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Léo Ferré, Benoît Misère

Léo Ferré, Benoît Misère, Editions Robert Laffont, 1970

Né dans une famille de la petite bourgeoisie de Monaco, Léo Ferré s'intéresse très tôt à la musique et chante dans une chorale où il apprend le solfège et l'harmonie. Son oncle, violoniste du casino de Monaco, lui fait découvrir Beethoven. Pendant huit ans, il reste en pension en Italie chez les Frères des Écoles chrétiennes au collège Saint-Charles de Bordighera. Naîtra de cette expérience un roman Benoît Misère, paru en 1971, dont la lecture est indispensable pour comprendre sa révolte et ses engagements.

Après son baccalauréat de philosophie, Léo Ferré devient critique musical pigiste pour le journal "Le Petit Niçois". Démobilisé après la guerre de 1940, il revient à Monaco où il commence à écrire des chansons, puis s'installe à Paris en 1946 où il mène une vie difficile financièrement. Il fréquente le mouvement libertaire et apporte son soutien à la Fédération anarchiste, au Théâtre Libertaire de Paris, à la Radio Libertaire et au Monde libertaire.

Léo Ferré obtient enfin ses premiers succès avec, en particulier, Paris-Canaille et Les amants de Paris, tout en continuant de se produire dans des cabarets. En 1955, il passe à l'Olympia, ouvrant ainsi une longue carrière de près de quarante ans où il réalisera une cinquantaine d'albums.

En 1968, après la rupture douloureuse avec sa seconde épouse, Madeleine, il s'installe en Toscane. Il ne prend pas part aux "événements" de mai 68, ce que certains lui reprocheront. Il retrouve cependant, cette année-là, un second souffle à sa production artistique.

Défenseur de causes peu prisées par les grands médias, Léo Ferré a souvent été mis à l'écart mais a tout de même réussi à être reconnu avec ses chansons indémodables. Considéré comme l'un des plus grands poètes du XXe siècle, il occupe une place centrale dans la chanson française avec des textes où se mêlent argot, lyrisme, amour et anarchie. Son répertoire contient des chansons de facture classique, parfois très sombres ou de longs textes sur un fond de musique symphonique. Il chante aussi les poètes classiques comme Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Baudelaire, ou contemporains comme Aragon, Pierre Seghers…

Quelques unes des chansons les plus connues de Léo Ferré : Les amants de Paris, Paris canaille, Jolie Môme, Paname, Les Anarchistes, C'est extra, Avec le temps... (source : La Toupie)

"J'ai voulu écrire ce livre pour mettre à nu la solitude d'un enfant, surtout celle d'un enfant artiste. Evidemment il s'agit de moi, je raconte à travers des choses revues et inventées, mon enfance à moi. C'était moi le petit Benoît, c'est donc un enfant-artiste, et donc un enfant seul (...) Misère c'est un jeu de mot et puis c'est la misère psychique qui est abominable."

Dans cette autobiographie romancée, Léo Ferré raconte sur un mode tragi-comique son enfance solitaire, notamment ses huit années de pension au collège Saint-Charles de Bordighera en Italie, pendant la montée du fascisme. C'est  beau à pleurer.

Extrait : 

"Les garçons qui commencent à bander n'ont de fortune que leurs deux petites mains malhabiles qui battent des ailes dans le vent des solitudes. La première éjaculation d'un môme est le premier signe de la mort. "

"Quand on mettait sa jupe noire, je la bénissais. Quand elle mettait les bas de sa mère, l'après-midi, dans cette maison d'ombres aux persiennes ajourées - les jalousies laissaient filtrer un peu de cette lumière des amants, pas trop, juste pour voir avant de faire. Le soleil en lamelles dans cette chambre où flottait un relent d'huile d'olive que sa crasse précise fixait dans mes narines, jouait sur son corps comme un vitrail. Ses bas pendaient comme des reliques de fils au-dessous de l'aire bleue de son virginal."

"Elle avait changé de chandail : celui-là était noir. Sa jupe, courte, sans plus, me fit rougir jusqu'au ventre. Sa figure était celle de la mort, quand la mort ressemble à une fille de quinze ans. La mort, à quinze ans, j'étais preneur."

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