SHPIL ES NOKH A MOL (Joue-le encore une fois), Musique juive d'Europe centrale, ARION, 1990
"Le coup de foudre,
l'amour passion existe encore !
Je l'ai rencontré.
Les "klezmorim", ces musiciens juifs itinérants d'Europe centrale étaient particulièrement appréciés dans toutes les fêtes jusqu'à l'époque de l'émigration aux Etats-Unis, au début du siècle.
Puisant aux sources des pays qu'ils traversaient, leurs mélodies avaient cette sonorité à la fois joyeuse et nostalgique des musiques slaves ou tsiganes qui nous ont tous fait rêver un jour.
Comment pouvais-je résister ?
Etant issu d'un horizon musical tout à fait différent, ma première rencontre avec la musique klezmer a été passionnée et j'ai aussitôt décidé de m'y plonger à coeur perdu...
... En concert, en compagnie de musiciens animés de la même passion que moi-même...
... Sur disque aujourd'hui.
C'est cette aventure que raconte cet album !
(Maurice le Gaulois)
"Les musiciens
Aux temps heureux où les frontières n'étaient pas hermétiquement fermées, des groupes de musiciens ambulants parcouraient l'Europe, de la Pologne à la Bulgarie, de l'Autriche à l'Ukraine, de ville en ville, de fête en fête, Tsiganes, klezmorim, dont les chemins se croisaient parfois, offraient aux populations, avec leur musique, un souffle de liberté, le joie de vivre et toute la nostalgie de ces contrées immenses.
La musique klezmer, que les musiciens juifs apportaient à leur peuple, évoquait cette image. Musique de fête, vivante, joyeuse, mais dans ces modes mineurs aux sonorités aussi étranges à nos oreilles "classiques" que leurs noms (ahava raba, adonoi molokh) dans les nomenclatures musicales.
Les klezmorim apparaissent fréquemment dans les légenbdes et traditions orales des pays d'Europe centrale ou orientale, indiquant par là même l'importance sociale qu'ils pouvaient avoir aussi bien dans les milieux juifs que non juifs. Et pourtant, leur vie de musicien était bien souvent précaire, les lois communales réglementant de manière souvent arbitraire le nombre de klezmorim pouvant jouer à telle ou telle occasion, les lieux où ils avaient le droit de se produire, quand ce n'était pas l'interdiction pure et simple. Ajoutez à cela les règles religieuses internes qui interdisaeint de faire de la musique en dehors de certaines occasions bien précises...
Malgré tout, ces dures conditions n'avaient pas empêché la musique klezmer d'être toujours vivace à l'aube des grandes migrations de musiciens du début du siècle vers les USA, et même d'avoir produit des musiciens d'une grande renommée auprès de leur public.
La musique
Depuis l'époque médiévale (où l'on trouve déjà des références à la musique klezmer) jusqu'au XIXème siècle, l'évolution de la musique fut influencée par de nombreux facteurs :
- Soit internes, dans l'évolution socio-culturelle, parfois divergente, des différentes communautés juives qui subissent l'influence plus ou moins déterminante des mouvements tels que la "Haskalah" qui encourage l'intégration des juifs dans le milieu dans lequel ils vivent et, par conséquent, un certain abandon des musiques traditionnelles, ou encore le "Hassidisme" qui permet d'exprimer sa piété à travers la musique ou la danse;
- Soit externes, dans la nécessité de jouer, dans les milieux non-juifs, la musique locale, ce qui explique les diverses influences perceptibles dans la musique klezmer (russes, roumaines, bulgares, ukrainiennes, polonaises, etc.), ou encore dans les contacts avec des musiciens non-juifs, un des plus fructueux provenant des rencontres entre ces minorités ethniques qu'étaient les juifs et les tsiganes.
Dans toutes les sociétés, les grandes retrouvailles que sont les événements familiaux (mariages, baptêmes, communions, etc.) sont l'occasion de resserrer les liens du groupe. cela s'exprime bien sûr, aussi, à travers la musique et la danse et c'est pourquoi les meilleures pages musicales, celles qui sont l'expression la plus forte de la sensibilité juive, se retrouvent dans le répertoire spécifique qui accompagne traditionnellement chacune des étapes de ces événements."
Les instruments :
L'émigration vers les USA a accéléré le processus de renouvellement des instruments de musique, qui avait commencé avec l'introduction de la clarinette au cours du XIXème siècle, en tant que soliste. Pourtant, le leader incontesté pendant des siècles avait bel et bien été le violon, généralement associé aux instruments de la famille des cordes (alto, violoncelle), ou, parfois aux flûtes, aubaraban (tambour) et surtout au cymbalum.
Mais l'introduction de nouveaux instruments de musique (clarinettes, saxophones) sur le marché, l'enrôlement des juifs dans les différentes armées européennes où ils vont découvrir, en même temps que les charmes (?) des fanfares militaires, les instruments de celles-ci (trompettes, tubas), et enfin la confrontation avec le folklore américain (banjo) lors de l'émigration, ont modifié sensiblement le visage de l'orchestre klezmer jusque vers les années 1920.
La tendance actuelle, néanmoins, dans le phénomène de renouveau de la musique klezmer, semble revenir à des formules plus traditionnelles."
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