"Lorsque parut en 1889, la première édition de ce livre, les initiés furent unanimes à en faire l'éloge. Stanislas de Guaita, dans Au seuil du mystère l'analyse ainsi : "Papus (le docteur Gérard Encausse) vient de fonder à jamais sa réputation d'adepte par la mise à jour d'un monumental ouvrage sur le Tarot. Nous ne pensons pas exagérer en estimant que ce livre - où est révéle jusqu'en ses ultimes profondeurs la Loi pivotale du ternaire universel constitue dans toute la valeur du terme, une clef absolue des sciences occultes."
Dans L'Initiation, à la même époque, Barlet s'exprimait ainsi : "c'est là un livre dont l'étudiant en occulte ne pourra se passer. Il ouvre, il explique cette oeuvre d'Hermès Trismégiste que les mages de l'Egypte antique mettaient entre les mains de l'adepte. La clef n'en était conservée qu'en secret par des initiés inconnus. La voici reconstruite et divulguée."
Le livre (je l'ai sous les yeux en écrivant ces lignes) comporte de profondes considérations sur la Kabbale et le mot sacré IOD-HE-VAV-HE, sur la démarche analogique et le sens des symboles, sur les opérations théosophiques et la signification ésotérique des nombres, leur rapport avec le mot sacré, puis nous livre la clé des Arcanes majeurs et mineurs, nous explique les correspondances entre les Tarots, les lettres de l'alphabet hébraïque, leur valeur numérique, les planètes et les heures de la journée et propose une biographie des auteurs qui ont écrit sur le sujet, de Raymond Lulle (1235-1315), auteur de l'Ars magna à Eliphas Levi, "celui des maîtres contemporains en occultisme qui a le mieux possédé le Tarot (Dogme et Rituel de Haute Magie, 1861) et Stanislas de Guaita (Au Seuil du mystère, 1886, Le serpent de la Genèse), en passant par Claude de Saint-Martin, "le Philosophe inconnu", né en 1743 à Amboise, mort en 1803, dont le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'Homme et l'Univers est basé sur le Tarot. Papus a inclus deux études de Charles Barlet : Application du Tarot aux doctrines théoriques et pratiques de l'initiation et Le Nom divin dans le Tarot dont les conclusions rejoignent les siennes.
A la fin de son ouvrage, se référant au fameux Etteilla, "l'oracle des tireurs et des tireuses de cartes" et soucieux d'exhaustivité, Papus évoque rapidement la dimension divinatoire du Tarot et plusieurs méthodes de tirage du sort, ainsi que les clés de l'interprétation des arcanes majeurs et mineurs, des couleurs (rouge et noir) et des emblèmes (bâtons, coupes, épées, deniers) dans le Tarot divinatoire.
Le Tarot a plusieurs visages : un jeu de cartes, un moyen de prédire l'avenir et un trésor de connaissances et de sagesse et c'est évidemment ce dernier aspect qui
retient essentiellement l'attention de l'auteur et doit retenir la nôtre.
Le livre de Papus n'a rien à voir, par ailleurs, avec l'utilisation exclusivement commerciale qui est faite aujourd'hui des Tarots par des gens qui, pour la
plupart ne connaissent rien aux Tarots. La progression dans la connaissance des Tarots (et de soi-même) exige de longues études, une aptitude à la méditation, beaucoup de patience, d'intégrité et
d'humilité et doit être entreprise dans un esprit de désintéressement. Comme toute démarche ésotérique, elle n'est pas sans dangers, dangers dont certaines lames nous avertissent d'ailleurs
explicitement (le Diable, la Tour foudroyée, le Pendu, la Mort et le Mat).
Papus (Docteur Gérard Encausse), Le Tarot des Bohémiens, clef absolue de la science occulte, le plus ancien livre du monde, éditions Dangles.
Né le 13 juillet 1865 à la Corogne (Espagne) d'un père français - le chimiste Louis Encausse - et d'une mère originaire de Valladolid, Gérard-Aniclet-Vincent Encausse vit son enfance s'épanouir sur la Butte Montmartre, dans ce grand Paris que ses parents vinrent habiter en 1869.
Il fit d'excellentes études scolaires et s'inscrivit ensuite à la Faculté de médecine. Brillant externe des hôpitaux, il délaissa la préparation de l'Internat pour se consacrer à l'étude approfondie des sciences dites "occultes". Il signa de son célèbre pseudonyme "Papus" ("le médecin de la première heure") la plupart de ses écrits. Le premier de ses livres fut publié en 1884, alors qu'il n'était âgé que de 19 ans. Quant au pseudonyme "Papus", il l'avait pris dans le Nuctéméron d'Apollonius de Tyane dont il avait eu connaissance par son premier maître, le grand occultiste Eliphas Levi dont il avait lu et médité les oeuvres avec un soin particulier.
Doué d'une activité considérable, philosophe, érudit, auteur estimé, conférencier habile et enjoué, Gérard Encausse Papus - dont on peut dire avec raison qu'il fut "le Balzac de l'occultisme" - se montra un vulgarisateur remarquable autant qu'apprécié, tant en France qu'à l'étranger. La liste complète de ses publications comporte à elle seule 160 titres, sans compter les nombreuses traductions étrangères de ses principaux ouvrages. Ajoutez à cela ses qualités de thérapeute : allopathie, homéopathie, médecine spirituelle.
Son extraordinaire autant qu'étrange "intuition", sa très grande bonté, son désir constant de venir en aide à autrui, son ardent amour - à la suite de sa rencontre avec le Maître Philippe de Lyon - pour le Christ, son humilité enfin et vous aurez, amis lecteurs de ces lignes pieusement consacrées à mon regretté père, une idée de ce qu'était cet homme de coeur, de devoir et d'action, lors de son dernier passage sur cette terre.
Médecin-chef d'une ambulance du front en 1914-1915, il se dépassa sans compter pour les blessés, qu'ils fussent français ou allemands bien sûr. Surmené, meurtri moralement et physiquement, épuisé finalement par un labeur considérable venant se surajouter à une activité intellectuelle et physique de plus de 30 années, il fut évacué sur l'arrière, hospitalisé puis, après une nouvelle affectation, rendu à la vie civile. Mais il était déjà trop tard !
Ce fut le 23 octobre 1916 que, venant consulter son confrère et ami, le Professeur Emile Sergent, un grand nom de la médecine française, il s'écroula peu après avoir franchi le seuil de l'hôpital, terrassé par une grave maladie pulmonaire.
Il mourut ainsi, là où il avait commencé sa carrière médicale hospitalière (à l'hôpital de la Charité), victime de son esprit de sacrifice, de son sens du devoir, de sa totale abnégation envers tous ceux, croyants ou non croyants, qui se trouvaient en détresse physique ou morale et qui, jamais, n'avaient fait en vain appel tant au "bon docteur" qu'au philosophe (fondateur de "l'Ordre martiniste") aux splendides intuitions, au talentueux organisateur et vulgarisateur, à l'adepte enfin. (Docteur Philipe Encausse)
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