Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du XIXe siècle.

Texte A -  Victor Hugo (1802-1885), « J'aime l'araignée », Les Contemplations, Livre III, « Les luttes et les rêves », XXVII (1856).

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
    Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
    Leur morne souhait ;

Parce qu'elles sont maudites, chétives,
    Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristes captives
    De leur guet-apens ;

Parce qu'elles sont prises dans leur œuvre ;
    O sort ! fatals nœuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
    L'araignée un gueux ;

Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
    Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
    De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
    Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
    Oh ! plaignez le mal !

Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
    Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
    De les écraser,

Pour peu qu'on leur jette un œil moins superbe1,
    Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
    Murmurent : Amour !

1. ici : méprisant.

Afficher l'image d'origine

Aide au commentaire de texte

 
L' oeuvre et l'auteur : Ce poème est extrait des Contemplations, recueil de poésie de Victor Hugo, composé de 158 poèmes rassemblés en six livres, publié en 1856. Hugo expérimente le genre de l'autobiographie versifiée.
 
De quoi est-il question ?
 
Victor Hugo réhabilite dans ce poème un animal (l'araignée) et un végétal (l'ortie) généralement méprisés.
 
Le plan du texte (retrouvez dans le texte les passages correspondants) :
 
Le poème est divisé en deux parties (retrouvez-les)
 
Le genre du texte :

Il s'agit d'un poème composé de 7 strophes de 4 vers (= 28 vers)  composé d'une alternance de décasyllabes ("J'aime l'araignée et j'aime l'ortie") et de pentasyllabes (5 syllabes) : "Parce qu'on les hait", aux rimes enchaînées (abab)

Les registres (à développer) :

  • Lyrique
  • pathétique
  • argumentatif

Les types de textes utilisés :

Discours au style direct. Le poète s'adresse au lecteur.

Les champs lexicaux :

L'amour, la haine, le châtiment, la captivité, la fatalité, la noirceur, la pitié, la tristesse, la compassion

Les figures de style lexicales et grammaticales :

paradoxes : "J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,/Parce qu'on les hait"

antithèses : "j'aime/on les hait", "exauce/châtie", "rien/tout"

anaphores : "parce que" (sept fois)

oxymores : "morne souhait"

énumérations : "maudites, chétives, noirs êtres rampants"

métaphores : "l'ortie est une couleuvre", "l'araignée un gueux

pléonasmes intentionnels : "sombre nuit"

apostrophes : "Passants, faites grâce à la plante obscure"

répétitions : "plaignez" (3 fois)

métonymies : "plaignez la piqûre" (pour plaigner les animaux et les plantes qui piquent)

animations (sorte de personnifications) : "La mauvaise bête et la mauvaise herbe/Murmurent : Amour !"

allégories : "Amour" - on peut considérer par ailleurs que l'araignée et l'ortie sont des allégories du mal.

Les temps et les modes et leur valeur d'aspect :

Présent d'énonciation : "j'aime"

Présent gnomique (de vérité générale) : "rien n'exauce... tout châtie/Leur morne souhait", "Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie", "Tout veut un baiser"

Impératif présent : "Passants, faites grâce...", "Plaignez",

Les types de phrases et la ponctuation :

Phrases déclaratives, impératives et exclamatives (ponctuation expressive)

Structure des phrases :

Deux propositions indépendantes coordonnées + 8 propositions subordonnées conjonctives, circonstancielles de cause

Trois propositions indépendantes juxtaposées

Une proposition principale + une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de concession ("pour peu qu'on")

Une proposition subordonnée conjonctive de concession

Une proposition principale

Modalisateurs (présence de l'énonciateur dans l'énoncé) :

"J'aime", "victimes", "au pauvre animal", "Oh !" (interjection), "Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie", "Tout veut un baiser", "pourvu qu'on oublie/ De les écraser, "un oeil moins superbe", "la mauvaise bête et la mauvaise herbe"

Les jeux sur les sonorités (allitérations et assonances).

"tristes captives", "l'ombre des abîmes", "abîmes/fuit"/victimes", "sombre nuit", "grace/plate", "Bête/herbe, "mauvaise/Murmurent"

Détermination d'une problématique :

A l'issu de ce travail préparatoire, vous devez être en mesure de dégager une problématique d'ensemble (sous forme de question), ainsi que des axes d'étude.

Problématique : Comment Victor Hugo prend-il le contrepied de l'opinion commune ?

Axes d'étude :

I. Une conception paradoxale : la défense de l'araignée et de l'ortie

II. Le refus du manichéisme

III. Une vision religieuse du monde

Afficher l'image d'origine

Un coup de pouce (extrait de la réponse à la question de corpus) :

Dans "J'aime l'araignée", extrait du recueil Les Contemplations, Victor Hugo, chef de fil du romantisme, prend le contrepied de l'opinion commune qui méprise les araignées et qui craint les orties.

Victor Hugo n'adopte pas un point de vue éthologique. Il ne dit pas qu'il aime les araignées et les orties parce qu'elles sont utiles, mais parce que la plupart des gens les haïssent ("parce qu'on les hait").

L'intérêt de Victor Hugo pour les araignées et les orties vient de sa compassion à l'égard de tous les êtres vivants. L'araignée et l'ortie sont des créatures d'un Dieu d'amour et, à ce titre, elles aspirent à aimer et à être aimées : "la mauvaise bête et la mauvaise herbe/Murmurent : Amour !"

La vision commune du monde repose sur des oppositions binaires : le bien et le mal, le beau et le laid, ce qui est aimable et ce qui est méprisable.

La provocation de Victor Hugo consiste à "déconstruire" cette vision manichéenne (ou pharisienne)  : tous les êtres vivants sont dignes d'être aimés, y compris les plus laids et les plus repoussants car la création tout entière aspire à la rédemption et à l'amour.

Et ce qui est vrai des animaux est également vrai des hommes, comme Quasimodo dans Notre-Dame de Paris : "N'attendons pas que l'autre soit meilleur pour l'aimer, pourrait dire Victor Hugo, car il attend d'être aimé pour être meilleur."

Hugo ne partage pas les préjugés de l'opinion commune qui attribue à certaines créatures comme les serpents, les corbeaux, les pies, les chats noirs, les boucs, les cochons, les araignées, etc. des pouvoirs maléfiques. Il n'y a pas d'animaux maléfiques, c'est l'homme qui projette sur certains animaux ses vices et ses passions mauvaises.

Cette "provocation" de Victor Hugo n'est pas nouvelle. On la trouve déjà dans la tradition chrétienne et orthodoxe, dans les Fioretti de saint François d'Assise apprivoisant le loup de Gubbio, dans la légende de saint Séraphim de Sarov dont on raconte qu'il fut nourri par un ours, saint Paul ermite et saint Benoit furent nourris, dit-on, par des corbeaux, etc. 

La légende rapporte même que des serpents, animaux maudits par excellence en tant que symboles du mal, cohabitaient pacifiquement dans leurs grottes avec les pères du désert.

Ces récits doivent être mis en relation avec le dogme du péché originel. Avant le péché originel, l'homme et la femme cohabitaient harmonieusement avec tous les animaux de la création. L'attitude des saints envers les animaux quels qu'ils soient, y compris les plus méprisés, illustre l'idée qu'avec la grâce du Christ rédempteur, l'homme est appelé à rétablir le monde dans l'état où il était avant la chute.

La croyance dans le rétablissement de toutes choses (y compris les damnés et les anges déchus) dans leur état d'origine, connue sous le nom "d'apocatastase" a été exposée (mais non défendue comme on le dit parfois) par Origène dans son Traité des Principes.

Afficher l'image d'origine

Origène (en grec ancien Ὠριγένης / Ôrigénês) est un théologien de la période patristique, né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 253. Il est l'un des Pères de l'Église.

Le terme apocatastase désigne la restauration finale de toutes choses en leur état d'origine.

Cette notion diversement envisagée dans des écrits apocalyptiques, platoniciens ou stoïciens de l'Antiquité, est surtout connue pour ses développements dans la théologie chrétienne où le terme se rapporte en premier lieu à des positions sur la restauration finale de toutes choses en Dieu développées à partir du Traité des principes d'Origène. Dix propositions issues de ce traité ont été condamnées en 542 par l'empereur Justinien, condamnation validée par Ménas, l'évêque de Constantinople et reprises par le deuxième concile de Constantinople en 553. Il était reproché à l'« apocatastase origénienne » d'annuler la liberté et la responsabilité des créatures, car suivant cette position, la restauration en Dieu de tout ce qu'il a créé dans son état de bonté originelle, état antérieur à tout péché et à tout mal, se fait indépendamment des dispositions et des actes de chacun. Contre cela, le Concile affirme : « Si quelqu'un dit que les Vertus célestes, tous les hommes, le diable, les Puissances du mal seront unis pareillement au Dieu Verbe et de la même manière que Christ, qu'il soit anathème. » En fait, Origène n'a pas lui-même soutenu les thèses condamnées mais il a exposé dans ses écrits des idées répandues dans la culture hellénistique de son temps, et en a discuté en rapport aux écritures chrétiennes. Néanmoins, ce sont les écrits d'Origène qui inspirèrent à Grégoire de Nysse, Évagre le Pontique et Didyme l’Aveugle, les positions semblables à celle jugées hétérodoxes depuis 542 et 553.

La réflexion théologique sur l'apocatastase a connu une nouvelle actualité au XVIe siècle avec les réformes protestantes où elle fut un point de désaccord entre luthériens et anabaptistes. Les positions des anabaptistes sur l'apocatastase furent ainsi condamnées en 1533 par l'article 17 de la Confession d'Augsbourg dont le principal rédacteur était le réformateur luthérien Philippe Mélanchthon. Malgré cela des positions condamnées en 1533 trouveront des échos chez nombre de théologiens protestants, en particulier chez Friedrich Schleiermacher, Albert Schweitzer et Karl Bath. Les théologiens catholiques, en particulier Henri de Lubac et Hans Urs von Balthasar, discuteront eux aussi de l'apocatastase.

Dans la théologie chrétienne, le terme apocatastase ne désigne pas uniquement des positions condamnées, mais il peut aussi servir à intituler des hypothèses ou conjectures théologiques (théologoumènes) sur les fins dernières et la restauration de toutes choses en Christ ou en Dieu. Parler d'apocatastase, c'est, dans un langage simple, se demander si « tout le monde ira au paradis », ou bien, selon la question posée par Hans Urs von Balthasar, celle de savoir si l'enfer est vide. Considérée comme un théologoumène, l'apocatastase est tenue pour relever d'un questionnement juste et pertinent mais auquel il est impossible d'apporter des réponses certaines et qui, à ce titre, ne relève pas du dogme ou de l'orthodoxie. Ce qui empêche le théologien chrétien de se prononcer sur l'apocatastase est que le questionnement dont relève cette notion porte sur le problème du salut, problème qui par ailleurs relève du jugement de Dieu. Pour un chrétien, il semble donc impossible d'y répondre sans se substituer à Dieu et à son jugement.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :