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George Dandin ou le Mari confondu est une comédie-ballet en trois actes de Molière, avec musique de Jean-Baptiste Lully. Elle fut créée à Versailles le 18 juillet 1668, puis donnée au public sur le Théâtre du Palais-Royal le 9 novembre de la même année. Elle fut vue pour la première fois par le roi (Louis XIV) à Versailles. Le rôle de George Dandin étant interprété par Molière et celui d'Angélique par sa propre femme, on s'est parfois demandé si Molière n'avait pas exprimé dans cette pièce une expérience personnelle.

Argument de la pièce :

George Dandin est un riche paysan. En échange de sa fortune, cédée à Monsieur et Madame de Sotenville, il acquiert un titre de noblesse, (Monsieur de la Dandinière), un rang et une épouse, Angélique. Mais sa jeune femme n'a jamais voulu cette union. Elle se refuse à lui faire un enfant. Devant cette épouse rebelle qu'il ne parvient pas à attirer dans son lit, Dandin ne peut rien. Il ne peut empêcher Clitandre, gentilhomme libertin de la Cour, de courtiser ouvertement Angélique. George Dandin tente de réagir, mais les deux aristocrates n'ont que faire de ses accusations et humilient cruellement l'infortuné bourgeois. Angélique peut compter sur l'appui de sa servante Claudine. Lubin est l'entremetteur de Clitandre et le soupirant de Claudine. Dandin ne peut compter que sur lui-même.

... En voici la toute première scène :

" George Dandin, seul - Ah ! qu'une femme Demoiselle (1) est une étrange (2) affaire, et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse, de soi, est bonne, c'est une chose considérable (3) assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et je connais le style des nobles lorsqu'il nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent ; et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien, je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin, George Dandin, vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable (4) maintenant, et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin (5)." (Molière, George Dandin, Acte I, scène 1)

1. Désigne la femme ou la fille d'un gentilhomme

2. (Au XVIème siècle) : extraordinaire

3. Qui doit être pris en considération

4. Qui inspire effroi et horreur

5. Violent désagrément

Plan du commentaire (ce plan a été conçu par une élève) :

I) Des informations données à travers un monologue :

a/ La double énonciation 

b/ Une identité et un statut social

c/ Un mariage raté 

II) Un mélange de registres :

a) L'expression de l'amertume et de la déception 

b) Un personnage à la fois excessif et pathétique

III) L'annonce d'une comédie traitant de problèmes sociaux 

a) Le thème de la mésalliance

b) L'évocation d'une expérience

c) Le jugement de George Dandin sur les nobles

Problématique : En quoi cette scène d'exposition nous plonge-t-elle d'emblée dans un problème de société ?

George Dandin ou le Mari confondu est une comédie-ballet en trois actes de Molière, avec musique de Jean-Baptiste Lully. Elle fut créée à Versailles le 18 juillet 1668, puis donnée au public sur le Théâtre du Palais-Royal le 9 novembre de la même année. Elle fut vue pour la première fois par le roi (Louis XIV) à Versailles. 

Dans  cet extrait, George Dandin, paysan enrichi ayant épousé une femme au-dessus de sa condition, se plaint de sa disgrâce.

En quoi cette scène d'exposition nous plonge-t-elle d'emblée dans un problème de société ?

Nous étudierons la fonction informative de ce monologue, puis le mélange de registres et enfin sa fonction d'annonce : une comédie traitant de problèmes sociaux.

I/ Des informations données à travers un monologue

a) La double énonciation 

"Monologue" vient du grec monos (seul) et logos (discours). Peut-on dire pour autant que George Dandin parle "tout seul" ? Le monologue est peu courant dans la comédie. Il intervient, plus souvent dans la tragédie que dans la comédie, dans des moments cruciaux où le personnage (souvent le personnage principal de la pièce) est amené à faire le point, à prendre une décision importante (ex. : le monologue de Rodrigue dans Le Cid, le monologue d'Harpagon dans l'Avare, le monologue de Hamlet dans la pièce éponyme de Shakespeare). Mais il est rare qu'une pièce débute, comme George Dandin par un monologue.

Ce qui est considéré comme un signe de dérangement dans la vie quotidienne (chez les fous et chez les ivrognes), est admis au théâtre en tant que convention et au titre de la "double énonciation". L'énoncé ne s'adresse pas à un autre personnage, mais au spectateur. Ce dernier a une position de témoin, il s'apitoie sur le sort de George Dandin et compatit à sa souffrance. Le monologue a une fonction informative. Il nous fournit des "clés" pour entrer dans la pièce, il témoigne de la conscience qu'a George Dandin de sa situation et de son avenir.

b) Une identité et un statut social

Le spectateur apprend le nom de George Dandin de sa propre bouche ("George Dandin, George Dandin") , ainsi que son statut social de paysan et le fait qu'il est marié à une femme d'une condition supérieure à la sienne.

Depuis le Moyen-âge, la société française est divisée en trois ordres clos et hiérarchisés : le clergé, la noblesse et le Tiers-État. A l'époque de Molière, ces trois ordres existent encore. Le statut de paysan de George Dandin et celui de sa femme s'inscrivent dans un contexte social et renvoient à l'organisation de la société sous l'Ancien Régime. 

c) Un mariage raté  

Le spectateur apprend que George Dandin est conscient du fait que sa femme s'est mariée par intérêt, qu'il n'est pas heureux ("chagrin") et qu'il estime avoir commis une grave erreur ("une sottise, la plus grande du monde") 

George Dandin a conscience d'avoir raté son mariage en épousant une femme de la noblesse ; il s'est rendu compte qu'elle ne l'avait pas épousé par amour, mais par intérêt. Il est conscient également du fait que sa femme a honte de porter son nom et le méprise ("et ne pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari...")

II/ Un mélange de registres 

a) L'expression de l'amertume et de la déception  

George Dandin s'exprime à la première personne du singulier ("mon mariage, j'ai fait") et se parle à lui-même. Le spectateur est le confident de sa méditation mélancolique. Le lyrisme consiste à exprimer des sentiments personnels : l'amour, la joie, mais aussi (c'est le cas ici) la tristesse, la mélancolie, l'amertume, le regret, la nostalgie. Nostalgie (du grec nostos, retour et algos, douleur) est une tristesse causée par l'éloignement de son pays, de ce qu'on a connu, de son milieu, le regret mélancolique de quelque chose. George Dandin regrette sa vie passée. Il regrette également de ne pas avoir épousé une femme de sa condition avec laquelle il aurait pu vivre une vie heureuse ("et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis de m'allier en bonne et franche paysannerie...") dans une estime mutuelle, alors qu'il est tenu pour rien. Le premier mot du monologue : "Ah !", exclamation de douleur, donne le ton.

Le passage a également une dimension argumentative et relève de l'apologue ("que mon mariage est une leçon bien parlante..."). George Dandin évoque son cas particulier, mais il met aussi en garde (au présent de vérité générale) les hommes de sa condition contre le chemin qu'il a pris : que ce soit une leçon pour lui et pour eux.

b) Un personnage à la fois excessif et pathétique

Les hyperboles et les modalisateurs expriment le côté excessif de son caractère : "c'est notre seul bien qu'elles épousent" (l. 13-14), "sottise la plus grande du monde" (l.18). Mais il est moins ridicule que pathétique : il est lucide ("savant à mes dépens"), il a le sentiment d'avoir commis une grave erreur et ne sait pas comment s'en sortir. La souffrance de George Dandin n'a rien de comique : "Ma maison m'est effroyable maintenant et je n'y entre point sans y trouver quelque chagrin."

III/ L'annonce d'une comédie traitant de problèmes sociaux 

a) Le thème de la mésalliance

Une mésalliance est le fait d'épouser une personne au-dessous de sa condition. L'épouse de George Dandin fait une mésalliance car elle épouse un "roturier", mais  elle obtient en contrepartie des avantages. George Dandin épouse quelqu'un qui est au-dessus de sa condition, mais Molière montre que c'est lui et non sa femme qui a fait une mésalliance car elle ne l'aime pas et lui rend la vie impossible et il n'obtient rien en contrepartie de l'argent qu'il a donné aux beaux-parents de sa femme.

b) L'évocation d'une expérience

George Dandin évoque sa tristesse et sa désillusion : une femme qui s'est mariée par intérêt et qui ne l'aime pas, le mépris de ses beaux-parents... Il s'agit-là d'une expérience personnelle, mais le mari infortuné montre qu'elle ne fait qu'illustrer un cas général. Son mariage était voué à l'échec depuis le départ parce qu'il n'a pas respecté une loi sociale non écrite : "paysans, ne vous mélangez pas avec la noblesse !"

c) Le jugement de George Dandin sur les nobles

La relation de George Dandin à la noblesse est ambiguë. Pourquoi a-t-il épousé une fille de la noblesse au lieu d'épouser une fille de sa condition ? Pourquoi a-t-il, comme on l'apprendra par la suite, acheté un titre de noblesse ? Pourquoi a-t-il donné sa fortune à ses beaux-parents ? N'y a-t-il pas eu, au départ, chez George Dandin une fascination pour la noblesse analogue à celle de Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme ?

George Dandin ne s'attaque pas à la noblesse. ce n'est pas un "révolutionnaire" (le mot n'a pas vraiment de sens au XVIIème siècle), il reconnaît sa légitimité, mais affirme, après coup et trop tard que chacun doit rester à sa place, que les roturiers ne doivent pas épouser des nobles et "se frotter à eux", faute de quoi, il subiront quotidiennement leurs défauts : l'orgueil de caste, le cynisme, l'immoralité, le rapport problématique à l'argent et au travail et souffriront d'un écart insurmontable avec leur façon d'être, de se vêtir et de parler.

Conclusion 

Ce monologue qui se situe de façon inhabituelle au début de la pièce joue le rôle de scène d'exposition en donnant des informations au spectateur sur le personnage principal, George Dandin. Il apprend ainsi, de la bouche même de ce personnage, son identité, sa situation sociale, mais aussi son mariage raté et ses relations tendues avec sa femme et sa belle-famille. George Dandin exprime son amertume et sa déception en se donnant en exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Il porte également un jugement très critique sur la classe sociale, la noblesse, dont sa femme fait partie.

Cette scène d'exposition surprend le lecteur et le spectateur par son originalité et son caractère inhabituellement émouvant, voire pathétique, dans une comédie. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

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