Jean Beaufret, Dialogue avec Heidegger, Tome I/ Philosophie grecque, Tome II/ Philosophie moderne, Tome III/ Approche de Heidegger, Tome IV/ Le chemin de Heidegger, Les Éditions de Minuit, 1973 et 74
La lecture de ces quatre ouvrages (dans l'ordre) est indispensable pour qui veut saisir quelque chose de la pensée de Heidegger. Dans le premier chapitre, "Héraclite et Parménide", Jean Beaufret tente de s'approcher au plus près de la parole des deux "présocratiques", loin des interprétations qui font d'Héraclite un "penseur du devenir" et de Parménide un "penseur de l'Etre" et qui réduisent (artificiellement) le début de l'Histoire de la philosophie à un "affrontement" entre deux thèses antagonistes...

Tome I/ Philosophie grecque
Table des matières :
Note sur les abréviations
Avant-Propos
La naissance de la philosophie
Héraclite et Parménide
Zenon
Note sur Platon et Aristote
Energeia et Actus
indications bibliographiques
Indications bibliographiques :
La naissance de la philosophie. Paru aux Presses du Massif Central, Guéret (Creuse), 1968, et dans Modern Miscellany (Hommage à Eugène Vinaver), Manchester, 1969
Héraclite et Parménide. Publié dans Botteghe Oscure, Rome, n° 25, 1960. Texte remanié
Lecture de Parménide. Présentation du Poème établie à la demande des comédiens du Groupe de théâtre antique de la Sorbonne, en vue d'une lecture qui eut lieu le 15 mars 1967
Zénon. Une première version a paru dans Les philosophes célèbres (ouvrage collectif), Mazenod, Paris 1956
Energeia et Actus - Inédit
Philosophie grecque
Les études qui composent ce recueil sont autant d'étapes dans l'approche d'une pensée encore secrète, celle de Martin Heidegger. Son unique question est peut-être : Qu'est-ce que la philosophie ? On peut dire de toute grande philosophie ce que Hegel disait de la philosophie de Descartes, à savoir que c'est "Tout à son départ qu'elle reprend à nouveau la question". Cette reprise initiale d'une même question apparaît à chaque fois qu'elle est portée à la parole, comme ayant la portée d'une thèse sur l'Etre. C'est ainsi que, selon le mot de Valéry : "Penseurs sont gens qui re-pensent que ce qui fut pensé ne fut jamais assez pensé". Mais ces thèses sur l'Etre, dont le début est grec, et qui, pendant plus de deux millénaires, a rempli l'espace d'une histoire dite de la philosophie, d'où tiennent-elles leur commencement ?
Commencer (entrer dans la question) et débuter (y prendre le départ) font deux. Dans tout début s'abrite l'énigme d'un commencement qu'il appartient au début de laisser dans l'ombre. Les Grecs sont, en philosophie, nos débutants. C'est à partir d'eux seulement que philosophie il y a. Mais d'où ont-ils commencé ? D'où ont-ils été eux-mêmes commencés, c'est-à-dire initiés à leur propre début ? La parole grecque, sur ce point, demeure énigmatique.
Philosophie moderne
Descartes, selon Hegel, est le héros de la philosophie moderne. Si l'affaire de la philosophie était déjà pour Platon celle de la "vérité de l'étant", il s'agit donc d'une nouvelle décision concernant l'essence même de la vérité. Au sens de Descartes, celle-ci est, dans son fond, certitude. A la différence des philosophes modernes pour qui, de Descartes à Nietzsche, l'entreprise grecque était déjà projet de certitude, Heidegger conçoit la certitude et le mode d'assurance qu'elle comporte comme l'interprétation cartésienne de la vérité. De conséquence qu'elle était pour les Grecs, la sûreté devient avec Descartes principe. Là où s'établit l'homme nouveau, autrement dit le Sujet, certitude et méthode vont de pair. Leur combiné se nomme science. La philosophie moderne est alors le pays même des sciences dont elle exige le développement ("devenir comme maître et possesseur de la nature").
Pour la méthode au sens moderne, les sciences avec leur certitude constituent cependant un domaine encore trop étroit. C'est pourquoi Nietzsche oppose à la méthode scientifique qui demeure en-deçà du bien et du mal un nouveau "projet méthodologique" qui se déploiera au-delà de leur distinction, jusque là où les deux "coïncident". En quoi Nietzsche provient de Descartes, dont il promeut à son insu et pousse à bout l'initiative, mettant plutôt un point final aux "temps modernes" qu'il n'ouvre un nouvel horzon.
Approche de Heidegger
Les textes jusqu'ici proposés au lecteur ne rejoignaient Heidegger qu'à partir des penseurs dont la parole avait avant lui porté au langage la question de l'Etre en mode philosophique. Heidegger cependant n'est pas un nouveau philosophe. Sa pensée n'est pas une nouvelle "thèse sur l'Etre" qui répondrait encore une fois à la question de l'étant par où il est. Avec lui, c'est bien plutôt cette question qui devient à son tour question. Sur quoi repose donc la possibilité même de la question posée traditionnellement par toute philosophie, sans que jamais aucune ne se soit avisée qu'elle abrite en elle, dans l'inapparence du "non dit", une telle question ? Cette tentative d'approche de la question de l'Etre est par elle-même l'unique approche possible de la pensée de Heidegger.
Le chemin de Heidegger
Jusqu'à sa mort, survenue le 7 août 1982, Jean Beaufret a continué son travail, hors des cercles officiels et au coeur de la question de la pensée. C'est ainsi qu'il avait revu et corrigé tous les textes rassemblés dans ce quatrième tome du Dialogue avec Heidegger. Notre propre travail a consisté en l'ultime mise au point de ce volume. Les deux textes en ont fourni le titre.
(Claude Roëls)
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