
L'ouvrage de Jean-Marie Le Clézio se compose de deux récits qui alternent et se succèdent. L'un, qui se déroule dans le désert, s'identifie grâce à une typographie particulière. Il évoque la migration des "hommes bleus" chassés du Rio de Oro dans les premières années du XXe siècle par les soldats français. Mais le désert est "le seul, le dernier pays libre peut-être, le pays où les lois des hommes n'avaient plus d'importance". Guerriers, femmes, enfants, troupeaux de chèvres, chameaux, chevaux remontent vers le nord. Soif, misère, vivres qui s'épuisent sont le funèbre accompagnement de cette pitoyable caravane menée par le grand chef religieux nommé l'Eau des Yeux. Les fuyards espèrent trouver enfin une terre qui les accueillera. Dans les villes aux remparts de boue séchée qu'ils atteignent enfin, les habitants refusent d'ouvrir les portes. Alors, ils repartent: "Hommes, femmes, enfants aux pieds ensanglantés, ils avançaient sans faire de bruit, comme des vaincus..." Nour, l'adolescent qui a reçu la bénédiction du saint homme, continue, guidant un vieillard aveugle accroché à son épaule.
La sauvageonne illettrée
Le second récit n'est pas moins tragique. Lalla, orpheline élevée par sa tante, vit dans un bidonville en marge d'une cité du Maghreb. Lorsqu'elle a achevé la corvée d'eau, son plaisir est de gravir la dune, de regarder la mer, ou de monter vers le plateau rocailleux où les bergers mènent les chèvres. Elle y rencontre le plus sauvage d'entre eux, Hartani, et surtout elle imagine y entendre la voix de celui que la jeune fille appelle Es Ser, le Secret. Cet homme est un mirage, une vision, une nostalgie: "Elle ne voit de lui que ses yeux, parce que son visage est voilé d'un linge bleu, comme celui des guerriers du désert." Pour échapper à un mariage forcé avec un homme vieux et riche, Lalla s'enfuit en compagnie du berger muet. Recueillie par la Croix Rouge, transportée à Marseille, elle y retrouve sa tante. Elle est enceinte, femme de ménage dans un hôtel sordide, lorsque sa beauté est remarquée par un photographe. Devenue une cover-girl réclamée par les magazines, la jeune Africaine pourrait devenir l'héroïne d'un roman de gare, n'étaient le talent de l'auteur et la personnalité de la jeune fille. Car la sauvageonne illettrée ne se laisse pas griser par l'aventure qui la conduit à Paris. Elle qui n'a connu que la pauvreté, a dormi dans la rue avec les clochards et les mendiants, vêtue de haillons, affiche un souverain mépris pour l'argent et les robes somptueuses qui la vêtent. Elle leur préfère le vieux manteau marron de ses fugues à répétition.
En contrepoint, l'autre récit nous ramène à 1910 lorsque les tirailleurs sénégalais du colonel Gouraud massacrent les derniers hommes bleus: "Mais ce ne sont pas les guerriers invincibles qu'on attendait. Ce sont des hommes en haillons, hirsutes, sans armes." C'est pourtant le désert qui gagnera. Lalla, prenant une poignée de billets dans la poche du photographe endormi, traverse à nouveau la Méditerranée. Elle escalade la dune de son adolescence, "comme si tout cela l'attendait". Seule, sur la plage, contre le tronc du vieux figuier de jadis, elle met au monde l'enfant d'Hartani. Dans le second récit, les survivants du massacre enterrent leurs morts: "Quand tout fut fini, les derniers hommes bleus ont recommencé à marcher sur la piste du sud, celle qui est si longue qu'elle semble ne pas avoir de fin." Pourquoi? Jean-Marie Le Clézio en délivre le sublime et terrible message: "Il n'y avait pas de fin à la liberté, elle était vaste comme l'étendue de la terre, belle et cruelle comme la lumière, douce comme les yeux de l'eau."
Classé par Lire en deuxième position des vingt meilleurs livres de l'année, le roman exerce un étrange pouvoir. Bernard Pivot l'avoue dans son éditorial: "A peine avais-je fini la lecture de Désert que j'eus la certitude qu'avant peu je serais dans l'obligation de le relire."
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Jean-Marie Gustave Le Clézio, plus connu sous la signature J. M. G. Le Clézio, né le 13 avril 1940 à Nice, est un écrivain de langue française, de nationalités française et mauricienne.
"Il connaît très vite le succès avec son premier roman publié, Le Procès-verbal (1963). Jusqu’au milieu des années 70, son œuvre littéraire porte la marque des recherches formelles du Nouveau Roman Par la suite, influencé par ses origines familiales, par ses incessants voyages et par son goût marqué pour les cultures amérindiennes Le Clézio publie des romans qui font une large part à l'onirisme et au mythe (Désert et Le Chercher d'Or), ainsi que des livres à dominante plus personnelle4, autobiographique ou familiale (L'Africain). Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages de fiction (romans, contes, nouvelles) et d’essais.
Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008 en tant qu’« écrivain de nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante." (source : encyclopédie en ligne Wikipédia)

Le passage suivant, extrait de Désert de Le Clézio, voit Lalla, jeune immigrée venue d'un bidonville marocain et récemment arrivée en France, se promener dans les rues de la vieille ville de Marseille ; la ville paraît effrayante à ses yeux, et sa marche prend peu à peu des allures de fuite.
"Lalla remonte vers la vieille ville, elle gravit lentement les marches de l’escalier défoncé où coule l’égout qui sent fort. En haut de l’escalier, elle tourne à gauche, puis elle marche dans la rue du Bon-Jésus. Sur les vieux murs lépreux, il y a des signes écrits à la craie, des lettres et des dessins incompréhensibles, à demi effacés. Par terre, il y a plusieurs taches rouges comme le sang, où rôdent des mouches. La couleur rouge résonne dans la tête de Lalla, fait un bruit de sirène, un sifflement qui creuse un trou, vide son esprit. Lentement, avec effort, Lalla enjambe une première tache, une deuxième, une troisième. Il y a de drôles de choses blanches mêlées aux taches rouges, comme des cartilages, des os brisés, de la peau, et la sirène résonne encore plus fort dans la tête de Lalla. Elle essaie de courir le long de la rue en pente, mais les pierres sont humides et glissantes, surtout quand on a des sandales de caoutchouc. Rue du Timon, il y a encore des signes écrits à la craie sur les vieux murs, des mots, peut-être des noms ? Puis une femme nue, aux seins pareils à des yeux, et Lalla pense au journal obscène déplié sur le lit défait, dans la chambre d’hôtel. Plus loin, c’est un phallus énorme dessiné à la craie sur une vieille porte, comme un masque grotesque.
Lalla continue à marcher, en respirant avec peine. La sueur coule toujours sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aisselles. Il n’y a personne dans les rues à cette heure-là, seulement quelques chiens au poil hérissé, qui rongent leurs os en grognant. Les fenêtres au ras du sol sont fermées par des grillages, des barreaux. Plus haut, les volets sont tirés, les maisons semblent abandonnées. Il y a un froid de mort qui sort des bouches des soupirails1, des caves, des fenêtres noires. C’est comme une haleine de mort qui souffle le long des rues, qui emplit les recoins pourris au bas des murs. Où aller ? Lalla avance lentement de nouveau, elle tourne encore une fois à droite, vers le mur de la vieille maison. Lalla a toujours un peu peur, quand elle voit ces grandes fenêtres garnies de barreaux, parce qu’elle croit que c'est une prison où les gens sont morts autrefois : on dit même que la nuit, parfois, on entend les gémissements des prisonniers derrière les barreaux des fenêtres. Elle descend maintenant le long de la rue des Pistoles, toujours déserte, et par la traverse de la Charité, pour voir, à travers le portail de pierre grise, l'étrange dôme rose qu'elle aime bien. Certains jours elle s'assoit sur le seuil d'une maison, et elle reste là à regarder très longtemps le dôme qui ressemble à un nuage, et elle oublie tout, jusqu'à ce qu'une femme vienne lui demander ce qu'elle fait là et l'oblige à s'en aller.
Mais aujourd'hui, même le dôme rose lui fait peur, comme s'il y avait une menace derrière ses fenêtres étroites, ou comme si c'était un tombeau. Sans se retourner, elle s'en va très vite, elle redescend vers la mer, le long des rues silencieuses. Le vent qui passe par rafales fait claquer le linge, de grands draps blancs aux bords effilochés, des vêtements d'enfants, d'homme, des lingeries bleues et roses de femme ; Lala ne veut pas regarder, parce qu'ils montrent des corps invisibles, des jambes, des bras, des poitrines, comme des dépouilles sans tête. Elle longe la rue Rodillat, et là aussi il y a ces fenêtres basses, couvertes de grillage, fermées de barreaux, où les hommes et les enfants sont prisonniers. Lalla entend par moments les bribes de phrases, les bruits de vaisselle ou de cuisine, ou bien la musique nasillarde, et elle pense à tous ceux qui sont prisonniers, dans ces chambres obscures et froides, avec les blattes et les rats, tous ceux qui ne verront plus la lumière, qui ne respireront plus le vent."
J.M.G. Le Clézio, Désert
1. Le pluriel est normalement soupiraux.
Ce passage est extrait de Désert, roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio, écrivain français contemporain, paru en 1980. Lalla, jeune immigrée venue d'un bidonville marocain et récemment arrivée en France, se promène dans les rues de Marseille ; la ville lui paraît effrayante et elle se met à fuir.
Le narrateur est hétérodiégétique (ce n'est pas un personnage de l'histoire). Le point de vue (focalisation) est tantôt externe, tantôt interne. Il s'agit d'une description itinérante dans un récit romanesque relevant du registre lyrique.
Plan du texte :
Du début jusqu'à "comme un masque grotesque" : Lalla monte vers la vieille ville
Depuis : "Lalla continue à marcher" jusqu'à "l'oblige à s'en aller" : elle traverse la vieille ville
Depuis : "Mais aujourd'hui", jusqu'à "qui ne respireront plus le vent" : elle redescend vers la mer.
Quelle vision de la ville ce texte présente-t-il ? (problématique)
Nous analyserons l'organisation de la description, puis son caractère mythologique et fantastique (les déformations que le personnage fait subir à la réalité) et nous chercherons enfin ce que révèle ce passage sur la personnalité de la jeune fille. (axes)
I/ L'organisation de la description :
La description est itinérante (chronologique) et suit un ordre spatial : on suit le parcours de Lalla (focalisation externe), mais aussi son regard, de bas en haut, selon quatre plans (focalisation interne) : le sol, les murs, les fenêtres, le dôme. Le point d'évasion : la mer, se trouve à hauteur de regard.
Plusieurs sens sont évoqués :
a) l'odorat : "L'égout qui sent fort"
b) L'ouïe : "Lalla entend par moments des bribes de phrases, les bruits de vaisselle ou de cuisine, ou bien la musique nasillarde..."
"quelques chiens qui rongent leurs os en grognant"
c) Le toucher : "La sueur coule toujours sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aiselles."
Lalla est en sueur car la chaleur est étouffante.
d) La vue :
- des signes : signes écrits à la craie, lettres et dessins, une femme nue, un phallus.
- des formes, des couleurs : des taches rouges, des choses blanches, un dôme rose, des pierres grises, des draps blancs.
- des objets : des marches d'escalier, un égout, des murs, des cartilages, des os brisés, de la peau, des fenêtres, des grillages, des barreaux, des volets, des maisons, des soupirails (soupiraux), des caves, un dôme, du linge.
II/ Le caractère fantastique :
Montrer que personnage, sous l'emprise de la peur, déforme et interprète la réalité.
La déformation du monde se traduit par la présence de modalisateurs dysphoriques (négatifs) :
L'escalier est "défoncé", l'égout "sent fort", les vieux murs sont qualifiés de "lépreux" (métaphore lexicalisée, sorte de personnification, puisque la lèpre est une maladie qui affecte les êtres humains), les taches rouges sont assimilées à "du sang où rôdent des mouches". La vision déclenche une sensation auditive interne, une sorte de signal d'alarme : "La couleur rouge résonne dans la tête de Lalla, fait un bruit de sirène, un sifflement qui creuse un trou, vide son esprit." Les taches rouges sont l'élément déclencheur de l'angoisse qui s'empare de Lalla.
Le narrateur exprime cette angoisse par des verbes qui traduisent une action entravée : "elle remonte", "elle gravit", "elle tourne", "lentement, avec effort, elle enjambe", "elle essaye de courir", "elle continue de marcher avec peine", "Où aller ?" (la question au style indirect libre traduit l'incertitude, l'affolement de la jeune fille qui ressemble à un petit animal pris au piège), "elle avance lentement", "elle tourne encore une fois à droite". Elle est comme paralysée par l'angoisse, comme prise dans un de ces cauchemars où l'on reste enlisé face au danger, sans pouvoir s'échapper.
Elle projette sur le monde qui l'entoure sa peur de l'inconnu, son angoisse de la mort, son sentiment de solitude et d'enfermement.
Les graffitis de la rue du Timon prennent une signification sexuelle agressive : "Une femme nue, aux seins pareils à des yeux", un "phallus énorme". Elle a l'impression que les seins de la femme, ainsi que le phallus la regardent.
L'effort et la peur se traduisent par des symptômes physiologiques : "Lalla continue à marcher en respirant avec peine..." : la jeune fille a du mal à respirer à cause de la chaleur étouffante, elle s'asphyxie... "La sueur coule toujours sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aisselles."
La jeune fille se sent tout à coup emprisonnée dans un espace clos, sans horizon, l'espace de la ville, dont elle prend soudainement conscience qu'il est désormais sa nouvelle vie, la figure de son destin. L'imagination de Lalla peuple les maisons désertes de fantômes, elle se met à croire aux légendes qu'on lui a racontées ; le dôme rose qu'elle contemple d'habitude avec bonheur prend un aspect effrayant et devient lui aussi un symbole de mort : "Mais aujourd'hui, même le dôme rose lui fait peur, comme s'il y avait une menace derrière ses fenêtres étroites ou comme si c'était un tombeau."
Sous l'effet de l'angoisse, Lalla se met à "délirer" : le dôme rose prend l'aspect d'un tombeau, le linge qui sèche lui fait penser à des corps invisibles, elle se met à interpréter tout ce qui l'entoure comme autant de symboles de mort ou d'emprisonnement.
Ce qu'elle voit d'habitude :
- un dôme rose
Ce qu'elle imagine ce jour-là :
- un tombeau
Ce qu'elle entend/voit d'habitude :
- le vent qui fait claquer du linge, de grands draps blancs aux bords effilochés, des vêtements d'hommes et d'enfants, des lingeries de femme, des fenêtres basses, couvertes de grillage, fermées de barreaux
- des bribes de phrases, des bruits de vaisselle, de cuisine.
Ce qu'elle imagine ce jour-là :
- des corps invisibles, des jambes, des bras, des poitrines, comme des dépouilles sans têtes.
- des prisonniers qui ne verront plus la lumière et qui ne respireront plus le vent, des chambres obscures et froides, des blattes, des rats.
Le texte est dominé par trois champs lexicaux entremêlés qui définissent trois isotopies : la mort, la solitude et l'emprisonnement. Cependant, elle ne reste pas prisonnière de la ville, elle parvient à s'en échapper :
a) La mort :
"cartilages", "os brisés", "pourris", "morts", "tombeau", "obscur", "froides". "Il y a un froid de mort qui sort des bouches des soupirails (soupiraux), des caves, des fenêtres noires. C'est comme une haleine de mort qui souffle le long des rues, qui emplit les recoins pourris des murs." : la métaphore filée repose sur une personnification hyperbolique qui confère au texte une dimension fantastique : les soupiraux sont comparés à des bouches d'êtres vivants invisibles au souffle mortel.
b) la solitude :
"il n'y a personne dans les rues", "les maisons semblent abandonnées", "désertes", "les rues silencieuses", les rues sont livrées à "quelques chiens au poil hérissé qui grognent." : les seuls êtres vivants visibles dans les rues (des chiens) lui manifestent leur hostilité en grognant.
c) l'emprisonnement :
"prison", "prisonniers (trois occurrences), "barreaux".
d) L'évasion :
"Sans se retourner, elle s'en va vite, elle redescend vers la mer, le long des rues silencieuses" : Lalla a trouvé une issue au sein du labyrinthe dont elle semblait prisonnière. Elle s'enfuit à toutes jambes vers le vaste horizon de la mer.
III/ Que nous apprend cette description sur le personnage ?
Le narrateur insiste sur la jeunesse, la sensibilité exacerbée, la vulnérabilité et la solitude du personnage :
Sa vulnérabilité : "Elle essaye de courir le long de la rue en pente, mais les rues sont humides et glissantes, surtout quand on a des sandales en caoutchouc."
Sa sensibilité : "La sueur coule sur son front, le long de son dos, mouille ses reins, pique ses aisselles."... "Lalla continue à marcher en respirant avec peine."... "Aujourd'hui, même le dôme rose lui fait peur."
Sa jeunesse : elle est troublée et effrayée par ce qui touche à la sexualité : "Lalla pense au journal obscène déplié sur le lit défait, dans la chambre d'hôtel.", "un phallus... comme un masque grotesque".
Elle est naïve, crédule, facilement impressionnable. Elle croit aux légendes sur les maisons hantées : "elle croit que c'est une prison où les gens sont morts autrefois : on dit même que la nuit, parfois, on entend les gémissements des prisonniers derrière les barreaux des fenêtres."
Sa solitude : le narrateur nous propose une explication de la souffrance de Lalla. Elle vient d'ailleurs (cf. paratexte), c'est une immigrée marocaine, elle a grandi dans un bidonville. Elle a une autre mémoire, une autre culture, elle est pauvre ("surtout quand on a des sandales en caoutchouc").
La ville lui apparaît sous un aspect menaçant. Elle est frappée par son aspect désertique. Les maisons lui semblent des prisons, elle qui a vécu dans un espace ouvert et qui n'a jamais habité une vraie maison, la sexualité lui fait peur car elle en ignore tout, elle ressent tout à coup un profond sentiment d'étrangeté et de solitude dans ce pays, dans cette ville où elle est une étrangère arrivée depuis peu, sans famille et sans soutien.
Conclusion :
Le narrateur évoque la ville à travers le regard d'une jeune "déracinée", descendante des "hommes bleus" du désert saharien, qui éprouve tout-à-coup le sentiment exacerbé de sa solitude, de sa vulnérabilité et de son emprisonnement. Son angoisse atavique se traduit par une déformation hallucinatoire de la réalité qui l'entoure.
Elle cherche à échapper au labyrinthe de la ville, dont elle se sent prisonnière, en s'enfuyant vers la mer qui représente la nature par opposition à la civilisation, l'ouverture par opposition à l'espace clos de la ville et, au-delà, l'endroit d'où elle vient, ce "lieu du cœur", ce "Désert" dont elle a la nostalgie et qui seul pourrait étancher sa soif d'infini, de fraternité et de liberté.
A l'instar d'Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes, J-M.G Le Clézio récuse la conception occidentale du désert et propose une vision paradoxale : ce sont les villes d'occident qui sont des lieux vides, des prisons et des lieux de mort, non les grandes étendues saharienne inondées de soleil. Le "Désert" n'est ni le rien, ni l'absence, mais la communion à la plénitude de l'être dans le dénuement et la contemplation de l'essentiel.
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