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André Comte-Sponville, L'amour La solitude, Entretiens avec Patrick Vighetti, Judith Broust et Charles Juliet, aux éditions Albin Michel, 2000, paru dans la collection Livre de Poche.

Table des matières :

Avant-propos - "De l'autre côté du désespoir", entretien avec Patrick Vighetti - "Violence et douceur", entretien avec Judith Brouste - "L'effort de vivre", entretien avec Charles Juliet - Présentation des coauteurs

André Comte-Sponville, né le  à Paris, ancien élèves de l'Ecole normale supérieure et agrégé de philosophie, André Comte-Sponville fut longtemps maître de conférences à la Sorbonne. Il se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture. Il a publié de nombreux ouvrages dont Petit traité des grandes vertus et de La sagesse des Modernes (en collaboration avec Luc Ferry), Le sexe ni la mort (Albin Michel, 2012) et Dictionnaire philosophique (PUF, 2001, 2013). Il est membre du Comité consultatif national d'éthique depuis mars 2008.

Patrick Vighetti

Patrick Vighetti, né en 1961, est professeur de philosophie à Lyon. Il a traduit en français (pour Jérôme Millon, les PUF et Le Seuil) plusieurs ouvrages du philosophe italien Paolo Rossi. Il a également publié aux éditions Paroles d'Aube en 1996 un livre d'entretiens avec François Dagognet, Cheminement. 

Judith Broust, écrivain, vit à Paris. Née en 1948, elle a publié Le Rire fou des chimères, aux éditions Les formes du  secret, en 1979. Puis La Clandestine, aux éditions Quai Voltaire, enfin L'état d'alerte et Le Vrai Mobile de l'amour, tous deux aux Editions du Seuil. Elle a écrit de nombreux textes dans la revue L'Infini et collabore à Art-Press.

Charles Juliet a publié une vingtaine d'ouvrages, dont un Journal en quatre tomes, des récits, L'année de l'éveil, L'inattendu, Lambeaux, Attente en automne et des recueils de poèmes, Affûts, Fouilles, Ce pays du silence, A voix basse, tous aux éditions POL.

"L'amour, la sexualité, le désespoir, la solitude, la sagesse... Pour André Comte-Sponville, proche en cela des dizaines de milliers de lecteurs qui ont plébiscité son œuvre, la philosophie n'a d'intérêt que si elle reste au contact de la vie vécue, de l'expérience quotidienne, qu'elle nous aide à éclairer et à approfondir. Dans ces entretiens avec une romancière, un poète et un jeune philosophe, il aborde en toute liberté les grands thèmes qui charpentent son œuvre, n'hésitant pas à dévoiler son parcours personnel pour montrer comment une existence peut être illuminée par la pensée des grands auteurs. Et c'est finalement une invitation à partir nous-mêmes à leur rencontre, de façon à la fois intime et libre, qui nous est faite dans ce petit livre, depuis longtemps devenu un best-seller."

Préface :

"Ce livre a été publié une première fois en 1992, aux éditions Paroles d'Aube, alors toutes jeunes et qui ne devaient vivre que quelques années. Il était devenu introuvable. C'est ce qui justifie cette nouvelle édition, revue et augmentée. Elle reste fidèle à l'ancienne ; mais la complète ou l'éclaire, sur un certain nombre de points, et constitue l'édition définitive.

Le volume prenait place, chez son premier éditeur, dans une collection tout entière consacrée à des entretiens : un écrivain - le plus souvent un poète - répondait aux questions de quelques uns de ses lecteurs ou amis.

Pourquoi ai-je accepté de participer à l'aventure ?

D'abord pas sympathie pour ceux qui s'y étaient lancés, qui me demandaient de les rejoindre. Ensuite par goût pour les entretiens, pour ce jeu, à la fois imprévisible et stimulant, des questions et des réponses. Enfin parce que c'était l'occasion d'écrire autrement et pour un autre public. L'dée de faire un livre qui ne fût plus tout à fait un livre de philosophie, mais plutôt le livre d'un philosophe, sur ce que la philosophie et la vie lui avaient appris, sur ce qu'il en avait retenu... Je souhaitais m'adresser au lecteur comme on s'adresse à un ami, sans précautions, sans élaboration secondaire, sans érudition, sans masque : juste quelques idées à l'état naissant, ou renaissant, juste quelques souvenirs, comme la trace d'un cheminement, entre confidence et réflexion, entre pensée et récit... "Je n'enseigne point, je raconte", disait Montaigne. C'est un exemple que je voulus suivre, mais de loin. Ce petit livre est le contraire d'un système ou d'un traité, sans être encore un essai. Ce sont des entretiens, ce que Montaigne aurait appelé des conférences ("Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c'est à mon gré la conférence."), autrement dit des conversations. Art mineur ? Sans doute, et c'est ce qui fait partie de son charme. La vérité, ici, importe plus que la beauté ; le plaisir, plus que le travail ; la vie, plus que l'oeuvre.
Comment procéder ? Le plus simple eût été de passer par la parole, d'enregistrer nos entretiens, de les transcrire, de les corriger...

Mais c'est un travail fastidieux et presque toujours décevant. J'ai pris le parti inverse : commencer par l'écriture, et essayer de retrouver par elle, en elle, quelque chose de la parole, de sa spontanéité, de sa fragilité, de sa légèreté, de sa liberté...

C'est à quoi mes interlocuteurs voulurent bien se plier. Leurs questions m'arrivaient par la poste ; j'y répondais par retour de courrier, écrivant le plus que je pouvais au fil de la plume, sans plan, sans préparation, sans vérifier mes références ni mes citations, presque sans retouches. L'improvisation faisait partie du jeu, d'autant plus imprévisible qu'il se pratiquait à plusieurs, comme j'aime à en lire, et je pris plaisir aussi, cette fois comme auteur, à m'y risquer.

Cela n'alla pas sans faute. C'est alors, citant de mémoire que j'attribuais à Pavese une idée que je n'ai jamais pu retrouver chez lui et qui venait vraisemblablement, je ne l'ai réalisé que plus tard, d'Adorno. J'avais lu les Minima moralia de celui-ci plusieurs années plus tôt, presque en même temps que le Journal de celui-là, et ces deux souvenirs avaient fini, avec le temps, par se mêler... Je profite bien sûr de la présente édition pour corriger cette erreur, comme pour préciser ou expliciter quelques idées qui me paraissent, à la relecture, devoir l'être. Mais je n'ai voulu ni tout réécrire ni même changer l'essentiel : ce livre me plaît - et sut plaire aux lecteurs - comme il est, fragile et imparfait. cette fragilité fait partie de la vie. Pourquoi n'aurait-elle pas sa place, aussi, dans les livres ?

Il me reste à remercier Judith Broust, Charles Juliet et Patrick Vighetti qui voulurent bien m'accompagner dans cette promenade. ce livre leur doit beaucoup, et plus qu'il n'y paraît. Sans eux, il eût été tout autre, ou plutôt il n'existerait pas." (André Comte-Sponville) 

Citations :

"De l'autre côté du désespoir", Entretien avec Patrick Vighetti :

"La philosophie est cette aube toujours recommencée de la pensée, qui ne cesse de se lever - lueur pâle de la raison ! - du fond de nos crépuscules." (p.16)

"N'importe qui peut faire des mathématiques à votre place." (p.18)

"Si un philosophe a le choix entre une vérité et un bonheur, et cela peut arriver, il n'est philosophe qu'autant qu'il choisit la vérité." (p.21)

"On ne philosophe pas pour passer le temps, ni pour faire joujou avec les concepts : on philosophe pour sauver sa peau et son âme." (p. 25)

"La place du philosophe est celle, exactement, de n'importe qui." (p. 26)

"L'amour n'est pas le contraire de la solitude : c'est la solitude partagée, habitée, illuminée - et assombrie parfois - par la solitude de l'autre." (p. 42)

"Ce que vous vivez avec votre meilleur ami, vous le vivez seul. Lui vit autre chose." (p. 47)

"Deux orgasmes, même simultanés, n'en sont pas moins deux." (p. 47)

La philosophie n'a d'importance qu'autant qu'elle se met au service de la vie : c'est la vie pensée en action et en vérité." (p. 75)

"Violence et douceur", Entretien avec Judith Brouste

"Toutes les occurrences les plus ordinaires de la vie sont vaines et futiles. Il n'y a que l'amour qui soit extraordinaire." (p. 87)

"La question n'est pas de savoir si la vie est belle ou tragique, dérisoire ou sublime (elle est l'un et l'autre, évidemment), mais si nous sommes capables de l'aimer telle qu'elle est, c'est-à-dire de l'aimer." (p. 87)

"La vie vraie n'est pas donnée. Elle arrive après qu'on s'est débarrassé de toutes les "pelures" de soi-même. On y accède après la traversée de zones d'ombre, après une ceraine mort de soi. Elle arrive après ce passage. La vie vraie est presque toujours une résurrection." (p. 88)

On m'a rapporté qu'un jour Malraux interrogea un vieux prêtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une vie de confesseur, quelle leçon il tirait de cette longue familiarité avec les âmes... Le vieux prêtre lui répondit : "Je vous dirai deux choses : la première, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes."

"L'effort de vivre", Entretien avec Charles Juliet

"Sartre écrit quelque part que La Nausée, face à un enfant qui meurt, ne fait pas le poids."

"J'ai essayé de penser au plus près de ma vie réelle, telle que je la percevais, et ce n'est pas par hasard que je suis parti de l'idée de désespoir." (p. 156)

"Je pourrais dire cela à la manière de Spinoza : ce n'est pas parce qu'une idée est joyeuse qu'elle est vraie, c'est au contraire parce qu'elle est vraie qu'elle peut être joyeuse. " (p. 156-157)

"Ce qui tue les gens, c'est le fait d'espérer. Lorsqu'on accepte que tout est désespéré, il est plus facile d'atteindre le bonheur." (p. 161)

"Vous me demandiez quelle action je souhaite exercer sur autrui. Eh bien voilà : je voudrais aider mes lecteurs à affronter la vérité plutôt qu'à la fuir, puis à la supporter, à l'accepter, à l'aimer peut-être..." (p. 163)

"Nous ignorons l'essentiel." (p. 178)

"Mais quelle curieuse idée ce serait que de renoncer à vivre sous prétexte qu'on ne vivra pas toujours !" (p. 183)

"Ce n'est pas un hasard si le mot suffisance, en français, désigne surtout un défaut ou un ridicule. Être suffisant, c'est être plein de soi-même (...) Tout l'opposé de la sagesse !" (p. 184)

 

 

 

 


 

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