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Alexandre Koyré, Etudes d'histoire de la pensée scientifique, PUF, 1966 et NRF Gallimard, 1973

 

" En parallèle aux Etudes d'histoire de la pensée philosophique (Gallimard, 1971), voici des Etudes d'histoire de la pensée scientifique : elles complètent les Etudes galiléennes (1940), La Révolution astronomique, Copernic, Kepler, Borelli (1961), Du monde clos à l'univers infini (1952, trad. 1962), Les Etudes newtoniennes (Harvard, 1965 - Gallimard, 1968).

 

Cette histoire s'étend du Moyen-Âge à Pascal. On connaît la méthode méticuleuse d'Alexandre Koyré : le retour aux textes mêmes. Des textes qui nous dépaysent parce qu'ils ont été écrits dans une langue scintifique morte, par une pensée qui n'est plus, ou qui ne semble plus,  être la nôtre. Alors, à quoi bon ? A rien, pour le simple technicien de la science : il n'a pas à s'occuper d'histoire.

 

Mais, du même coup, il ne s'occupe plus de l'homme, car l'Histoire est humaine ; il ne sait même plus ce qu'il fait, ses buts ayant perdu leurs fins ; il manque du recul qui permet, seul, de comprendre en quoi nous pouvons être, momentanément, "modernes" ; il ne peut que traduire ce "momentanément" que par "relativement".

 

Alexandre Koyré a toujours cru que la science consistait dans la recherche de la vérité, la théorie : "Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, on peut édifier des temples et des palais, et même des cathédrales, creuser des canaux et bâtir des ponts, développer la métallurgie et la céramique, sans posséder de savoir scientifique - ou en n'en possédant que les rudiments." La science n'est pas nécessaire : n'exagérons pas son rôle historique.

 

On voit quel intérêt celui qui n'est pas un simple technicien rentable trouve en l'histoire de la science : situer son modernisme à travers les révolutions qui ont secoué et secouent le monde scientifique ; le situer dans l'unité de la pensée humaine. Ces Etudes d'histoire de la pensée scientifique sont donc, des Etudes d'Histoire de la pensée philosophique.

 

"Les articles et essais réunis dans ce volume illustrent divers aspects d'une question d'un intérêt fondamental à l'étude de laquelle Alexandre Koyré a consacré l'essentiel de son oeuvre d'historien de la pensée scientifique : la genèse des grands principes de la science moderne. A côté des quatre grands ouvrages qu'il a successivement publiés sur ce thème : la traduction commentée du premier livre, cosmologique, du de revolutionibus de Copernic, les Etudes galiléennes, la Révolution astronomique, Du monde clos à l'univers infini, ce recueil d'articles mérite sans nul doute une place de choix, non seulement pour les nombreux éléments complémentaires qu'il apporte, mais aussi pour les fécondes liaisons qu'il permet d'établir entre les différents domaines de l'histoire intellectuelle et pour les précieuses indications qu'il donne sur la méthode de recherche et d'analyse de son auteur. Ce volume méritait d'autant plus d'être publié que certains des textes ainsi regroupés étaient restés jusqu'alors inédits, au moins en langue française, et que la plupart des autres étaient devenus très difficiles à consulter.

 

Ces articles ont été reclassés suivant l'ordre chronologique de leurs thèmes et non d'après les dates de leur rédaction. Il est vrai que, compte tenu de quelques inévitables retours en arrière, la ligne générale des recherches d'A. Koyré a suivi ce même plan chronologique, partant de la science scolastique pour aboutir à Newton. Les articles concernant l'auteur des Principia étant réservés à un volume spécial d'Etudes newtoniennes, ce recueil comprend en fait trois grandes parties consacrées respectivement à la science du Moyen-Âge et de la Renaissance, à Galilée et à l'oeuvre de certains autres savants éminents de la première moitié du XVIIème siècle (Mersenne, Cavalieri, Gassendi, Riccioli, Pascal). En dehors de quelques corrections mineures d'ordre typographiques et de l'introduction de renvois intérieurs au volume, le texte des articles reproduits est exactement conforme à celui des originaux : les traductions ont été réalisées avec le souci constant de préserver à la fois la pensée d'Alexandre Koyré et son mode habituel d'expression.

 

En même temps qu'il regroupe un ensemble d'études du plus haut intérêt sur les origines et la genèse de la science moderne, ce volume apporte une vivante leçon de méthode de recherche historique. Plusieurs textes particulièrement révélateurs des principes directeurs de l'oeuvre d'Alexandre Koyré s'y trouvent en effet reproduits. celui qui ouvre le recueil est remarquablement clair et explicite. L'auteur y insiste d'abord sur sa "conviction de l'unité de la pensée humaine, particulièrement dans ses formes les plus hautes" (pensée philosophique, pensée religieuse et pensée scientifique), conviction qui explique en grande partie l'évolution de ses recherches. Si, ayant abordé l'étude des origines de la science moderne, il passe successivement de l'astronomie à la physique et aux mathématiques, il continuera à lier l'évolution de la pensée scientifique à celle des idées transscientifiques, philosophiques, métaphysiques, religieuses ; les quatre ouvrages précédemment cités et la plupart des articles reproduits dans ce volume sont le fruit de ce remarquable effort d'analyse et d'interprétation de l'une des plus importantes révolutions de l'histoire intellectuelle de l'humanité. Afin de "saisir le cheminement de cette pensée (scientifique) dans le mouvement même de son activité cratrice", il est indispensable de la replacer aussi fidèlement que possible dans son cadre d'époque et de l'analyser dans toute sa complexité, avec ses incertitudes, ses erreurs et ses échecs. Les articles qui suivent illustrent de la façon la plus convaincante le soin avec lequel Alexandre Koyré a su mettre en oeuvre ses propres règles de pensée, que ce soit à l'occasion d'études de synthèse s'efforçant de dégager les grandes lignes d'une oeuvre, le climat scientifique d'une époque ou l'influence des idées philosophiques, ou encore à l'occasion d'articles plus techniques étudiant des questions précises en s'appuyant sur de nombreuses citations.

 

Par cette admirable leçon de méthode qu'il nous donne, autant que par la richesse de son contenu, cet ouvrage d'Alexandre Koyré mérite d'être lu et médité par les spécialistes de l'histoire de la pensée scientifique et, d'une façon beaucoup plus large, par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées. (René Taton)

 

 

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Alexandre Koyré (né le 28 août 1892 à Taganrog, Russie, mort en 1964 à Paris) est un philosophe et historien des sciences français d’origine russe.


Koyré quitte la Russie en 1908. À Göttingen, il assiste aux cours du philosophe Edmund Husserl et du mathématicien David Hilbert. Il s’installe ensuite à Paris pour étudier l’histoire de la philosophie.


Ses travaux d’épistémologie et d’Histoire des sciences portent sur Galilée ainsi que sur la cosmologie aux XVIème et XVIIème siècles.

 

Il voit dans la naissance de la physique moderne au XVIIe siècle une « révolution scientifique ». Cette expression est caractéristique de la conception discontinuiste de l’histoire des sciences qu’il partage avec Gaston Bachelard.

 

Passer du « monde clos » de la cosmologie aristotélicienne à la théorie d’un « univers infini » d'Isaac Newton suppose ainsi une transformation radicale des bases métaphysiques sur lesquelles repose la physique. Il est un des éditeurs des deux tomes des Philosophiae Naturalis Principia Mathematica d'Isaac Newton parus en 1971 et 1972 aux Harvard University Press. (source : wikipédia)

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