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Objet d'étude : La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du XVIème siècle à nos jours

Texte A : Montaigne, Essais, livre II, chapitre 11 "De la cruauté" (1580-1588), adapté en français moderne par André Lanly

Texte B : Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements d l'inégalité parmi les hommes, préface (1754)

Texte C : Voltaire, Dictionnaire philosophique, article "BÊTES" (1764)

Texte D : Marguerite Yourcenar, Le Temps, ce grand sculpteur, "Qui sait si l'âme des bêtes va en bas ?" (1983)

Vous répondrez d'abord à la question suivante (4 points) : Quels comportements humains les auteurs du corpus dénoncent-ils ?

Proposition de corrigé : 

Le corpus de quatre textes argumentatifs qui nous est présenté et qui s'étend du XVIème au XXème siècle porte sur les relations entre les hommes et les animaux.

A la lecture de ces textes, nous pouvons nous demander quels comportements humains dénoncent les auteurs du corpus. 

Nous répondrons à cette question en analysant dans un premier temps la cruauté des hommes envers les animaux, puis la ressemblance entre les animaux et les hommes et enfin les devoirs des hommes envers les animaux.

I. La cruauté des hommes envers les animaux :

Michel de Montaigne, dans les Essais, dénonce la cruauté de l'homme envers les animaux : "Pour ma part, je n'ai pas pu voir sans déplaisir poursuivre et tuer une bête innocente, qui est sans défense et de qui nous ne recevons aucun mal." Il donne l'exemple de la chasse à courre et remarque qu'en général, les hommes prennent leur amusement à voir des bêtes se déchirer et se démembrer mutuellement.

Voltaire, dans l'article "BÊTES" de son Dictionnaire philosophique,  dénonce la cruauté des "barbares" qui saisissent un chien pour le "clouer sur une table" et le disséquer vivant".

Marguerite Yourcenar, dans un chapitre de son livre intitulé Le Temps, ce grand sculpteur : "Qui sait si l'âme des bêtes va en bas ?"  évoque les "animaux torturés" et les "fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l'abattoir", ainsi que "le goût et l'habitude de tuer" qui est l'apanage des chasseurs.

Selon Montaigne, "les naturels sanguinaires à l'égard des bêtes montrent une propension naturelle à la cruauté". Il donne l'exemple des spectacles de cirque dans la Rome impériale.  "Les Romains ont commencé à se familiariser avec les spectacles des meurtres des animaux et en sont venus aux hommes et aux gladiateurs." 

Marguerite Yourcenar est du même avis que Montaigne : "Révoltons-nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes."

II. Les animaux ne sont pas si différents des hommes

Selon Voltaire, les hommes et les animaux ont de nombreux points communs : "Quelle pitié, quelle pauvreté, d'avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n'apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc !

Il donne l'exemple d'un oiseau qui est capable de donner à son nid différentes formes en fonction de son environnement et nous fait réfléchir sur les capacités d'apprentissage d'un chien de chasse.  Voltaire donne également l'exemple d'un chien qui croit avoir perdu son maître et qui témoigne de son affliction de l'avoir perdu, puis de sa joie de le retrouver. Ce n'est pas parce qu'ils sont dépourvus du langage articulé que les animaux n'éprouvent pas des sentiments comme les hommes.

Quant au chien que des "barbares ont cloué sur une table pour le disséquer", ne possède-t-il pas les mêmes organes de sentiment que les hommes et il n'y aurait-il pas une "impertinente contradiction" dans la nature si elle avait arrangé les ressorts du sentiment afin qu'il ne sente pas ?

Dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau affirme, lui aussi, que les animaux "tiennent quelque chose de notre nature par la sensibilité dont ils sont doués."

III. Les devoirs de l'homme et les droits des animaux :

Selon Rousseau, l'homme a des devoirs envers les animaux. Ces devoirs sont fondés sur "deux principes antérieurs à la raison" : l'instinct de conservation et  "l'impulsion de commisération". 

Etant dépourvus "de lumière et de liberté", les animaux ne peuvent reconnaître la loi naturelle, mais "tenant en quelque chose à notre nature par la sensibilité dont ils sont doués", ils doivent aussi participer au droit naturel. C'est pourquoi l'homme a des devoirs envers eux.

Marguerite Yourcenar va plus loin en approuvant la promulgation d'une "Déclaration des droits de l'animal", mais sans se faire d'illusions sur son utilité "tant que l'homme lui-même n'aura pas changé".

Conclusion : 

En conclusion, nous nous étions demandé quels comportements humains dénoncent les auteurs du corpus. Michel de Montaigne et Marguerite Yourcenar déplorent la cruauté dont les hommes font preuve à l'égard des animaux qui entraîne la cruauté envers les hommes. Selon Voltaire et Rousseau, les animaux et les hommes ont en commun la sensibilité. Selon Rousseau, l'homme a des devoirs envers les animaux car la sensibilité les fait participer au droit naturel. Marguerite Yourcenar va plus loin en affirmant que les animaux ont des droits vis-à-vis des hommes et en appelle à la "subversion" et à la "révolte" contre "l'ignorance, l'indifférence et la cruauté" qui caractérisent trop souvent la façon dont l'homme traite les animaux.

 

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