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Marcel Mauss, Histoire de la notion de personne - Le blog de Robin Guilloux
L'auteur : Marcel Mauss, né le 10 mai 1872 à Épinal et mort le 11 février 1950 (à 77 ans) à Paris, est généralement considéré comme le " père de l'anthropologie française ". L'oeuvre : ...
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La personne n'est pas une catégorie innée, elle est un produit de l'histoire. Ce n'est pas parce que nous trouvons cette notion au fond de notre conscience qu'elle a toujours existé.
"Innée" s'oppose à "acquise". La notion de personne, comme toutes les catégories morales n'a pas toujours existé, elle est née et a grandi au cours des âges et à travers de nombreuses vicissitudes.
Marcel Mauss, le fondateur de l'anthropologie va retracer les avatars de cette notion à travers l'histoire. Mauss explique que la notion de personne est née avec le droit romain.
Les premières 250 années de l'ère actuelle sont la période durant laquelle le droit romain et la science juridique atteignent le plus haut degré de "perfection". Le juriste Gaius (autour de 160) systématisa le droit privé à travers la division en personae (les personnes), res (les biens) et actiones (les actions juridiques). L'influence déterminante de cette systématisation perdure jusqu'à aujourd'hui.
Le concept de justice et de droit a évolué au cours des siècles. Dans le code d’Hammourabi (environ 2000 ans av. Jésus-Christ), le dommage infligé à la victime et la peine infligée au coupable doit être équivalente : « Un architecte a mal construit une maison. Si c’est l’enfant du maître de la maison qui a été tué, on tuera l’enfant de l’architecte.
Aussi étrange (et révoltant) que cela nous paraisse, la notion de responsabilité individuelle qui nous paraît évidente aujourd'hui, n'était pas encore clairement établie.
Le droit romain est considéré comme l'un des premiers systèmes juridiques de l'histoire. Il n'est pas dégagé de la coutume : le droit civil des Romains étant à la fois non écrit, coutumier et écrit. Il n'est pas non plus dégagé de la religion : la jurisprudence étant, par définition, la connaissance des réalités divines et humaines.
Le droit n'a pas toujours existé, pas plus que la notion de personne. Les racines anciennes du droit romain proviennent directement de la religion étrusque, qui met l'accent sur la stricte observance des rites.
Selon Marcel Mauss, les Hindous et les Chinois ont ignoré la notion de personne, alors que le droit romain l'a partiellement établie. La Russie et les pays de l'Europe de l'Est, longtemps sous l'influence de l'Empire byzantin ne sont pas significativement sous l'influence du droit romain, le droit byzantin s'en étant éloigné.
Le mot "personne" vient du mot latin "persona" qui renvoie au masque que le comédien ou le tragédien pose sur son visage pour signifier le rôle qu'il est censé jouer.
Le masque du tragédien ou du comédien ne renvoient pas à l'acteur, mais au rôle qu'il joue et que signifie le masque qu'il porte. Il y a donc une contradiction apparente entre la sincérité qui caractérise pour nous la personne véritable et la figure d'emprunt que désigne le masque.
Autrement dit, la "vraie" personne, la personne authentique, véritable ne réside pas dans le masque qu'elle porte, mais dans ce qu'elle est, dans son essence et non dans son apparence.
"La personne est plus qu'un fait d'organisation, plus qu'un nom ou un droit à un personnage et un masque rituel, elle est un fait fondamental du droit", son support.
Selon Marcel Mauss, ce sont les chrétiens qui ont fait de la notion de personne morale une entité métaphysique après en avoir senti la force religieuse.
Dans un passage étonnant d'Idéologies et appareils idéologiques d'Etat, Louis Althusser explique que les notions d'individu et de personne apparaissent avec le judaïsme et ont été confirmées par le christianisme : "Il apparaît alors que l'interpellation des individus en sujets suppose l'"existence" d'un Autre Sujet, Unique et central, au Nom duquel l'idéologie religieuse (dans le vocabulaire marxiste d'Althusser = le monothéisme) interpelle tous les individus en sujets.
Tout cela est écrit en clair dans ce qui s'appelle justement l'Ecriture. "En ce temps-là, le Seigneur Dieu (Yaweh) parla à Moïse dans la nuée. Et le seigneur appela Moïse : "Moïse !" "C'est (bien) moi ! , dit Moïse, je suis Moïse, ton serviteur, parle et je t'écouterai :" Et le Seigneur parla à Moïse, et lui dit : Je suis Celui qui suis."
La notion de personne s'est progressivement enrichie au cours de l'histoire : catégorie juridique, entité métaphysique et enfin il y a moins d'un siècle et demi, une donnée psychologique, en tant que catégorie du moi, connaissance de soi, conscience psychologique.
Cette dernière étape de la constitution de la personne s'est édifiée au cours du long travail de l'Eglise, des églises, des théologiens, des philosophes scolastique, des philosophes de la Renaissance, de la Réforme protestante.
Dans cette lente constitution de la notion de personne, on peut citer deux jalons : les Confessions de Saint-Augustin et les Essais de Montaigne.
Les questions concernant la nature de l'âme humaine ont précédé la psychologie proprement dite et ont fondé les sciences de l'esprit.
Étymologiquement, psychologie signifie science de l'âme. Cette science a connu ses prémices au XVIe siècle, son développement au XIXe et son plein essor au XXe. Son objet est l'étude du comportement humain sous tous ses aspects psychiques, normaux ou pathologiques.
Mais c'est la question de savoir si l'âme existe, quelle est sa nature, si elle est mortelle ou immortel, composé d'atomes corporels divisible ou insécable, libre ou soumis au déterminisme, prédestinée, selon la doctrine de Calvin et non a posé les bases de la psychologie. Ces interrogations anxieuses ont perduré de façon quasiment inchangés pendant des siècles, du IVème siècle de notre ère jusqu'au XVIIIème siècle.
La pensée de Descartes a marqué une étape fondamentale en assimilant la personne à la conscience. "Je pense donc je suis" signifie que je suis une conscience, une "chose qui pense" et que mon corps est une chose étendue. La distinction de l'étendue et de la pensée, le dualisme cartésien a profondément marqué la réflexion philosophique.
En affirmant le primat de la pensée, le cartésianisme ne considère qu'une partie de la conscience et laisse de côté tout ce qui est lié au corps : l'imagination, la sensibilité, les émotions, les passions que Descartes étudiera dans un livre à part, le Traité des Passions.
La Réforme protestante qui, selon Marcel Mauss, a eu une influence décisive sur la formation de la pensée politique et philosophique en posant le problème de la liberté : l'homme est-il libre ou prédestiné ? Peut-il communiquer directement avec Dieu, en se passant d'intermédiaires, y a-t-il comme l'affirme Jean-Jacques Rousseau dans la Profession de foi du vicaire savoyard, un "Dieu intérieur" ?
En écoutant son cœur, le vicaire retrouve la source de la véritable morale et de la véritable religion. Contre le dogme catholique, et contre la raison pure, le sentiment, l'introspection, l'écoute de soi fondent une religion naturelle, proche du théisme, et instrument de la vraie morale.
Si l'on analyse rétrospectivement la notion de personne, on peut suivre les différentes étapes de sa formation et comment on est passé de la notion de personnage à la notion de personne.
Louis Lavelle, dans Les Puissances du moi, se demande comment s'est opérée cette transformation de sens de la notion de "persona", porteur de masque à la notion de "personne" qui suppose l'authenticité, la sincérité de la personne authentique.
Il explique que le masque tragique (ou comique) abolit les traits individuels de l'acteur pour fixer l'attention du public sur un être invisible qui n'est pas l'acteur, que l'acteur ne fait qu'incarner et sur sa destinée, par exemple Œdipe.
Le masque de théâtre dissimule l'accidentel, les traits du comédien ou du tragédien censé interpréter un rôle pour souligner la réalité du personnage dramatique, tragique ou comique qu'il est censé incarner.
Le masque de théâtre ne dissimule les traits de l'interprète, son apparence que pour mieux témoigner de l'essentiel.
Du personnage à la personne, à un nom, à un individu, on est passé à un être sacré, d'une valeur métaphysique et morale inaliénable et d'un l'être sacré à une réalité psychologique, à une forme fondamentale de la pensée et de l'action.
Marcel Mauss achève sa méditation sur l'histoire de la notion de personne en estimant que cette notion n'est pas achevée, qu'elle est appelée à évoluer avec les progrès des "sciences humaines", de la psychologie et de la sociologie.
Il explique que la catégorie morale de la personne est relative à la pensée occidentale, qu'elle peut ne pas être éternellement fondée et reconnue. Sa force morale - le caractère sacré de la personne humaine - est mise en question dans de nombreuses parties du monde et même dans des pays où ce principe a été trouvé.
Les tragédies de l'histoire du XXème siècle et du début du siècle suivant, la négation de la personne au profit d'un Etat totalitaire de type athée, néopaïen ou théocratique prouvent que la personne et les droits qui lui sont attachés n'est pas une réalité acquise, mais un combat à mener.
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