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"La piété de Bach apaise la douleur que nous inflige notre impiété."

"Un dimanche après-midi de décembre, j'écoutais l'oratorio de Noël de Bach, à l'église Hedvig Eleonora. La neige était tombée toute la journée, silencieuse ; pas un souffle de vent. Le soleil faisait maintenant son apparition.

J'étais assis sous la voûte, dans la tribune de gauche. La lumière du soleil, dorée et mouvante, reflétée par la file des fenêtres du presbytère, de l'autre côté de la rue, traçait figures et dessins sur les intrados. La lumière du jour traversait directement la coupole, en lames acérées. Pendant quelques instants, le vitrail à côté de l'autel flamba, puis après une explosion muette rouge sombre, bleu et mordoré, il s'éteignit. Le choral avançait, confiant, dans l'espace de plus en plus sombre : la piété de Bach apaise la douleur que nous inflige notre impiété. Le dessin tremblotant et inquiet, que la lumière déplace sur le mur, se hausse, s'amenuise, perd de sa force et lui aussi s'éteint. Les trompettes lancent des cris de jubilation en ré majeur qui s'élèvent vers le Sauveur. Un doux crépuscule gris-bleu remplit l'église d'une paix soudaine, intemporelle.

Le froid est bien là, les réverbères ne sont pas encore allumés, la neige craque sous les pas, l'haleine monte en fumée. S'il fait déjà aussi froid au moment de l'Avent, quel hiver allons-nous avoir ? Il sera lourd à porter. Les chorals de Bach flottent encore dans ma conscience comme des voiles aux couleurs somptueuses, ils passent et repassent les seuils des portes ouvertes, joie."

(Ingmar Bergman, Laterna Magica, NRF Gallimard, 1987, p.323)

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