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SHPIL ES NOKH A MOL (Joue-le encore une fois), Orchestre Klezmer, Musique juive, tzigane, slave...Arion, 1992

"1990/1992. Deux ans déjà !

L'orchestre que nous appelons désormais SHPIL, par paresse et par commodité, continue sa vie et son évolution : rencontre avec Henri qui nous offre la chaleur de sa voix, tout d'abord, puis avec Luc qui apporte au groupe, avec ses percussions, des sonorités nouvelles.

Et puis mise en forme des concerts par une présentation construite. C'est celle-ci que vous trouverez dans ce livret car pourquoi ne pas présenter les morceaux du disque comme au concert ?

Et puis... Mais à quoi bon parler ?

Ecoutez la musique, faites-vous bercer par elle, laissez agir la magie, ne pensez plus à rien...

On est si bien comme ça.

(Maurice Le Gaulois)

"Nous sommes quelque part entre la Lituanie et la Roumanie, entre la Yougoslavie et l'Ukraine, sur la trace de ces musiciens légendaires qu'on appelait les "Klezmorim" et qui parcouraient cette moitié d'Europe, il y a un siècle. Une époque qui nous est de plus en plus familière. Car on retrouve aujourd'hui les mêmes bruits de bottes, les mêmes bannières agitées frénétiquement, les mêmes peuples fièrement barricadés dans leurs territoires.

Pourtant, quelque chose manque au tableau. A l'époque, il y avait aussi d'étranges peuples sans territoires et qui vivaient sur celui des autres : des nomades comme le peuple tzigane, ou des sédentaires comme le peuple juif. Les klezmorim étaient juifs, même si leur musique a fini par résumer toutes les musiques des pays qu'ils sillonnaient, ce qui explique que l'origine de ces dernières soit si souvent difficile à identifier.

Dans ces pays, il ne reste presque plus de Juifs. Et cette musique se réfugie de plus en plus souvent dans des cabarets typiques ou des musiciens en costumes syldaves jouent plusieurs fois de suite "Have naguila" ou "les yeux noirs" à la demande du touriste.

Cet univers si riche de la musique klezmer, nous ne voulons pas qu'il se perde. Car la musique est l'âme des peuples. tant qu'elle sera jouée, ces peuples ne mourront jamais tout à fait.

La langue des chansons 6,8,11,13,16 c'est celle des Juifs d'Europe centrale, le yiddish, sorte de vieil allemand venu à pied du fond du Moyen-Âge, frotté d'hébreu et de toutes les langues slaves des peuples rencontrés.

On se demandera : "Pourquoi chanter encore en yiddish ? Cette langue n'est-elle pas en train de disparaître ? Qui donc encore la comprend ? Quand on lui posait la question, le grand romancier Isaac Bashevis Singer, qui écrivait en yiddish, répondait ceci : "Je crois en la résurrection des morts. Un jour, ils reviendront sur terre et leur première question sera : "Est-ce qu'il y a un nouveau livre en yiddish qui vient de paraître et que nous pouvons lire ?" C'est vrai, on parle de moins en moins cette langue. Mais nous sommes encore nombreux à pouvoir dire, selon le mot du grand musicien klezmer Sigmund Freud, que notre inconscient parle encore très bien le yiddish.

Le yiddish était la langue maternelle de mes parents, Juifs originaires de Pologne et qui le parlaient entre eux. Pour moi, me réapproprier le yiddish, hors de toute démarche rationnelle, ce fut d'abord retrouver une musique des mots, un son et cette volupté dans la bouche et dans l'oreille qui réveillent des sensations oubliées de la petite enfance. Ce qui explique que ma prononciation ne coïncide pas toujours avec la retranscription conventionnelle. Comme c'est souvent le cas avec d'autres langues, il existe un yiddish savant (le "litvak" ou lituanien) et des yiddish populaires. Entre toutes les modalités de yiddish, j'ai opté pour la prononciation de ma mère (le "Polish", yiddish populaire de Pologne) qui, comme sa cuisine, est la plus savoureuse."

 

 

 

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