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Alexandre Vialatte, Chronique des choses grandes et magnifiques (morceaux choisis)
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Alexandre Vialatte, Chronique des choses grandes et magnifiques (morceaux choisis), Bibliothèque de l'humour, Editions Hors Collection, 2003

Alexandre Vialatte est né en 1901 en Haute-Vienne. Après des études d'allemand, il part au début de 1922, grâce à Jean Paullhan, en Allemagne, où il reste six ans. Il publie ses premières traductions dans La Revue rhénane, d'abord de Kafka - dont il est le véritable introducteur en France - puis de Goethe, Nietzsche et Thomas Mann. de 1934 à 1937, il poursuit sa double activité de traducteur et de journaliste à Paris, qu'il quitte pour aller enseigner à Alexandrie d'où il revient peu avant la guerre. Durant l'Occupation, il travaille à plusieurs romans, qui ne paraîtront que longtemps après sa mort : La Dame du job, La Maison du joueur de flûte. En 1950, il obtient en Suisse le prix Charles Veillon pour son ouvrage Les Fruits du Congo. Jusqu'à sa mort survenue en 1971 à Paris, Vialatte, sans renoncer à ses projets, privilégie le journalisme et s'y épanouit. Ses chroniques ont été rassemblées en différents volumes, parmi lesquels Dernières Nouvelles de l'Homme, La Porte de Bath-Rabbim. Et c'est ainsi qu'Allah est grand, L'éléphant est irréfutable ou encore Eloge du homard et autres insectes.

"Au contraire de l'huitre et de la moule, le cheval ne se mange que mort. Avant de le hacher, on le déferre (les fers émoussent le tranchant du hachoir). Après quoi on fait du saucisson pur porc."

"Le lion, assurait Baudelaire (ou alors Delacroix, ou alors Courteline), est plus fier que le chef de bureau. (mettons le sous-chef pour ne pas paraître exagérer.)"

"La barbe à papa, pour ceux qui ne le savent pas, est une espèce de coton hydrophile comestible, volumineux, inconsistant, une neige lyrique qui fournit aux enfants des hommes la nourriture la plus chimérique de la terre (à l'exception de la graine de pastèque)."

Cet ouvrage rassemble les moreaux choisis et les chroniques les plus drôles d'Alexandre Vialatte , écrivain "notoirement méconnu " selon ses dires, parues dans le journal "La Montagne".

Il y a deux sortes de lecteurs de Vialatte ; ceux qui l'adore et ceux qui ne le connaissent pas encore ". (source : babelio)

"Mgr Sahara (extrait)

Les portes de la Solitude sont des portes monumentales. Il y en a une à Ghardaïa, en plein désert". C'est une flèche ripolinée. Avec une inscription parfaite : "Ghardaïa à 3 km., Tombouctou 5000 km." Ca dit très bien ce que ça veut dire. On ne saurait mieux s'exprimer. Il y en a une autre à Font-d'Hurle (c'est un haut-plateau, dans le Vercors) ; elle est en bois, à claire-voie, longue, basse, encastrée dans rien. Il n'y a rien à droite, rien à gauche, pas un mur, pas un fil de fer, rien par devant, rien par derrière, si loin que s'étende la vue ; seulement cette inscription grandiose : "Prière aux visiteurs de refermer derrière eux." On ne saurait mieux dire à l'homme que, d'où qu'il vienne et où qu'il aille, il ne peut jamais ouvrir ou fermer que sur soi. Et ce qu'il y a de plus paradoxal, c'est que, précisément parce que c'est inutile (ou alors pourquoi ?... je ne sais pas), on se donne la peine de passer par la porte (Kafka en eût fait dix volumes), d'entrer dans un endroit où l'on se tient déjà !

On y trouve la Solitude. Le solitaire la personnifie. Le solitaire vit seul au sommet des montagnes, en présence de Dieu et de quelque coquille d'oeuf oubliée par le prédécesseur (car il est peu de solitudes inviolées où la main de l'homme n'ait déjà posé la culotte). Il connaît le nom des étoiles, il vit des restes du repas de midi et se retrouve en suivant les fleuves. Il mange dans une cuvette d'émail, qui lui sert à des tas d'autres choses, des nouilles mal cuites et du mouton qui sent le bouc. Son chien la nettoie d'un coup de langue. C'est un homme extraordinaire. Il mouille son doigt pour savoir d'où vient le vent." (20 décembre 1955)

 

 

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