Dames du XIIe siècle, trois volumes, Paris, Gallimard, 1995-1996 :
Tome I : Héloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres
Tome II : Le souvenir des aïeules
Tome III : II Ève et les prêtres
La dernière œuvre de Georges Duby se dispose en une trilogie consacrée à une synthèse dont l'objet est particulièrement difficile à cerner pour la période féodale : les « dames », ces figures féminines que l'historien devine avec peine au travers des chroniques lignagères, des correspondances, des textes normatifs, de la littérature romanesque et lyrique que G. Duby convoque également comme témoignage. Les documents sont animés d'une même interrogation : il s'agit dans le t. I de quelques figures particulièrement célèbres, dans le t. II de femmes de grandes lignées, et souvent anonymes, qui apparaissent dans les récits d'origine et les chroniques familiales, enfin dans le t. III des femmes comme modèles proposés dans les normes énoncées par les hommes d'Église à l'attention des femmes, et plus précisément des « dames ». La démarche de l'historien a pour but de reconstituer un système de valeurs et d'évaluer la place qu'une société masculine assignait aux femmes. (source : CLIO)
Tables des matières (Tome 1) :
Introduction
Aliénor
Marie-Madeleine
Héloïse
Iseut
Juette
Dorée d'Amour et la Phénix
"Je présente ici six figures de femmes que j'ai choisies parmi les moins indistinctes. C'est un commencement. Un autre livre traitera du souvenir des aïeules, tel qu'il se conservait dans les maisons de haute noblesse, précisant l'image que les chevaliers se faisaient en ce temps des dames. J'examinerai enfin, dans un dernier tome, quels jugements portaient sur ces femmes les hommes d'Eglise qui dirigeaient leurs conscience et s'efforçaient de les tirer de leur "perversité native".
Ce que je m'emploie à montrer n'est pas le réel, le vécu, inaccessibles. Ces femmes ne seront jamais que des ombres indécises, sans contour, sans profondeur, sans accent. Ce sont des reflets, ce que reflètent des témoignages écrits. Des témoignages datant de l'époque, tous officiels, lancés vers le public, jamais repliés sur l'intime. Des textes écrits par des hommes, faits pour être dits à haute et intelligible voix, et pour enseigner.
Pas plus que la sculpture ou la peinure, la littérature du XIIème siècle n'est réaliste. Elle figure ce que la société veut et doit être. reconstituer un système de valeurs, voilà tout ce qu'il m'est possible de faire. Et reconnaître dans ce système la place assignée aux femmes par le pouvoir masculin."
Cathédrale Saint-Lazare (Autun), La Tentation d'Eve
"La vraie promotion de la femme n'est pas dans le surcroît de parures dont les hommes, tandis que leur niveau de vie s'élevait revêtirent les femmes. Elle n'est pas dans les apparences de pouvoir qu'ils leur abandonnèrent afin de mieux les dominer. Elle n'est pas dans les simagrées du jeu d'amour courtois.
En un temps où le christianisme cessait d'être peu à peu d'être principalement affaire de rites et de pompes extérieures, de gestes, de formules, où il devenait de plus en plus privé, le rapport avec le divin étant désormais conçu comme un élan amoureux de l'âme, ce qui rehaussa la condition de la femme, ce fut la prise de conscience qu'elle peut être, comme Madeleine ou comme Héloïse, montrée en exemple aux hommes parce qu'elle est parfois plus forte qu'eux.
Cette force prend sa source dans l'abondance de sa nature animale, dans cette sensualité qui la rend plus prompte à s'enflammer, à brûler d'amour. Est-ce parce que l'obscurité se dissipe, parce que l'information se fait moins indigente, il apparaît à nos yeux que l'Europe en vient au XIIème siècle à mieux apprécier les valeurs de l'amour. Elle s'aperçoit qu'amoureuse la femme, telle Phénice, devient meilleure épouse, qu'elle peut, telle Juette, frayer les voies mystérieuses menant aux noces avec l'Esprit.
Les dames de ce temps demeurent, c'est certain, soumises au pouvoir des hommes qui les jugeaient toujours dangeureuses et fragiles. QUelques-uns d'entre eux cependant, et de plus en plus nombreux, les découvraient objets et sujets d'amour. Ils les regardaient d'un oeil moins dédaigneux. C'est ainsi qu'insensiblement elles commencèrent à se dégager des plus strictes entraves où les tenait la puissance masculine." (Georges Duby)
Né le 7 octobre 1919 à Paris, mort le 3 décembre 1996 au Tholonet près d'Aix-en-Provence, Georges Duby est un historien français spécialiste du Moyen Âge, professeur au Collège de France de 1970 à 1991.
- Ouvrages universitaires
- La société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1953. Thèse de doctorat d'État.
- L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval, Paris, Aubier, 1962, 2 volumes
- Hommes et structures du Moyen Âge, Mouton, 1973 ; rééd. en deux volumes : Seigneur et paysans et La société chevaleresque, Flammarion, 1988
- Guerriers et paysans, viie ‑ xiie siècles : premier essor de l'économie européenne, Gallimard, 1973
- Les trois ordres ou L'imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978 (ISBN 2070286045)
- Le chevalier, la femme et le prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981 (ISBN 2012790712)
- Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Fayard, 1984 (ISBN 2070323447). Biographie de Guillaume le Maréchal, qui s'élève dans la hiérarchie féodale par ses dons jusqu'à devenir l'un des hommes les plus puissants du royaume d'Angleterre
- Mâle Moyen Âge : de l'amour et autres essais, Paris, Flammarion, 1988, réédition de 2010, (ISBN 9782081236325)
- Dames du xiie siècle, Gallimard, 1995-1996, 3 volumes
- Les femmes et le pouvoir au xiie siècle, conférence donnée au Collège de France le 17 février 1994, CD audio, Houilles, Le Livre qui parle, 2009
- Ouvrages grand public
- Le dimanche de Bouvines (27 juillet 1214), Gallimard « Trente journées qui ont fait la France », Paris, 1973 (ISBN 2070322955). Duby y montre qu'un historien des Annales peut aussi, à l'occasion, traiter d'un événement : la bataille de Bouvines
- Avec Andrée Duby, Le procès de Jeanne d'Arc, Gallimard, 1973
- L'an mil, Gallimard, 1980 (ISBN 2-07-032774-4)
- Histoire de l'art
- Adolescence de la chrétienté occidentale, L'Europe des cathédrales et Fondement d'un nouvel humanisme, Skira, 1966-1967, 3 volumes ; repris en un volume sous le titre Le temps des cathédrales : l'art et la société (980–1420), Paris, Gallimard, 1976 (Grand Prix Gobert de l'Académie française 1977) (ISBN 207029286X)
- Saint Bernard : l'art cistercien, Arts et métiers graphiques, 1976
- Participation à des ouvrages collectifs
- (dir.) Atlas historique, Paris, Larousse, 1978 ; nombreuses rééditions revues et augmentées
- Avec Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, A. Colin, 1958, 2 volumes
- (dir.) Histoire de la France, Des origines à nos jours, Larousse, 1970-1971, 3 volumes ; rééd. Bibliothèque historique Larousse, 2007 (ISBN 978-2035826367)
- (codir. avec Armand Wallon) Histoire de la France rurale, Paris, Le Seuil, 1976, 4 volumes
- (dir.) Histoire de la France urbaine, Le Seuil, 1980-1985, 5 volumes
- (codir. avec Philippe Ariès) Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985-1987, 5 volumes (ISBN 2-02-008987-4)
- (codir. avec Michelle Perrot) Histoire des femmes en Occident, Plon, 1990-1992, 5 volumes
- Divers
- Avec Guy Lardreau, Dialogues, Flammarion, 1980
- L'Histoire continue, Paris, Odile Jacob, 1991, (ISBN 2738110428)
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