
Écrit d’un seul trait durant l’été 1887, Pierre et Jean est le quatrième roman de Maupassant. C’est une œuvre naturaliste (ou réaliste-psychologique). L’œuvre, très courte, est éditée en volume le 9 janvier 1889 chez Ollendorff. Elle est composée du récit, mais également d’une célèbre préface intitulée Le roman dans laquelle Maupassant expose en quelques pages sa vision du roman naturaliste et critique le genre de l’étude psychologique.
Pierre et Jean a pour cadre la ville du Havre où vivent les Roland.
Résumé de l'oeuvre :
M. Roland, ancien bijoutier parisien, déménage avec toute sa famille au Havre par amour partagé de la mer. Après leurs études à Paris, les deux fils de M. et Mme Roland, Pierre, l’aîné, médecin, et Jean, avocat, décident de s’installer dans la nouvelle résidence familiale.
Une somme d’argent laissée en héritage à Jean par un ami de la famille, Léon Maréchal, renforce la rivalité des deux frères, opposés physiquement et moralement.
Un soupçon naît chez Pierre : et si Jean était le fils de Maréchal ?
Peu à peu, il découvrira la vérité et le secret familial en fouillant dans le passé de sa mère qui a entretenu jadis une liaison avec Maréchal.
Étrangement, à la fin du roman c’est l’aîné, le fils légitime, qui est exclu et s'auto-exclut du cercle familial en s’engageant comme médecin sur le transatlantique La Lorraine ; M. Roland accepte le mariage de Jean avec Mme Rosémilly. (source : encyclopédie en ligne)

Henry-René-Albert-Guy de Maupassant est un écrivain français né le au château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques (Seine-Inférieure) et mort le à Paris.
Lié à Gustave Flaubert et à Émile Zola, Guy de Maupassant a marqué la littérature française par ses six romans, dont Une vie en 1883, Bel-Ami en 1885, Pierre et Jean en 1887-1888, et surtout par ses nouvelles (parfois intitulées contes) comme Boule de suif en 1880, les Contes de la bécasse (1883) ou Le Horla (1887). Ces œuvres retiennent l’attention par leur force réaliste, la présence importante du fantastique et par le pessimisme qui s’en dégage le plus souvent, mais aussi par la maîtrise stylistique. La carrière littéraire de Maupassant se limite à une décennie — de 1880 à 1890 — avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie et ne meure peu avant ses quarante-trois ans. Reconnu de son vivant, il conserve un renom de premier plan, renouvelé encore par les nombreuses adaptations filmées de ses œuvres.
Le texte :
- Eh bien ! oui. Au moins je ne t'aurais pas trompé... Tu veux que je reste avec toi, n'est-ce pas ? Pour cela, pour que nous puissions nous voir encore, nous parler, nous rencontrer toute la journée dans la maison, car je n'ose plus ouvrir une porte dans la peur de trouver ton frère derrière elle, pour cela il faut, non pas que tu me pardonnes - rien ne fait plus de mal qu'un pardon -, mais que tu ne m'en veuilles pas de ce que j'ai fait... Il faut que tu te sentes assez fort, assez différent de tout le monde pour te dire que tu n'es pas le fils de Roland, sans rougir de cela et sans me mépriser !...
Moi j'ai assez souffert... j'ai trop souffert, je ne peux plus, non, je ne peux plus ! Et ce n'est pas d'hier, va, c'est de longtemps... Mais tu ne pourras jamais comprendre ça, toi ! Pour que nous puissions encore vivre ensemble, et nous embrasser, mon petit Jean, dis-toi bien que si j'ai été la maîtresse de ton père, j'ai été encore plus sa femme, sa vraie femme, que je n'en ai pas honte au fond du coeur, que je ne regrette rien, que je l'aime encore tout mort qu'il est, que je l'aimerai toujours, que je n'ai aimé que lui, qu'il a été toute ma vie, toute ma joie, tout mon espoir, toute ma consolation, tout, tout, tout pour moi, pendant si longtemps !
Ecoute, mon petit : devant Dieu qui m'entend, je n'aurais jamais rien eu de bon dans l'existence, si je ne l'avais pas rencontré, jamais rien, pas une tendresse, pas une douceur, pas une de ces heures qui nous font tant regretter de vieillir, rien ! Je lui dois tout ! Je n'ai eu que lui au monde, et puis vous deux, ton frère et toi. Sans vous ce serait vide, noir et vide comme la nuit. Je n'aurais jamais aimé rien, rien connu, rien désiré, je n'aurais pas seulement pleuré, car j'ai pleuré, mon petit Jean. Oh ! oui, j'ai pleuré, depuis que nous sommes venus ici.
Je m'étais donnée à lui tout entière, corps et âme, pour toujours, avec bonheur, et pendant plus de dix ans j'ai été sa femme comme il a été mon mari devant Dieu qui nous avait faits l'un pour l'autre.
Et puis, j'ai compris qu'il m'aimait moins. Il était toujours bon et prévenant, mais je n'étais plus pour lui ce que j'avais été. C'était fini ! Oh ! que j'ai pleuré !... Comme c'est misérable et trompeur, la vie !... Il n'y a rien qui dure... Et nous sommes arrivés ici ; et jamais je ne l'ai plus revu, jamais il n'est venu... Il promettait dans toutes ses lettres !... Je l'attendais toujours !... et je ne l'ai plus revu !... et voilà qu'il est mort !...
Mais il nous aimait encore puisqu'il a pensé à toi. Moi je l'aimerai jusqu'à mon dernier soupir, et je ne le renierai jamais, et je t'aime parce que tu es son enfant, et je ne pourrais pas avoir honte de lui devant toi !
Comprends-tu ? Je ne pourrais pas ! Si tu veux que je reste, il faut que tu acceptes d'être son fils et que nous parlions de lui quelquefois, et que tu l'aimes un peu, et que nous pensions à lui quand nous nous regarderons. Si tu ne veux pas, si tu ne peux pas, adieu, mon petit, il est impossible que nous restions ensemble maintenant ! Je ferai ce que tu décideras.
Extrait du chapitre VII de Pierre et Jean de Guy de Maupassant.
La situation du passage :
Jean, fils de Madame Roland, soupçonne sa mère de l'avoir conçu avec un autre homme que son mari légitime. Cet homme, Monsieur Maréchal, vient de mourir en laissant à Jean toute sa fortune.
Le thème du passage :
Madame Roland s'adresse à son fils afin qu'il comprenne pourquoi elle a été amenée à tromper son mari et pour le supplier de ne pas lui en vouloir.
Le genre du texte :
Extrait de roman
Le type de texte :
Il s'agit d'un long monologue. Madame Roland ne parle pas toute seule, comme au théâtre, elle s'adresse à son fils, mais ce dernier l'écoute sans l'interrompre.
Les registres :
- lyrique : Madame Roland exprime des sentiments et des émotions personnelles,
- argumentatif : elle développe une thèse, un point de vue, elle veut exercer une influence sur son fils (c'est la dimension pragmatique du discours), en cherchant plutôt à le persuader (elle s'adresse à ses sentiments) qu'à le convaincre en s'adressant à sa raison.
Note : Le registre lyrique est l'expression des états d'âme et des émotions. Il vise à émouvoir le lecteur (l'auditeur). L'adhésion du lecteur fonctionne aussi par l'identification avec l'auteur (l'orateur) à travers les confidences de celui-ci qui définissent en partie le registre ; ce registre, parfois désigné comme poétique, est ainsi associé à la musique (la lyre est un instrument de musique), car les sentiments qui y sont évoqués le sont de manière musicale : l'individu lyrique chante son bonheur ou ses peines. Les grands thèmes lyriques sont l'amour, la nostalgie, la solitude, la fuite du temps, le rapport à la nature ou la mort. Ce «chant de l'âme» est particulièrement associé à un aspect de la poésie avec des procédés comme l'emploi de la première personne du singulier, un lexique du sentiment et des mises en relief que représentent l'utilisation des apostrophes et des invocations, une ponctuation expressive, l'emploi de nombreuses figures de rhétorique (images, accumulations…) ou la recherche d'effets musicaux jouant sur les rythmes et les sonorités (allitérations, anaphores…).
- pathétique : Mme. Roland veut faire partager ses sentiments à son fils, l'émouvoir.
Note : En rhétorique, la preuve "pathétique" est fondée sur les émotions que les arguments suscitent dans l'auditoire. Le registre pathétique concerne tous les énoncés qui suscitent chez le lecteur une émotion violente, douloureuse, voire des larmes. Cette émotion peut être une fin en soi mais aussi avoir une fonction argumentative et amener le lecteur à réagir, face à une injustice par exemple. Il se caractérise par une syntaxe de l’émotion (musicalité, phrases exclamatives ou interrogatives), des termes appartenant au réseau lexical de la souffrance et des sentiments violents, des hyperboles, des images fortes. L’émotion que ressent le lecteur est d’abord due au récit d’événements malheureux (séparation, misère, mort) et au fait que le lecteur (l'auditeur) s’identifie au personnage qui les subit.
La situation d'énonciation :
Madame Roland s'adresse à l'un de ses deux fils, Jean dans la maison familiale. L'action de déroule au XIXème siècle. Le but de Madame Roland est d'amener son fils à la comprendre et à lui pardonner d'avoir été infidèle à celui qu'il croyait jusqu'à présent être son père.
Note : la "situation d'énonciation répond aux questions : Qui ? A qui ? Où?, Quand ? Comment ? Pourquoi ? (Dans quelle intention ?)
Les champs lexicaux :
Les sentiments : "ne pas oser", "peur", "en vouloir à", "faire mal", "se sentir fort", rougir", mépriser", "souffrir", "avoir honte", "regretter"
Le bonheur : "aimer", "joie", "espoir", "consolation", "aimer", "vie", "donné", "bonheur", "(ne pas) renier", "(ne pas) avoir honte",
Le désespoir : pas (une tendresse), pas (une douceur), sans, noir, vide, nuit, rien, "pleurer", fini, "misérable", "trompeur", "jamais", "attendre", "plus",
La volonté : "tromper", "rester", "pouvoir", "voir", "parler", "rencontrer", "en vouloir à", "vouloir", "accepter", "penser", "parler", "regarder", "rester", "faire", "décider"
Les champs lexicaux tissent une isotopie du bonheur et de la souffrance dans l'amour.
Le champ lexical de la volonté apparaît à la fin du texte. Madame Roland veut convaincre Jean que leur bonheur ou leur malheur dépend de la décision de son fils à son égard et eu égard à la situation (la comprendre ou refuser de la comprendre, lui en vouloir ou ne pas lui en vouloir, rester ou partir...)
Les figures de style :
Interrogations oratoires : "Tu veux que je reste avec toi, n'est-ce pas ?"
Accumulations : "nous voir, nous parler, nous rencontrer" - "toute ma joie, tout mon espoir, toute ma consolation"
Jeux sur les champs sémantiques : "pardonne"/"pardon"
Répétitions : "il faut que", "souffert", "je ne peux plus" - "sa femme, sa vraie femme" - "tout, tout, tout pour moi" - "rien" (six fois) - "pas une" - "vide"- pleuré (quatre fois) - "jamais" - "moi"
Antithèses : "tout"/"rien" - "jamais"/"toujours"
Comparaisons : "sans vous ce serait vide, noir et vide comme la nuit."
Hyperboles : "je n'ai eu que lui au monde et puis vous deux" - "Je m'étais donnée à lui corps et âme, tout entière." - "pour toujours"
Les niveaux de langue :
Le lexique et la syntaxe sont d'un niveau courant, voire familier, avec des tournures patoisantes (normandes). Le discours de Mme. Roland comporte des "figures de style" spontanées, sans véritable intention "rhétorique" (comparer ce texte avec le discours de V. Hugo à l'assemblée nationale sur la misère). Madame Roland est une femme intelligente et sensible, mais moyennement cultivée ; elle emploie le langage simple, populaire de son milieu (son mari et elle sont des commerçants). Elle parle "avec son coeur", ce qui rend ce passage particulièrement émouvant.
Les temps et les modes et leur valeur d'aspect :
Présents d'énonciation : "tu veux que je reste avec toi..." - "je n'ose plus ouvrir une porte" - "il faut" - "pour dire que tu n'es pas le fils de Roland sans rougir de cela" - "je ne peux plus", je n'en ai pas honte" - "je ne regrette rien" - je l'aime encore" - " je t'aime" - "comprends-tu ?"
Présents à valeur descriptive : "ce n'est pas d'hier, c'est de longtemps" - "tout mort qu'il est" - "devant Dieu qui m'entend" - "je lui dois tout" - "et voilà qu'il est mort" - "puisque tu es son enfant" - "quand nous nous regardons" - "si tu ne veux pas" - "si tu ne peux pas" - "il est impossible"
Présents gnomiques ou de vérité générale : "rien ne fait plus de mal qu'un pardon" - "pas une de ces heures qui nous font tant regretter de vieillir - "Comme c'est misérable et trompeur la vie" - "il n'y a rien qui dure"
Passés composés de l'indicatif : "ce que j'ai fait" - "j'ai assez souffert" - j'ai trop souffert" - "j'ai été la maîtresse de ton père" - "j'ai été encore plus sa femme" - "je n'ai aimé que lui" - "il a été toute ma vie" - "je n'ai eu que lui au monde" - "j'ai pleuré" - "nous sommes arrivés ici" - "j'ai été sa femme" - "il a été mon mari" - "j'ai compris qu'il m'aimait moins" - "je ne l'ai plus revu" - "jamais il n'est venu" - "il a pensé à toi" -
Imparfaits de l'indicatif : "si je ne l'avais pas rencontré" - "il était toujours bon et prévenant" - "je n'étais plus pour lui" - "c'était fini" - "il promettait - "je l'attendais" - "il nous aimait encore" -
Plus-que-parfaits de l'indicatif : "Je m'étais donnée à lui tout entière" - "Dieu qui nous avait fait l'un pour l'autre " - "ce que j'avais été" -
Futurs de l'indicatif : "tu ne pourrais jamais comprendre ça, toi !" - "je l'aimerai toujours" - "je l'aimerai" - "je ne le renierai jamais - "je ferai ce que tu décideras"
Futurs antérieurs de l'indicatif : "je ne t'aurai pas trompé"
Présents du subjonctif : "que tu me pardonnes" - "que nous puissions" - "que tu ne m'en veuilles pas" - "que tu te sentes assez fort" - "que je reste" - "que tu acceptes" - "que nous parlions" - "que tu l'aimes" - "que nous pensions à lui" - "que nous restions ensemble"
Présents de l'impératif : "dis-toi bien" - "Ecoute mon petit"
Présents du conditionnel : "sans vous ce serait vide" - "je ne pourrais pas avoir honte de lui devant toi" - "je ne pourrais pas" -
Passés du conditionnel : "je n'aurais rien eu de bon dans l'existence" - "je n'aurais pas seulement pleuré"
L'énoncé est rédigé dans le système du présent. Les temps dominants sont le présent d'énonciation, le présent à valeur descriptive et le passé composé. L'énoncé est dit "ancré dans la situation d'énonciation" ; il se réfère constamment (structurellement) à la situation présente de la locutrice (Mme. Roland) et du destinataire de l'énoncé (Jean).
On remarque également le recours relativement fréquent au conditionnel (irréel du présent ou du passé) évoquant une action virtuelle et du subjonctif exprimant un souhait, un désir.
Madame Roland veut faire comprendre à son fils que l'avenir de leur relation dépend de lui.
L'étude de la fréquence et de la valeur d'aspect des temps et des modes verbaux corrobore, à cet égard (la fonction pragmatique du discours), celle des champs lexicaux.
Un énoncé ancré dans la situation d'énonciation (on dit aussi un « plan embrayé ») comporte au moins un indice (ou embrayeur) permettant de repérer celle-ci : "je", "tu", "demain", ici, la terminaision verbale ("je t'attendrai"). Il s'agit souvent du discours oral :
Les connecteurs temporels, spatiaux, logiques et argumentatifs :
connecteurs temporels : encore" - "toute la journée" - "hier" - "longtemps" - "jamais" - "depuis que" - "et puis" - toujours" - "plus" - "Et voilà que" - "et puis"
connecteurs spatiaux : "dans la maison" - "derrière" - "ici"
connecteurs argumentatifs : "mais" - "Et" - "si"
La fréquence des connecteurs temporels est révélatrice du fait que Madame Roland vit essentiellement dans le passé, dans le souvenir de M. Maréchal.
La moindre fréquence des connecteurs argumentatifs corrobore la nature essentiellement "pathétique" du discours.
La modalisation (implication de la locutrice, Mme. Roland dans l'énoncé) :
Les modalisateurs négatifs portent sur :
- La notion de pardon ("rien ne fait plus de mal qu'un pardon")
- La souffrance ("j'ai trop souffert")
- Roland ("jamais rien, pas une tendresse, pas une douceur...")
Les modalisateurs positifs portent sur :
- La filiation de Jean ("il faut que tu te sentes assez fort, assez différent de tout le monde pour te dire que tu n'es pas le fils de Roland, sans rougir de cela et sans me mépriser !")
- Maréchal ("Je lui dois tout ! Je n'ai eu que lui au monde...")
- Ses enfants ("sans vous ce serait vide, noir et vide comme la nuit.")
On note une implication très forte de Mme. Roland. Son jugement concernant Roland est entièrement négatif et entièrement positif en ce qui concerne Maréchal, malgré le fait qu'il se soit éloigné d'elle. Mme. Roland est aveuglée par son affectivité. Elle pardonne tout à Maréchal et rien à Roland. Son jugement n'est pas objectif.
Les types de phrases :
Interrogatives (interrogations oratoires) : "Tu veux que je reste avec toi, n'est-ce pas ? - Comprends-tu ?
Exclamatives : "Je ne peux plus !" - "Mais tu ne pourras jamais comprendre ça, toi !" - "... pas une de ces heures qui nous font regretter de vieillir, rien !" - "Je lui dois tout !" - "Comme c'est misérable et trompeur la vie !" - "Il promettait dans toutes ses lettres !" - "Je l'attendais toujours !" - "et je ne l'ai plus revu !"- "Oh ! que j'ai pleuré !" - "Et voilà qu'il est mort !" - "Je ne pourrais pas !" - "Il est impossible que nous restions ensemble"
Déclaratives : Je n'ai eu que lui au monde, et puis vous deux, ton frère et toi." - "Sans vous, ce serait vide, noir et vide comme la nuit."
On note la fréquence inhabituelle des phrases exclamatives. Elles traduisent - avec les interjections (oh!) - la violence des émotions de Madame Roland. Sa "confession" est comme un cri du coeur.
La structure des phrases :
La structure grammaticale et syntaxique des propositions est relativement répétitive et figée sur le modèle d'une proposition principale suivie d'une proposition subordonnée complétive introduite par la conjonction de subordination "que" ou de deux ou plusieurs propositions indépendantes juxtaposées. Le recours à la figure grammaticale de l'asyndète (absence de mots de laison) révèle le caractère "décousu", "précipité", "improvisé" et essentiellement affectif du discours de Mme. Roland. Les phrases sont relativement longues et ne relèvent pas d'une construction rationnelle. Mme. Roland parle "de l'abondance du coeur". Elle procède par associations d'idées.
Plan du texte :
Malgré son caractère "décousu", le texte possède une organisation interne, entièrement centrée autour de la figure de Maréchal.
1. Depuis "- eh bien ! oui" jusqu'à "sans me mépriser" : Mme. Roland demande à son fils de la comprendre
2. Depuis : "Moi ! j'ai assez souffert" jusqu'à "l'un pour l'autre" : elle lui avoue que Maréchal fut le seul homme de sa vie.
3.Depuis "Et puis j'ai compris" jusqu'à "et voilà qu'il est mort" : l'éloignement de Maréchal
4. Depuis "Mais il nous aimait" jusqu'à "devant toi" : la preuve que Maréchal les aimait toujours.
5.Depuis "Comprends-tu ?" jusqu'à "ce que tu décideras" : l'ultimatum (ou bien... ou bien)
Synthèse :
L’action se déroule dans la ville du Havre, en Normandie, au XIXème siècle. Jean, fils de Madame Roland, soupçonne sa mère de l'avoir conçu avec un autre homme que son mari légitime. Cet homme, Monsieur Maréchal, vient de mourir en laissant à Jean toute sa fortune.
Nous sommes dans la maison familiale des Roland. Madame Roland s'adresse à Jean afin qu'il comprenne pourquoi elle a été amenée à tromper son mari et pour le supplier de ne pas lui en vouloir d’avoir été infidèle à celui qu’il croyait jusqu’à présent être son père.
Il s'agit d'un long monologue. Madame Roland ne parle pas toute seule, comme au théâtre, elle s'adresse à son fils, mais ce dernier l'écoute sans l'interrompre.
Le texte relève de trois registres du registre lyrique : Madame Roland exprime des sentiments et des émotions personnelles, argumentatif : elle développe une thèse, un point de vue, elle veut exercer une influence sur son fils, en cherchant plutôt à le persuader en s’adressant à ses sentiments, qu'à le convaincre en s'adressant à sa raison et pathétique : Mme. Roland veut faire partager ses sentiments à son fils, l'émouvoir. L'emploi du registre lyrique et pathétique est souligné par la présence d'une ponctuation expressive comportant de nombreux points d'exclamation.
Hormis une interrogation oratoire au début du texte, le reste du texte ne comporte que des phrases déclaratives prolongées par des points de suspension ou des phrases exclamatives. On note la fréquence inhabituelle des phrases exclamatives. Elles traduisent - avec les interjections (oh!) - la violence des émotions de Madame Roland. Sa "confession" est comme un cri du coeur.
On note une implication très forte de Mme. Roland. Son jugement concernant Roland est entièrement négatif et entièrement positif en ce qui concerne Maréchal, malgré le fait qu'il se soit éloigné d'elle. Mme. Roland est aveuglée par son affectivité. Elle pardonne tout à Maréchal et rien à Roland. Son jugement n'est pas objectif.
Les champs lexicaux tissent une isotopie du bonheur et de la souffrance dans l'amour.
Le champ lexical de la volonté apparaît à la fin du texte. Madame Roland veut convaincre Jean que leur bonheur ou leur malheur dépend de la décision de son fils à son égard et eu égard à la situation : la comprendre ou refuser de la comprendre, lui en vouloir ou ne pas lui en vouloir, rester ou partir.
Le lexique et la syntaxe sont d'un niveau courant, voire familier, avec des tournures patoisantes. Le discours de Mme. Roland comporte des "figures de style" spontanées, sans véritable intention "rhétorique". Madame Roland est une femme intelligente et sensible, mais moyennement cultivée ; elle emploie le langage simple, populaire de son milieu : la petite bourgeoisie commerçante. Elle parle "avec son cœur", ce qui rend ce passage particulièrement émouvant.
L'énoncé est rédigé dans le système du présent. Les temps dominants sont le présent d'énonciation, le présent à valeur descriptive et le passé composé. L'énoncé est ancré dans la situation d'énonciation ; il se réfère structurellement à la situation présente de la locutrice, Mme. Roland et du destinataire de l'énoncé, son fils Jean.
On remarque également le recours relativement fréquent au conditionnel (irréel du présent ou du passé) évoquant une action virtuelle et du subjonctif exprimant un souhait, un désir. Madame Roland veut faire comprendre à son fils que l'avenir de leur relation dépend de lui.
La structure grammaticale et syntaxique des propositions est relativement répétitive et figée sur le modèle d'une proposition principale suivie d'une proposition subordonnée complétive introduite par la conjonction de subordination "que" ou de deux ou plusieurs propositions indépendantes juxtaposées. Le recours à la figure grammaticale de l'asyndète (absence de mots de liaison) révèle le caractère "décousu", "précipité", "improvisé" et essentiellement affectif du discours de Mme. Roland. Les phrases sont relativement longues et ne relèvent pas d'une construction rationnelle. Mme. Roland parle "de l'abondance du cœur". Elle procède par associations d'idées.
La fréquence des connecteurs temporels est révélatrice du fait que Madame Roland vit essentiellement dans le passé, dans le souvenir de Maréchal.
La moindre fréquence des connecteurs argumentatifs corrobore la nature essentiellement "pathétique" de son discours.
Malgré son caractère "décousu", le texte possède une organisation interne, entièrement centrée autour de la figure de Maréchal.
1. Depuis "- eh bien ! oui" jusqu'à "sans me mépriser" : Mme. Roland demande à son fils de la comprendre
2. Depuis : "Moi ! j'ai assez souffert" jusqu'à "l'un pour l'autre" : elle lui avoue que Maréchal fut le seul homme de sa vie.
3. Depuis "Et puis j'ai compris" jusqu'à "et voilà qu'il est mort" : l'éloignement de Maréchal
4. Depuis "Mais il nous aimait" jusqu'à "devant toi" : la preuve que Maréchal les aimait toujours.
5. Depuis "Comprends-tu ?" jusqu'à "ce que tu décideras" : l'ultimatum (ou bien... ou bien)
Problématique : Comment Madame Roland s'y prend-elle pour essayer de convaincre son fils ?
Introduction possible :
Écrit d’un seul trait durant l’été 1887, Pierre et Jean est le quatrième roman de Maupassant. C’est une œuvre naturaliste (ou réaliste-psychologique). L’œuvre, très courte, est éditée en volume le 9 janvier 1889 chez Ollendorff. Elle est composée du récit, mais également d’une célèbre préface intitulée Le roman dans laquelle Maupassant expose en quelques pages sa vision du roman naturaliste et critique le genre de l’étude psychologique.
Pierre et Jean se déroule au XIXème siècle dans la ville du Havre en Normandie. Jean, fils de Madame Roland, soupçonne sa mère de l'avoir conçu avec un autre homme que son mari légitime. Cet homme, Monsieur Maréchal, vient de mourir en laissant à Jean toute sa fortune.
Madame Roland s'adresse à Jean, le fils naturel de Maréchal afin qu'il comprenne pourquoi elle a été amenée à tromper son mari et pour le supplier de ne pas lui en vouloir d’avoir été infidèle à celui que Jean avait considéré jusqu'alors comme son vrai père.
Il s'agit d'un long monologue. Madame Roland ne parle pas toute seule, comme au théâtre, elle s'adresse à son fils, mais ce dernier l'écoute sans l'interrompre.
Comment Mme. Roland s'y prend-elle pour essayer de convaincre son fils ?
Nous étudierons dans une première partie la demande que Mme. Roland fait à son fils, puis l'aveu et enfin la justification qu'elle donne de sa conduite.
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)