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Saint Augustin à l'école de Plotin - Le Point

Saint Augustin, Confessions, traduit du latin par Louis de Montadon, présentation par André Mandouze, éditions Pierre Hiray pour la traduction, éditions du Seuil, novembre 1982, pour le texte d'André Mandouze.

Carpaccio, La vision de SaintAugustin (détail)

Augustin d'Hippone (latin : Aurelius Augustinus), ou saint Augustin, né dans la Province d'Afrique au municipe de Thagaste (actuelle Souk Ahras, Algérie) le et mort le à Hippone (actuelle Annaba, Algérie) est un philosophe et théologien chrétien d'origine berbère. Avec Ambroise de Milan, Jérôme de Stridon et Grégoire le Grand, c'est l'un des quatre Pères de l'Église occidentale et l’un des trente-six docteurs de l’Église.

Les Confessions est une œuvre autobiographique d'Augustin d'Hippone, écrite entre 397 et 401, où il raconte sa quête de Dieu. Il a donc un double but : avouer ses péchés et ses fautes directement à Dieu (confession au sens chrétien) mais aussi proclamer la gloire de Dieu. L'œuvre est composée de treize livres. « Les treize livres de mes Confessions louent le Dieu juste et bon de mes maux et de mes biens, ils élèvent vers Dieu l'intelligence et le cœur de l'Homme. » C'est un ouvrage fondamental, tant par la profondeur des analyses qui y sont faites que par la qualité du style de l'écriture.

"J'ai tardé à t'aimer, Beauté si ancienne et si neuve, j'ai tardé à t'aimer ! Ah, voilà : tu étais dedans, moi dehors, et je te cherchais dehors où je me ruais, beau à rebours, sur les belles choses d'ici-bas, tes ouvrages. Tu étais avec moi sans que je fusse avec toi, tenu loin de toi par elles, qui, à moins que d'être en toi, ne seraient pas. Tu as appelé, crié, et tu as rompu ma surdité. Tu as brillé par éclairs et par vivres lueurs et tu as balayé ma cécité. Tu as exalé ta bonne odeur, je l'ai respirée, et je m'essouffle après toi. Je t'ai goûté : j'ai faim et soif. Tu m'as touché : j'ai pris feu pour la paix que tu donnes. Une fois soudé à toi de tout mon être, il n'y aura plus pour moi douleur et labeur et ma vie sera, toute pleine de toi, la vie. Quand quelqu'un est plein de toi, tu l'enlèves. Plein de toi, je ne le suis pas ; aussi mon être me pèse. Entre mes joies (j'ai à les pleurer !) et mes peines, dont il faudrait me réjouir, il y a conflit, sans que je sache de quel côté penche la victoire." (Saint Augustin)

André Mandouze

"Que la fréquentation d'un être aussi intelligent, aussi exigeant, aussi passionné, soit en même temps une épreuve pour l'homme ordinaire, qu'elle ne cesse de le déranger (bien avant l'invention de la psychanalyse, quels vertiges n'a pas donnés l'investigation intérieure pratiquée précisément dans le livre des Confessions ?), que cette fréquentation puisse même éventuellement susciter, de la part de ce même lecteur, irritation, protestation, voire indignation et désaccord, quoi de plus naturel ? Ce n'est certes pas moi qui dirais le contraire au bout d'un "compagnonnage" quasi quotidien de près de quarante-cinq ans avec lui. Mais je vois plutôt là la preuve qu'Augustin est bien "maître de vie" - au sens le plus fort et même le plus fou du terme -, de "vie" au sens d'aventure". Et c'est même par reconnaissance qu'à ce saint Augustin-là j'ai cru devoir consacrer quelque huit cent pages, avec en sous-titre : "L'aventure de la raison et de la grâce". Oui, si c'était à refaire, avec lui sur les routes de la recherche - de la recherche du savoir mais aussi de la liberté -, avec lui comme jadis sur les routes dangereuses de la France occupée et de l'Algérie, je referais le chemin.

Foin des imbéciles en chambre ! Augustin est fait pour le grand vent, les montagnes et les horizons infinis. Quant aux Confessions, elles n'ont rien à voir avec les bruissements de lèvres des sinistres boîtes à pénitence de notre jeunesse. Si elles sont résolument confessions de péchés, c'est dans la mesure où cette confession de vie est en même temps confession de foi et confession de louanges, la proclamation du Dieu de plénitude et de bonheur. Et, comme on pleure de joie, il n'est pas étonnant que la dernière invitation de la postface/préface des Confessions soit une invitation à ce que "des coeurs fraternels montent sous le regard de Dieu, à la fois en hymnes et larmes."

Sic itaque audiar, concluait Augustin. "Qu'on mécoute donc dans cet esprit", traduit sentencieusement l'un. "Ainsi soit-il que l'on m'entende", interprétait Louis de Montadon en une formule malicieusement paraliturgique. Qu'ajouter, ami lecteur à qui j'ai simplement voulu déjà faire "entendre" quelques paroles d'Augustin préfaçant Augustin avant qu'il ne converse directement avec toi au cours de la lecture des Confessions, qu'ajouter, nouveau compagnon, sinon "Bonne route" ? (André Mandouze)

 

 

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