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"Entre Pâques et la Toussaint, l'abbaye de Sylvanès bourdonne du rire des visiteurs et des éclats de voix des répétitions de chant. En vingt cinq ans, André Gouzes, avec l'aide d'innombrables collaborateurs, dont l'actuel directeur du centre culturel, Michel Wolkowitsky, a transformé une ruine cistercienne peuplée de hiboux et de mulots en une arche splendide vouée à la rencontre, à l'accueil et à la beauté. Près de soixante mille personnes viennent ainsi, chaque année, de l'aube au printemps jusqu'au couchant de l'automne, se ressourcer dans la splendeur de la liturgie, de l'architecture et de la nature.

 

En hiver, Sylvanès redevient un désert austère, une vallée perdue loin des routes, où s'engouffre la bise. On n'y croise pas un chat. Ou plutôt, on n'y rencontre rien d'autre qu'un chat, un jeune chien et un drôle d'ermite enroulé dans une vaste cape de berger. dévoré à la belle saison par les sessions de chant, l'accueil, la prédication, l'animation du festival de musique sacrée, le frère Gouzes jouit au coeur de l'hiver des trésors que lui envient les citadins stressés : le temps et le silence. C'est durant la période hivernale qu'André Gouzes compose "La liturgie du Peuple de Dieu", lit les Pères de l'Eglise et les recueils de poésie et, la nuit tombée, célèbre, dans sa belle église abbatiale, à la lumière fragile des bougies brûlant devant les icônes.

 

C'est le chat et le chien Nemo qui nous ont guidé jusqu'à l'ermite de Sylvanès. Pour conserver le trésor du silence et de la paix, André Gouzes s'est installé dans un hameau à flanc de colline, à une heure de marche de l'abbaye. Le feu brûle dans la vaste cheminée et les flammes dessinent des arabesques magiques sur le grand piano. André est venu vers nous, le long du chemin, au milieu des bourrasques de neige. Il a envoyé le chat et le chien en éclaireurs.

 

L'hiver précédent, le frère Marc Chauveau et moi, ainsi que huit autres jeunes frères dominicains, nous avions enregistré un disque de chant grégorien de la tradition de notre Ordre, sous la direction du père André Gouzes. de cette aventure musicale et fraternelle est née une amitié rare, faite de complicité et de franchise.

 

A cette époque, André Gouzes venait de publier Une Eglise condamnée à renaître (Saint-Augustin, 2002). L'ouvrage avait reçu beaucoup d'échos, mais André craignait qu'il heurtât des prêtres et des fidèles engagés jusqu'au bout de la fatigue dans une pastorale de plus en plus difficile, avec de moins en moins de moyens. Marc et moi, nous avons lancé un pari au sage de Sylvanès : qu'il renonce au registre de la critique pour se faire le chantre des trésors de l'Eglise : la foi, l'amour et la beauté célébrés dans la liturgie.

 

Chiche ? C'est ainsi que nous nous sommes donnés rendez-vous au creux de l'hiver pour un dialogue plein de poésie, illustré d'anecdotes au goût des fioretti, où fusent les intuitions et les audaces. Passionné par la Bible, enraciné dans l'héritage des Pères de l'Eglise, fin connaisseur des rites de l'Orient, compagnon de route des artistes et consolateur des enfants perdus de la modernité, André Gouzes discute et rêve avec ses cadets de l'éternelle nouveauté de la foi chrétienne.

 

En lisant ces pages, puisse le lecteur se sentir invité à partager l'espérance d'un sourcier des collines arides et à inventer un nouvel art de vivre par cette foi capable de désaltérer le monde."(Philippe Verdin)

 

André Gouzes est dominicain. Depuis vingt-cinq ans, il restaure et anime l'abbaye de Sylvanès, joyau de l'art cistercien en Aveyron. Il est le créateur de la "Liturgie du Peuple de Dieu" et l'un des principaux acteurs contemporains d'un art liturgique de qualité.

 

André Gouzes, Le Chant du coeur, conversation sur la Foi, entretien avec Philippe Verdin, Les Editions du Cerf, Paris, 2003

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