

Kant : "Se servir, dans un monde empli de risques d'expropriation, de sa propre raison comme d'une propriété inaliénable ; c'est avec cette devise que Kant proclame son élan, qui vise à s'engager, en dépit de tout ce qui attire vers une pensée pauvre et la dépression, dans l'aventure de la clarté."

Fichte : "Fichte reste (...) un allié involontaire de tous ceux qui, même sous l'impression de la réforme technologique en marche dans tous les concepts du monde et de la vie, veulent prendre pour point de repère la non-indifférence du fait que je peux m'éprouver comme un Moi."

Hegel : "Le souvenir de Hegel et la brillante misère de ses succès peuvent être utiles à qui veut comprendre pourquoi, dans la querelle de méthode entre médecins du monde, quelques philosophes post-hégeliens tout comme non hégeliens, continueront à avoir leur mot à dire, fût-il beaucoup plus modeste."

Schelling : "Par la diversité de son oeuvre et les peines de ses cheminements intellectuels, Schelling a donné à la postérité une idée du prix de la maturité."

Schopenhauer : "Le renoncement, pour les modernes, est le mot le plus difficile qui soit. Schopenhauer l'a crié à contre-courant. Après lui, les questions liées à l'éthique sont plus radicalement ouvertes que jamais."

Kierkegaard : "On peut affirmer (...) qu'avec Kierkegaard débute la pensée de la modernité radicale, en suspension sous forme d'expériences. Il est le premier à entrer dans l'ère du doute, du soupçons et de la décision créative."

Marx : "Télévision et "télé-tétine" puisent dans un monde liquéfié qui ne sait pratiquement plus ce qui serait capable de résister ou de mener une vie personnelle. Ne se pourrait-il pas que nous soyons au seuil d'une époque dans laquelle celui qui ne veut pas parler de vampirisme devrait aussi se taire à propos de la philosophie ? Si tel était le cas, le temps serait en tout cas venu pour la deuxième chance de Marx."

Nietzsche : "On peut peut-être apprendre quelque chose de l'art parodique de Nietzsche pour accomplir la mission consistant à réécrire les tables sur lesquelles figureront les règles de survie de cet animal industrieux qu'est homo sapiens. Il pourrait s'avérer qu'inverser les valeurs et rester fidèle à la terre soient des missions qui reviennent à la même chose."

Husserl : "Sous sa forme originale, l'oeuvre de Husserl - qui ne s'achève pas par hasard sur l'appel solitaire au réveil d'un héroïsme de la raison - maintient éveillé le souvenir de la grandeur et des limites de la culture européenne de la rationnalité."

Wittgenstein : Il faisait partie de ces écorchés vifs qui savent plus que d'autres ce qu'il convient de respecter puisqu'on en a la charge. Parmi ses oeuvres, écrites et non-écrites, il va falloir compter aussi l'effort admirable d'avoir supporté sa propre existence et sa "vie merveilleuse".

Sartre : "Peut-être fut-il le plus zélé, le plus actif parmi les auteurs philosophiques du siècle. Les dettes qu'il supposait avoir contractées auprès de l'humanité moins favorisée, il les a remboursées avec des intérêts élevés."

Foucault : "Ce qu'il nota dans l'éloge funèbre de son ami, le kantien chrétien Maurice Clavel, peut se lire comme une caractérisation franche et clairvoyante de sa propre entreprise : "Il était au coeur de ce qu'il y a sans doute de plus important à notre époque. Je veux dire : une très large et très profonde altération dans la conscience que l'Occident s'est peu à peu formée de l'histoire et du temps. Tout ce qui organisait cette conscience, tout ce qui lui donnait cette continuité, tout ce qui lui promettait un achèvement se déchire. certains voudraient recoudre. Il nous dit, lui, qu'il faut, aujourd'hui même, vivre autrement le temps. Aujourd'hui surtout."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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