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Paris, le 30 mars 2015

Cher Monsieur,

Il y a maintenant un mois que je suis rentré chez moi, rempli de joie que je vous dois. Comme le temps passe vite ! C'est maintenant le moment d'accomplir le devoir agréable de vous remercier encore une fois, suite à mon voyage du 28 février au 6 mars au cours duquel nous nous sommes croisés tout à fait par hasard.

C'était un voyage sans destination fixe. J'ai voulu vivre "dehors" comme un espace de rencontre et "bavarder" avec autrui. C'est pourquoi j'ai quitté mes livres. Mais pas seulement... Je suis parti comme un sans-abri, en faisant confiance à la chance. C'est exactement ce que je voulais pour ce voyage. J'avais volontairement renoncé à toutes les commodités pour le déplacement et le logement. Je souhaitais un périple laissé à l'inspiration de mon coeur, sans savoir ni où j'allais, ni où j'allais dormir. Je suis parti pour savourer la tranquillité de la nature et l'hospitalité des gens croisés sur mon chemin.

Volà donc les circonstances dans lesquelles j'ai pu vous rencontrer. C'est ce dénuement volontaire qui a rendu possible de dévoiler votre bon coeur et l'amitié que vous m'avez témoigné.

Bien sûr, cette façon de voyager peut s'avérer risquée. Mais, à ma grande surprise, tous mes voeux ont été exaucés. Je sais bien que je n'ai pas le privilège d'avoir toujours la chance de mon côté. Je suis également conscient du fait que mon comportement peut être interprété comme celui d'un égoïste qui préfère dépendre des autres. Je comptais sur votre indulgence bienveillante.

Vous m'avez accepté alors que je n'étais qu'un inconnu pour vous, après que je vous ai accosté brusquement. Voilà pourquoi je vous remercie de tout mon coeur pour votre grande générosité.

Vous avez été ma première rencontre à peine descendu à Bourges. Quelle chance pour moi ! Quel bel échange spirituel et philosophique au cours de mon voyage ! J'aimerais beaucoup continuer à dialoguer avec vous, fonder une petite communauté d'échanges intellectuels. En deux mots, concrétiser le hasard de notre rencontre "pour une commune pensée" (Jean-Luc Nancy).

Mes études m'ont permis d'acquérir de solides connaissances en philosophie allemande et française. Je souhaite approfondir mes connaissances en ouvrant l'horizon de ma pensée à la philosophie de l'Inde et de la Chine, dans la mesure où la pensée de ces pays dévoile les lacunes de la pensée européenne, notamment sur la question du bonheur et de la joie de vivre. Question mettant en lumière l'esthétique de la vie. Je suis convaincu que l'Europe a besoin de renouveler sa propre tradition de pensée, face à la mondialisation intellectuelle. A mon avis, cela n'est possible qu'à travers un dialogue avec les autres patrimoines de pensée. Je ne veux pas dire qu'il faudrait entremêler diversité et particularité des pensées. Un mélange ou une synthèse ne seraient sûrement pas la solution. Je veux simplement dire qu'il faudrait avoir recours à un dialogue critique qui permettrait de trouver une autre voie qui soit au-delà de la voie déjà connue, à savoir au-delà des formes philosophiques et religieuses déterminées. Sans respect réciproque, on ne pourra pas créer la pensée qui transcendera l'expression formelle de la philosophie et de la religion et qui servira à l'avenir de l'humanité.

Je vous remercie de m'avoir accueilli, vous et votre épouse, et de m'avoir permis d'échanger et d'apprendre avec vous. Je vous assure que votre hospitalité restera longtemps dans mon souvenir.

Pour illustrer la chance générale qui m'a accompagné durant ce voyage, je tiens à vous raconter une petite anecdote.

Mon voyage a été toujours accompagné de petits miracles... Le plus incroyable qui m'est arrivé s'est produit à Vichy, le cinquième jour de mon voyage, dans la nuit du 4 mars. J'ai essayé comme toujours de trouver quelqu'un qui accepte de me recevoir pour la nuit, mais en vain, alors qu'il était déjà plus de 23 heures... La rue était déserte... Il n'y avait plus personne... je pensais que j'allais me retrouver bredouille cette fois-ci. Je me sentais déprimé. J'ai abandonné tout espoir tout espoir et me me suis mis  à marcher sans but, juste pour me réchauffer et je suis arrivé devant un hôtel. J'ai alors été soudainement heurté par quelqu'un qui était en train de sortir de cet hôtel. J'ai simplement demandé à cette personne si ce bâtiment était bien un hôtel. Il m'a répondu, à ma grande surprise que je pouvais monter et prendre la chambre 106 car il quittait l'hôtel. "J'ai déjà payé la chambre et laissé la clef sur la porte. "Vous pouvez dormir tranquillement" a-t-il ajouté. Il était accompagné de sa femme. Ils ont pris un taxi et sont partis. Je suis monté ; la clef était effectivement sur la porte. Il était 23 heures 45. A peine entré dans la chambre, mon portable sonne : c'était mon fils qui voulait voir de mes nouvelles... Si j'avais reçu cet appel dans la rue déserte et froide, cela aurait pu inquiéter mon fils, alors que j'étais maintenant bien au chaud. J'ai failli pleurer de bonheur...

C'est pour ces histoires, ces rencontres que j'aime voyager sans destination ni préparation. Je vous remercie du temps que vous m'avez accordé et espère vous retrouver bientôt.

Avec mon amical souvenir,

Deuk Shin Koh

 

 

 

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