Au Peuple tunisien qui, le premier, a osé briser l'échiquier, aux Peuples du Magreb et du Moyen-Orient qui ont soif de liberté et de démocratie, à tous ceux qui refusent d'être des "pions".
En anglais, The Squares of the City, est un roman de John Brunner à la frontière de la Science-fiction et de la Politique-Fiction. Publié en 1965, il obtint le Hugo Award du Meilleur roman en 1966. Le roman évoque l'emploi politique de certaines techniques de conditionnement et s'inspire d'une partie d'échecs qui eut lieu à La Havane en 1892 entre l'Autrichien, naturalisé américain Wilhelm Steinitz, champion du monde et théoricien des échecs modernes et le champion de Russie, Mikhael Tchigorin. Le jeu réel aboutit à la capitulation des noirs en 38 coups. Steinitz s'imposa 10 à 6 au terme d'un match très disputé (1 seule nulle).
L'histoire se déroule dans une capitale imaginaire d'Amérique centrale, Ciutad de Vados, une mégalopole futuriste surgie du néant où règne la passion du jeu d'échecs. En la faisant construire à l'aide des meilleurs spécialistes du monde, le président-dictateur, Juan Sebastian Vados, a espéré gagner l'immortalité. Mais il reste encore quelques problèmes de circulation à régler et on fait appel à Boyd Hakluyt, l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de régulation du trafic.
Ce dernier voudrait faire son travail en restant sur un plan strictement technique, mais se rend compte qu'il est pris malgré lui dans le jeu des antagonismes entre la communauté "noire" des natifs du pays et la communauté "blanche" des bâtisseurs de Vados et qu'il est manipulé par des forces qui le dépassent.
Ecrit en 1960, La Ville est un échiquier se caractérise par une construction particulièrement originale qui n'est pas sans évoquer les subtiles fictions de Borges.
Né en 1934 dans l'Oxfordshire, John Brunner a écrit plus de cinquante romans et plus de cent nouvelles. Ses premiers textes ont été publiés à partir de 1951, le plus souvent des romans de science-fiction, d'aventure et d'énigme comme Le Long labeur du temps ou La conquête du chaos. La grande notoriété lui est venue avec la parution de Tous à Zanzibar, "roman écologique" dont le découpage narratif est particulièrement ingénieux.
"Les personnages, lieux et événements présentés dans The Squares of the City sont, bien sûr, entièrement imaginaires. Par contre, les techniques mises en oeuvre afin de manier les pions humains ne le sont - malheureusement - pas totalement. Bien sûr, elles n'existent pas aujourd'hui telles qu'elles sont décrites ici, mais on peut les pressentir dans les méthodes employées par la publicité - méthodes qui, de plus en plus, sont appliquées dans le domaine de la politique. L'Histoire regorge d'exemples d'emploi de ce procédé. Aux mains d'hommes résolus et expérimentés, il a déjà permis de diriger et de contrôler la pensée et les actions d'importantes populations."
Mais la véritable leçon du livre réside dans la démonstration symbolique qu'il est toujours possible d'échapper aux conditionnements psychologiques et idéologiques et "de ne pas faire ce que l'on attend de vous". Maria Posador (cavalier de la reine noire) et Boyd Halkuyt (cavalier du roi blanc) réussiront finalement à percer la vérité du "jeu" pervers qui se joue à Vados et à faire exploser la dictature en prenant des risques et en faisant preuve de liberté d'esprit, d'intelligence et d'empathie. Une leçon de lucidité politique que ne désavouerait pas Spinoza dans le Traité théologico-politique : le dépassement de la "connaissance du premier genre" et la conscience de la nécessité est la condition de la liberté.
"La partie d'échecs elle-même n'a rien d'imaginaire. Il s'agit de la partie jouée entre Steinitz et Tchigorin (La Havane, 1892) et reproduite en détail dans le manuel de H. Golombek intitulé The Game of Chess, éd. Penguin. Chaque mouvement du jeu a sa contrepartie dans l'intrigue du livre, à ceci près que le roque y demeure implicite. Les individus correspondant aux différentes "pièces" ont des attributions relativement assimilables à leur rôle sur l'échiquier..." (John Brunner)
Aller sur "base de données d'échecs", puis sur Steinitz/Tchigorin (1892) pour voir l'intégralité de la partie. Il est rare qu'une partie se poursuive à ce niveau après la perte (involontaire) d'une reine. Respect !
Championnat du monde de La Havane, Steinitz/Tchigorin (1892), 16ème partie ; les noirs capitulent au 38ème coup.
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