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Jean Lacoste, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, L'idée de beau, Bordas, 1986 Table des matières : Introduction Chapitre 1 Les quatre définitions du beau (L'harmonie, L'utile, le bien, le plaisir de la couleur) Chapitre 2 : Le beau idéal Chapitre 3 : Beauté et modernité Notes Chronologie textes Biblographie Index de auteurs et des thèmes "L'art est la belle représentation d'une chose et non la représentation d'une belle chose" (KANT, Critique de la faculté de juger, I, §48) L'idée du beau n'est plus une idée neuve en Europe. cette Europe "aux anciens parapets" dont parlait Rimbaud et qui paraît accablée par la grandeur de son passé et la probable médiocité de son avenir. L'affaire est entendue : l'idée du Beau, l'idée qu'il pourrait y avoir une norme permanente et universelle de la beauté, sur laquelle se fonderait le jugement esthétique et qui guiderait l'artiste dans sa création , ne peut plus avoir cours. La notion de beau idéal est une chose du passé et l'histoire de cette valeur révolue, discréditée par tous les académismes et réfutée par toutes les aventures de l'art, n'a qu'un intérêt rétrospectif. Qui pourrait aujourd'hui, sans s'exposer au ridicule, proposer une définition objective, canonique, autoritaire du beau ? Est-ce de notre part de lassitude ou lucidité ? Nous n'avons plus la force ou l'inconscience de donner une réponse univoque à la question toute simple de Socrate dans l'Hippias majeur de Platon : qu'est-ce que le beau ? Bien plus, faute d'un critère assuré et d'une règle certaine, nous balançons entre une attitude historicisante qui finit par trouver "intéressante" et digne d'être préservée toute oeuvre et même toute chose du passé, et une attitude esthétisante qui voit dans toute nouveauté, parce qu'elle est nouvelle, la réfutation de l'art antérieur et la seule voie vers l'avenir. Alternativement ou simultanément, parce que nous sommes en nous-mêmes divisés, nous cherchons dans l'Histoire de l'art le sentiment consolant qu'il existe une beauté ancienne à laquelle il est toujours possible de rendre un culte laïcisé - d'où le succès prodigieux des grandes expositions rétrospectives - et nous nous livrons, grâce à la mode, dans les arts comme ailleurs, aux sensations plus électrisantes, plus stimulantes, de la rupture perpétuelle, qui nous donnent l'impression, sinon du progrès, du moins du mouvement. Puisqu'il n'est plus possible de parler tout uniment de la beauté et ce depuis Baudelaire et Delacroix, sinon Kant, l'homme moderne qui n'a pas le courage de s'avouer philistin admirera de confiance les oeuvres du passé, parce qu'elles prétendent ouvrir l'avenir. . L'histoire de l'art moderne se caréctérise par une succession de scandales en définitive vite assimilés et célébrés, de Manet au Pop art. Nous avons renoncé à l'idée d'un beau intemporel pour nous fonder dans nos jugements sur un critère presque exclusivement temporel : est beau par excellence le scandale passé. Seul le présent - autrement dit le passé récent, l'avant-garde d'hier, la mode qui a été reprise par tout le monde - peut faire l'objet d'une condamnation résolue. Ce présent-là est laid, conventionnel, ou "académique", suprême injure. Ainsi désespérés devant l'immense collection des faits historiques et étourdis par la rhapsodie des modes nouvelles, nous sommes dans notre shizophrénie, incapables de reconnaître dans une tradition assez forte pour nous permettre de juger à la fois du passé et de l'innovation. En rejetant le Wagner de Bayreut et en réclamant un "grand art" moderne, Nietzsche a, d'abord, formulé un diagnostic prophétique sur notre époque, où le snobisme du nouveau, la "course frénétique à l'innovation" (Jean Clair) ont secrètement partie liée avec le culte obligé de l'ancien. Seul le cinéma semble encore fournir une matière à l'expérience de la beauté dans sa plus complète innocence, avec de beaux paysages, de belles lumières, de belles actrices, de belles histoires (...) S.M. Eisenstein Dans cet ouvrage consacré, malgré tout, à l'Idée du beau, nous avons essayé de répondre à deux questions. La première pourrait être : d'où vient cette crise du jugement esthétique qui interdit toute référence à quelque idée permanente de la beauté et qui débouche sur l'idolâtrie de l'histoire, de l'histoire passée comme de l'histoire future ? La seconde pourrait être formulée ainsi : étant admis que personne n'ose plus se référer à une définition canonique de la beauté, mais qu'un jugement esthétique sans quelque terme de référence, qu'un jugement de valeur sans valeur sombre dans un relativisme intenable et se réfute lui-même, - et nous sommes bien proches de cet état d'absolue indifférenciation, de ce refus radical de la discrimination - peut-on donner une définition de la beauté moderne ? Jean-Michel Basquiat : un "chaos positif ?" "Pourquoi l'art est un chaos positif. Je l'oppose, par cette expression, au chaos négatif, qui est cette barbarie qui monte autour de nous en même temps que progresse la recherche en tous les domaines, le domaine scientifique notamment. Ainsi la torture est revenue, beaucoup plus forte (...) Toute l'ancienne morale et les valeurs ont été détruites par le dadaïsme, mais ensuite c'est le dadaïsme que l'on continue de détruire, comme dans le groupe Cobra. C'est le côté "barbarie" dans la peinture qui démolit les anciennes valeurs. Il faut montrer ce nouveau monde où l'on vit maintenant sans aucun équilibre, sauf dans la peinture. Oui, montrer tout cela sur un tableau, je considère que c'est un chaos positif." (Karel Appel) "La beauté sera convulsive ou ne sera pas." (André Breton) Donnant une jolie définition de ce qu'est la peinture pour lui, Karel Appel se situe d'emblée dans une catégorie qui est bien celle des libérateurs de l'art, des "sauvages", qui vont des primitifs à Gaston Chaissac et s'incarnent dans le mouvement Cobra dont il est l'un des membres actifs avec son compatriote Corneille. "Un tableau n'est plus une construction de couleurs et de traits, mais un animal, une nuit, un cri, un être humain, il forme un tout indivisible". Le groupe "Reflex" créé en 1948 sera le noyau de Cobra qui rassemble des artistes de COpenhagueBRuxellesAmsterdam. Etiquette magique, fière bannière de la contestation, enfant bâtard du surréalisme (avec lequel il aura des rapports complexes) Cobra offre un joyeux mélange des genres. On y peint, sculpte, écrit, et surtout fait la fête. Avec son allure de Gargantua débonnaire, sa verve envahissante, sa truculence incontrôlée, Karel Appel incarne la liberté d'être à travers les jeux de la couleur (expression de vitalité, de joie), une expansion qui s'empare de tous les supports (même les racines d'arbres pourtant si belles au naturel). C'est l'expression d'une vitalité qui entraîne le regard vers des fantasmagories que l'on dirait venues des contes et légendes, d'un monde de diables et de gnomes des profondes forêts de l'inconscient. C'est bien la jonction de l'automatisme préconisé par le surréalisme, le naturel rustique de Chaissac, avec quelque chose de ce primitivisme qu'avait annoncé Picasso dans "Les demoiselles d'Avignon". (source : le blog de Jean-Jacques Lévêque)
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