Alex-Ceslas Rzewuski, o.p., A travers l'invisible cristal, Confessions d'un dominicain, préfacé par Gaston Palewski de l'Institut et le Père R.L. Bruckberger, Librairie PLON, 1976
"Dîner et bal au palais d'Hiver en 1913, à l'occasion du troisième centenaire des Romanov. Des élèves du lycée impérial sont là, et parmi eux un long garçon de vongt ans descendant d'une des plus grandes familles polonaises, Alexsander-Ceslas Rzewuski.
Et puis c'est la guerre. Le jeune Rzewuski dirige à vingt-deux ans le train sanitaire de la grande-duchesse Wladimir, ce qui lui vaut de porter un superbe uniforme de fantaisie avec, à la poignée du sabre, une étonnante dragonne...
Il voit aussi Youssoupov qui lui raconte son audience chez le tsar au lendemain de la mort de Raspoutine et l'irruption de la tsarine délirante, hors d'elle-même : "Un meurtrier, un horrible meurtrier !"
Vient l'exil à Rome puis à Paris. Alex-Ceslas Rzewuski y fait carrière grâce à ses dons artistiques, et ses pointes sèches l'imposent bientôt comme un des artistes en vue. Il rencontre alors, à Paris comme à Londres, tout ce qui compte dans le monde des années folles, Misia Sert ou Jean Cocteau.
Mais un sentiment de lassitude et de dégoût s'empare insidieusement de lui. Jacques Maritain et Mgr. Ghika lui font entrevoir une nouvelle approche, un grandiose abaissement dans une seconde rencontre avec ce Dieu qui s'est déjà manifesté à lui à Trébizonde, dix ans plus tôt.
C'est l'entrée chez les dominicains au couvent de Saint-Maximin et quarante-trois années de vie sacerdotale, que ce soit comme ermite à la Sainte-Baume, comme directeur de l'Albertinum à Fribourg, comme maître des novices à Toulouse, comme envoyé du Saint-Siège en Amérique du Sud. Alex Ceslas Rzewuski assiste enfin à une des plus importantes sessions de Vatican II.
Depuis quelques années, bien des écrivains ont célébré leur rencontre soudaine avec Dieu et crié leur message à un monde qui semble avoir perdu la notion du divin. Aucun n'est plus émouvant que ce simple récit qui nous conduit des fastes d'un monde englouti à la cellule des moines, à travers une destinée humaine d'une singulière grandeur."
Alex-Ceslas Rzewuski appartenait à la famille Rzewuski, maison qui donna plusieurs grands-hetmans à la Pologne.
Pendant la Première Guerre mondiale, il était chef du train sanitaire de la grande-duchesse Wladimir de Russie et ensuite put fuir le régime bolchévique. Il arriva ruiné à Paris.
Proche du prince Félix Youssoupoff, de Winnaretta de Polignac, de Dolly
Radziwill, de Jean Cocteau, de Misia Sert ou de Gaston Palewski, il fit rapidement carrière comme caricaturiste en dessinant des portraits satiriques de ses amis. Ses œuvres parurent dans
la presse française et britannique : La Vie parisienne, l'Illustrated London News ou Sketch, entre 1920 et 1926. À cette date, il choisit d'entrer dans les ordres,
chez les dominicains de Saint-Maximin.
Il resta très proche des milieux littéraires et artistiques de son époque, tout en exerçant son ministère à la Sainte-Baume, à Fribourg et à Toulouse. Le père Rzewuski faisait également partie de l'entourage des Maritain.
En 1946, il joua un rôle important dans la vie religieuse de Jean Bourgoint.
Publications :
À travers l'invisible cristal (Mémoires), Plon, 1976
L'Instant, Plon, 1981
La Double Tragédie de Misia Sert, préface de Jean Chalon, Cerf, 2006
Alexsander-Ceslas Rzewuski, L'offrande à la reine (aquarelle)
"Cette œuvre étonnante est révélatrice de l’originalité du travail de Rzewuski : un style propre, des couleurs à l’harmonie recherchée, et surtout une grande finesse du dessin, une perfection du détail."
Doté d’un réel talent de dessinateur, il commence alors, vers 1920, une carrière d’illustrateur et de portraitiste mondain pour la presse parisienne, notamment pour les magazines Fémina et La Vie Parisienne. Immergé dans le monde social et artistique du Paris des années 1920, il côtoie des personnalités mondaines telles que Misia Sert - égérie et muse de nombreux artistes -, Winnaretta de Polignac, héritière des machines à coudre Singer ; mais aussi la princesse Dolly Radziwill, personnage incontournable de la vie mondaine de l'entre-deux-guerres, ou encore Jean Cocteau.
Installé rue Théophile Gautier, Rzewuski réalise de nombreux portraits à la pointe sèche et connaît un succès rapide. La galerie Georges Petit lui consacre d’ailleurs une exposition en Juin 1922, qui lui vaudra de nombreuses commandes.
Cette ascension artistique est en revanche stoppée en 1926, lorsqu’il choisit d'entrer dans les ordres, chez les Dominicains, au couvent de Saint-Maximin. De confession orthodoxe, il se convertit au catholicisme et est ordonné prêtre en 1932. Ainsi, sa période de production artistique est extrêmement brève : elle durera six ans. Les œuvres de Rzewuski sont rares sur le marché, la plupart d’entre elles étant toujours en mains privées.
Nous pouvons remarquer dans certaines de ses œuvres une influence du peintre et dessinateur Paul Helleu (1859-1927), avec peut-être une plus grande finesse du travail.
Claire Bartoli, étudiante à l'EAC.
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