/http%3A%2F%2Fi3.ytimg.com%2Fvi%2Fktvn-UFNJkM%2Fhqdefault.jpg)
www.lechatsurmonepaule.com
Henry James, Le Tour décrou (The Turn of the screw), traduction de Janine Lévy, Librairie générale française, 1995 Henry James (New York, 15 avril 1843 - Chelsea, 28 avril 1916 est un écrivain américain, naturalisé britannique le 26 juillet 1915. "Le sujet est tout." affirmait Henry James. Et il ajoutait encore, dans ses Carnets rédigés de 1878 à 1911 (où il notait des résumés de faits divers) : "Plus je vais, plus intensément je me rends comte que c'est sur la solidité du sujet, l'importance, la capacité d'émotion du sujet, sur cela seul, désormais, qu'il me conviendra de m'étendre. Tout le reste croule, s'effondre, tourne court, tourne pauvre, tourne mal - vous trahit misérablement". Voilà sans doute pourquoi Le Tour d'écrou est un chef d'oeuvre . Par la violence de son sujet, la subtilité de sa construction, la "capacité démotion" qui s'en dégage. Publié en 1898, alors que James a cinquante-cinq ans, et qu'il a déjà écrit Roderick Hudson, L'Américain, Daisy Miller, Portrait de femme, Washington square, Les Bostoniennes, Les Dépouilles de Poynton et de nombreuses nouvelles, ce récit naît d'une anecdote que lui a racontée l'archevêque de Canterbury... James vit alors en Angleterre après avoir longtemps multiplié les allers et retours entre l'Amérique et l'Europe. Depuis un an, il s'est fixé dans le Sussex où il a loué une grande maison avec un jardin, "Lamb's House" (qu'il achètera d'ailleurs en 1899). Il a engagé un secrétaire, il reçoit désormais beaucoup d'amis, de visiteurs, d'écrivains, tels que H.G. Wells et Stephen Crane, il entretient une vaste correspondance et... rêve longtemps à cette histoire de l'archevêque. Retranscrite dans ses Carnets, elle pourrait se résumer d'abord à une situation simple : dans un vieux château, deux orphelins vivent sous la garde de deux domestiques équivoques et certainement pervers. Mais les serviteurs meurent, et "leurs fantômes, ajoute James, leurs figures reviennent hanter la maison et les enfants, à qui ils semblent faire signe... pour les inciter à se détruire, à se perdre en leur obéissant, en se mettant sous leur domination. Tout cela est obscur et imparfait - le tableau, l'histoire - mais il y a là-dedans la suggestion d'un effet, un étrange frisson d'horreur. L'histoire doit être racontée - avec suffisamment de crédibilité - par un spectateur, un observateur du dehors." Un observateur du dehors, tout est là ! La trame du Tour d'écrou est trouvée. James va rendre l'histoire plus dramatique, plus cruelle, va imbriquer plus étroitement encore le pur et l'impur, l'innocence et la perversité, en ajoutant au fait divers initial cet "observateur du dehors" en la personne d'une jeune gouvernante attentive et dévouée qu'il place près des enfants. C'est elle qui va essayer de les arracher au pouvoir maléfique des spectres. Mieux, un nouveau filtre, un nouveau regard va approfondir encore le récit. Celui d'un ultime - ou premier - récitant au cours d'une soirée de Noël, qui nous fera connaître l'histoire à nous, les lecteurs. Une lecture psychanalytique du Tour d'écrou peut expliquer sans doute comment la nervosité excessive, la sensibilité quasi maladive de la gouvernante troublent les enfants au point de leur faire croire à des phénomènes hallucinatoires. Mais ce serait limiter la pensée de James que de la réduire à une forme de rationalisme, quand on sait le goût immodéré que lui et sa famille entretiennent pour le surnaturel. "J'ai, dit James, Dieu merci, la tête pleine de visions. On n'en a jamais trop - jamais assez." Dans son oeuvre ne cessent de rôder les monstres, les "morts pas tout à fait morts", les âmes errantes, les fantômes que rien n'apaise. Le monde de James est étrange, exclusif, retranché dans les tourments et les ténèbres. Chez lui, tout est possible. La simple vie devient ensorcellement, jeu de miroirs promenés sur l'invisible... (Nicole Chardaire)
http://www.lechatsurmonepaule.com/2014/09/henry-james-le-tour-d-ecrou.html
/image%2F0931521%2F20170523%2Fob_932f30_robin-guilloux.jpg)