
Qui a tué l'éminent professeur d'histoire Yitzhak Litvak, de l'université de Tel Aviv ?
C'est la question à laquelle tente de répondre le commissaire Émile Morkus, un des rares hauts gradés arabes de la police israélienne.
Mais quelle piste suivre ? Célibataire sans enfant, Litvak semblait vivre seul, surtout préoccupé de l'avancée de ses travaux. Celle d'une mauvaise rencontre ? D'un étudiant voulant se venger d'un échec quelconque ?
Ou celle d'un règlement de comptes entre ces universitaires qui, comme dans toutes les facultés du monde, se détestent cordialement ?
L'affaire prend une autre tournure quand le frère jumeau de Litvak est à son tour assassiné, et que certains services israéliens travaillent ostensiblement à étouffer l'affaire.
Shlomo Sand, lui-même professeur (émérite) d'histoire à l'université de Tel Aviv, nous régale dans ce premier roman policier à mettre en scène les débats qui déchirent la culture politique israélienne, la paranoïa et l'incapacité des services de sécurité et, surtout, la force aveugle d'un récit biblique sur les origines de l'État hébreu auquel il est dangereux de toucher. (source : babelio)
Shlomo Sand est un historien israélien spécialisé dans l'histoire contemporaine.
Il a passé ses deux premières années de vie en camps de réfugiés juifs polonais, en Allemagne. Il a grandi en Israël où ses parents ont émigré.
Après l'expérience traumatisante de la guerre des Six Jours (1967) à laquelle il a participé comme simple soldat, il a milité dans l'extrême gauche israélienne favorable à un État binational judéo-palestinien.
Retourné en Israël, il s'est intéressé à l'histoire du cinéma, à l'histoire des intellectuels et, plus récemment, à l'histoire du peuple juif. Sur ce dernier thème, il a notamment publié, en 2008, Comment le peuple juif fut inventé (Prix Aujourd'hui 2009) qui est un ouvrage principalement historiographique, et qui propose aussi une critique de la politique identitaire de son pays.
En 2019, il publie La mort du Khazar rouge qui est un polar construit autour du thème de la fiction justifiant l'établissement des juifs européens ainsi que ceux venus d'autres horizons en Israël.
En 2025, Deux peuples pour un État ? Relire l'histoire du sionisme continue d'explorer la catastrophe de la dualité Israël/Palestine.
Il est professeur à l'Université de Tel Aviv depuis 1985.
Extraits :
"Dès la première lecture, rapide, elle avait compris la double thèse audacieuse qui avait guidé son ancien professeur. la fameuse phrase par laquelle s'ouvre solennellement la charte d'indépendance de l'Etat d'Israël, "Exilé de Terre sainte, le peuple juif lui demeura fidèle tout au long de la Dispersion...", était une proclamation historique mensongère, qui s'appuyait sur une ancien mythe chrétien hostile, destiné à justifier les besoins d'une politique nationale moderne. Bien qu'il ait été sioniste, et qu'il ait considéré l'Etat d'Israël comme lieu de refuge légitime des Juifs persécutés du fait de leur origine ou de leur foi, Litvak amorçait ses écrits en proposant de considérer l'histoire du lieu, tout comme l'histoire juive, tout à fait différemment de ses anciens collègues..." (p.203)
"Dans les années quatre-vingt, des archéologues de Tel-Aviv, dont un proche ami de Litvak, se fondant sur de nouveaux éléments, avaient déjà conclu que tout comme il n'y avait jamais eu "d'Exode d'Israël hors d'Egypte", les habitant païens de Canaan n'avaient pas été exterminés par d'imaginaires tribus d'Israël, ainsi qu'il est rapporté dans la Bible..." (ibidem)
"L'orientaliste non-conformiste était parfaitement au fait que son approche historique, considéré comme hérétique, serait récusée par l'institution universitaire qui préférait que le sujet ne soit jamais abordé. Nombre de chercheurs savaient qu'il n'y a jamais eu de bannissement, mais jugeaient préférable de ne pas s'affronter à la mémoire nationale officielle. Connaissant parfaitement la mentalité de ses collègues, il ne se faisait aucune illusion, mais il détestait ce mutisme de poltrons. Les semi-mensonges transformés en lieux communs par une grande partie du monde universitaire lui était insupportables..." (p.204)
"On ne trouve pas de travaux de recherche faisant état d'une émigration de masse à partir de la Judée, pour la bonne raison qu'il n'existe aucun témoignage ni aucune trace de mouvement ou de vague de réfugiés à cette époque..." (p.204)
"Ce n'était d'ailleurs, pas le seul problème de la jeune historienne face à la lourdeur du legs qui lui était échu. Si elle avait pu faire preuve de naïveté, voire d'aveuglement, dans les relations humaines, elle était loin d'être candide sur les plans théorique et politique. Elle était pleinement consciente que les matériaux historiographique de Litvak constituaient une brèche significative dans le mythe national, fondé sur un récit totalement imaginaire selon lequel un peuple prétendument déraciné de sa patrie par le force, était revenu deux mille ans après..." (p.206)
"J'espère, moi aussi, que mes thèses ne feront de mal à personne. Ce n'est pas du tout mon intention. Et en même temps, quand je croyais, il y a quelque années, que je faisais partie d'un peuple exilé de sa patrie dans l'Antiquité, je n'ai pas pensé que cela m'octroyait le droit de prendre possession de cette terre deux mille ans après. Il est ridicule d'essayer d'organiser le monde selon ce qu'il était au début de l'ère chrétienne. Sachant aujourd'hui que les Juifs n'ont jamais été exilé de Judée par les Romains, et que la majorité de la population autochtone ne s'est pas fondamentalement modifiée, je ne pense pas, en tant qu'historienne, être autorisée à mentir délibérément, ou me taire sous l'effet de la peur.
- Alors, que proposes-tu ? Que nous partions tous d'ici ? demanda théâtralement Ben Basat ?
- Non, répondit Shapira. Nous sommes ici comme les descendants des colons sur le continent américain, ou en Australie, et toute tentative de nous déraciner n'est pas réaliste et risquerait d'engendrer de nouvelles tragédies. J'ai toujours dit à mes amis palestiniens, à l'étranger, qu'un enfant né d'un viol a bien le droit de vivre, et que cela vaut aussi de la création de l'Etat d'Israël. En même temps, il nous faut reconnaître le fait que nous sommes arrivés et nous nous sommes installés non par la force du droit, mais grâce à la force pure. Les croisés non plus n'avaient pas le moindre droit sur leur terre sainte. Une relation d'ordre religieux avec un lieu saint ne confère, en aucun cas, un droit de propriété sur lui. Nous devons autant que possible réparer les injustices, payer des dédommagements, et surtout apprendre à partager ce lieu. Selon moi, une des raisons pour lesquelles le camp israélien s'avère impuissant à faire progresser son agenda réside précisément dans la croyance enracinée que ce pays était notre patrie d'origine. Celui qui comprend, ne serait-ce qu'un peu, le phénomène national, sait bien que l'on ne renonce jamais de son plein gré à la terre de la patrie, fût-elle réelle ou imaginaire..." (p. 256 et suiv.)
"Sans le moindre préambule, Yaari lui demanda, jusqu'à quel point il considérait les Khazars comme les ancêtres des Ashkénazes. Litvak lui répondit que les Khazars ne l'intéressaient pas vraiment, ce qui le passionnait beaucoup plus, était de clarifier comment toute nation moderne commence par s'inventer un passé imaginaire. Par exemple, quand le régime du Baath irakien s'était présenté comme l'héritier historique d'Hammourabi, roi de Babylone, cette filiation stupide avait beaucoup amusé les érudits israéliens. Et pourtant, lorsqu'un érudit arabe émettait des doutes sur le fait qu'Abraham soit le père de la nation juive, il était immédiatement qualifié d'anti-israélien..." (p. 360)
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